Impudence ou impuissance, deux nuisances !
On finit par ne plus avoir la capacité, que dis-je, le goût, de s’indigner quand il s’agit des malversations des banques, des banquiers et des traders. On finit par désespérer de l’inefficacité des pouvoirs publics. On finit par ne plus croire à tous ceux qui, la main sur le cœur, nous expliquent que ce sont les autres les voyous. On finit par ne plus pouvoir envisager seulement que lorsqu’on nous dit la vérité les yeux dans les yeux, cela puisse être autre chose qu’un gros mensonge que l’on prépare.
Depuis 2008, les escroqueries, falsifications et mensonges des banques dans le monde, sans exclusive, avec la complicité des gouvernements, s’exposent, se découvrent au quotidien ou presque. Tous les trucages, les manipulations sont exercées par une minorité de joueurs anglo-saxons qui se moquent des lois et des organismes de régulation du monde et nourrissent tous les paradis fiscaux et les pays qui les abritent. Mais on peut imaginer cependant, comme pour la lutte contre la drogue, que lorsqu’on démantèle un complot spéculatif, d’autres beaucoup plus graves passent inaperçus.
Dans le scandale du Libor qui implique la banque anglaise Barclays, on peut déjà penser que d’autres banques sont impliquées et, pour la France, le Crédit Agricole et la Société Générale ont été citées mais n’ont pas reconnu les agissements répréhensibles dont elles sont accusées.
Dans l’affaire PSA rarement on aura vu une stratégie de démolition camouflée derrière le catéchisme néo libéral qui, des sanglots dans la voix, nous explique que si on ferme l’un des plus beaux fleurons de notre industrie automobile française c’est parce que l’on paye trop les ouvriers qui fabriquent les voitures qui en font le rayonnement ! Peut-on dire que Peugeot est victime de la crise qui frappe l’Europe quand son PDG, au début de 2012, déclarait ; « Nous sommes en bonne voie pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés : réaliser 50% de nos ventes hors de l’Europe en 2015 et deux tiers à l’horizon 2020 » et ne pas se poser la question de savoir, si avec de tels objectifs et le corollaire qui est que cette production se fait et continuera de se faire par des délocalisations en Europe et dans les pays émergents, on ne condamne pas, à terme, la production automobile sur le sol français et si on ne va pas vers une disparition de l’industrie automobile comme on est allé à une disparition de l’industrie textile ? Peut-on comprendre le choix de Peugeot de s’allier avec le géant mondial GM qui impose à la marque française de se retirer d’un marché très rentable en Iran sous prétexte d’embargo – et on sait d’expérience que l’embargo levé, ce seront les Américains qui tireront les marrons du feu comme ils l’ont fait pour le pétrole irakien ou Libyen – et qui lui dicte de cesser sa collaboration avec Mitsubishi (voiture électrique) et BMW (moteurs) et qui représentait , selon le Président de l’enquête sénatoriale sur la désindustrialisation des territoires, « de belles perspectives pour le groupe français » ?
Alors après N.Sarkozy déclarant, mi-novembre 2011 « Je peux vous annoncer qu’il n’y aura pas de plan social chez PSA », F.Hollande qui « Considère que le plan inacceptable doit être renégocié » , L.Wauqiez toujours aussi sûr de lui qui demande « de l’action et pas de commentaire », l’ineffable V.Pécresse qui s’impatiente sur un éventuel « plan d’urgence » et A.Montebourg qui parle de « choc pour la nation », les ouvriers de PSA sont dans de beaux draps et, s’il n’y avait que ceux d’Aulnay serais-je tenté d’écrire, mais il me semble que toute l’industrie automobile et sa sous-traitance est en danger de mort.
Le mot de la fin à E.Cohen, économiste blanchi sous le harnais de la mondialisation et faisant partie de ceux qui n’ont rien vu venir, occupés qu’ils étaient par leur course à l’échalote sur les plateaux de télévision, qui conseille F.Hollande maintenant : « Nous avons remplacé les emplois industriels par des femmes de ménage ». Phrase lapidaire sortie du contexte je le confesse mais qui image assez justement une politique de longue haleine menée par les gouvernements consécutifs qui firent de l’aide à la personne le héraut de la modernité. Pays gavé, pays dépensier et gaspilleur, la France qui a laissé partir ses industries textiles, mécaniques, sidérurgiques, qui tue à petit feu son agriculture avec des aides aux plus gros et qui abandonne les petits exploitants en subventionnant les arrachages de vignes, finançant la plantation de pommiers, favorisant la culture du maïs gros consommateurs d’eau sans planification qui conduit à primer ensuite l’arrachage des pommiers et la surproduction de maïs que l’on verrait bien devenir transgénique pour produire encore plus, ne manquera pas de femmes de ménages mais doit-on s’en réjouir ? En attendant cet éden, je n’ai toujours pas de femme de ménage, je viens d’acquérir une Peugeot de base, et je fais, pratiquement, toutes mes courses en Chine (je ne regarde même plus le made in de peur de trouver, sur une étiquette, un made in France en provenance de Chine et qui aura séjourné quelques heures dans un conteneur dans un port européen avant d’être transporté par colissimo jusqu’à ma boite aux lettres conforme aux normes de la Poste qui ne distribue plus que des prospectus publicitaires.