La CRISE, une nouvelle façon de gouverner !
Avant, bien avant, il y avait les premiers hommes, heureux temps, qui ignoraient la monnaie car chacun se procurait, par la force ou par la ruse, la nourriture pour lui et sa famille.
Les échanges se firent ensuite avec des coquillages – avouez que cela a une autre allure que nos billets tripotés par des millions de mains - les grains de céréales, le sel, unités souvent dérivées des unités de masses, les produits artisanaux… C’était la belle époque du troc où ce que l’on échangeait avait de la valeur pour les protagonistes ; il y eût même des êtres humains qui furent utilisés comme monnaies d’échanges mais ça c’est encore vrai à notre époque !
Après, bien après, mais il s’agit plus d’une formule de style que de la recherche d’une vérité historique, il y eut la monnaie fiduciaire frappée par celui qui dominait par la force un groupe de personnes qui dépendaient de lui. Au Moyen-âge, à tout le moins en Europe, les unités monétaires se définissent d’après leur équivalence en or et en argent pour faciliter les échanges et cela durera jusqu’à l’époque moderne où les états utiliseront la planche à billets pour mettre sur le marché des changes une monnaie qui n’a plus de rapport avec l’étalon or ou tout autre équivalence mais qui se rapporte à la richesse de l’état émetteur – c’est la domination du dollar américain.
Une des conséquences est la dette des états. Puis les banquiers, jamais à court d’idées lorsqu’il s’agit de gonfler leur bas de laine, inventeront la monnaie secondaire dématérialisée qui peut servir à payer un navire géant pas encore construit à St Nazaire et qui transportera du blé qui n’a pas encore été semé pour une population encore nourrie au biberon ! D’ailleurs, remarquez qu’il est de moins en moins rentable, sauf pour les petits voyous, de braquer une banque car il n’y a plus rien à voler dans leurs locaux.
Quoi ? VOUS trouvez cela excessif et injuste.
Mais je ne vous parle pas des petites agences bancaires locales où les employés appliquent les directives venues d’en haut et qui font leur possible dans le cadre de leurs consignes pour vous satisfaire et où vous pouvez encore retirer des espèces sur des comptes qui vous appartiennent si vous avez pris la précaution d’avertir de l’heure de votre retrait et du montant s’il n’est pas trop important ! Je vous parle de ces officines où les salles des coffres ont été remplacées par des rangées d’ordinateurs devant lesquels s’agitent des traders qui ont appris à jouer au poker avec la vie des autres puisqu’il serait, après ce que je viens de dire, ridicule de parler de l’argent des autres pour décrire des courbes lumineuses qui, lorsqu’elles baissent sur l’écran, vous ruinent aussi vite que deux et deux font quatre.
Si nous reprenons le cours de notre histoire, c’est pour nous apercevoir que nous sommes passés d’un capitalisme triomphant illustré par ces grandes fortunes d’après la colonisation et les guerres mondiales - grandes fortunes dont on ne sait s’il faut les attribuer à la compétence des capitaines d’industries, aux traites d’esclaves, aux pillages des colonies, aux combines ou à tout cela ensemble - à un libéralisme débridé qui débouche sur une nouvelle façon de gouverner le monde : c’est l’état de crise.
Nous voilà donc entrés dans l’ère de la gouvernance de crise. Fini le capitalisme producteur de richesses, créateur d’emplois et de progrès, enterré le libéralisme fossoyeur d’emplois et destructeur de progrès social, nous voici entré dans la crise.
La crise avec ses nouveaux spécialistes, ses nouveaux gourous, ses nouvelles règles, ses nouveaux contempteurs, ses nouveaux adorateurs et ses nouvelles victimes. Ils viennent tous nous expliquer la crise comme ils nous ont expliqué tout le reste et nous découvrirons bientôt, si ce n’est déjà fait, les John Locke, les John Keynes, les Carl Menger, les Milton Friedman, les Lagarde sans Michard, les Lamy sans Dujardin de demain !!!
Le monde a trouvé dans « La CRISE » sa gouvernance pour les quinze à vingt prochaines années au moins, gauche et droite confondues. Que je me fasse bien comprendre :
Mon salaire baisse, ma retraite aussi !
La CRISE, monsieur, La CRISE !
Mon usine ferme, mon boucher aussi !
La CRISE, madame, La CRISE !
Sav Savez-vous que l’on va finir par autoriser la fracturation pour extraire le gaz de schiste ?
L LA CRISE, monsieur, La CRISE !
On supprime une ligne de bus qui reliait mon village au chef-lieu !
L LA CRISE, madame, la CRISE !
Je ne peux plus payer ma mutuelle !
L LA CRISE, mon vieux, La CRISE !