"Journaliste d'actualité"
Les vidéos et les coups de téléphone privés font irruption dans l’actualité télévisuelle. BFM, la chaîne « informations » sollicite ces spectateurs et leur demande d’envoyer leurs vidéos-témoignages. France Inter, ce matin, ne pouvant communiquer, par téléphone, avec un habitant d’Abidjan, « se rabat » - c’est le terme employé par la présentatrice - sur l’envoyé de RFI en Côte d’Ivoire!
Il fut un temps où les journalistes faisaient leur travail de journalistes en allant sur le terrain. On les appelait journalistes d’investigations et ils étaient les spécialistes d’évènements qui demandaient le recherche d’informations en sollicitant, le plus possible, des témoins, et impliquait une réelle indépendance vis-à-vis du pouvoir médiatique et économique et qui n’avaient pas pour évangile la course à l’audimat mais la recherche de l’exclusivité. Il y avait aussi les correspondants de guerre, présents sur les champs d’opération, indépendants ou intégrés aux troupes combattantes et qui mettaient leur vie en danger. Le prix Albert Londres créé en 1932 récompensait des journalistes qui s’étaient illustrés dans des reportages exceptionnel; ils étaient distingués par un jury de confrères. Ce prix s’étendit, dans les années quatre-vingt à l’information audiovisuelle.
Bien entendu, c’est volontairement que j’emploie un temps du passé pour écrire ce bref historique d’une profession qui, en général, se conduit avec professionnalisme et dans l’honneur. L’effet recherché est le questionnement de l’évolution de cette profession. La déontologie du métier doit être souvent remise en cause et demande à être rappelée et je « n’oublie pas » que des journalistes meurent, sont pris en otages et font un métier qui mérite le respect mais ce que je redoute comme dérive s’applique à cette façon, nouvelle me semble t-il, de faire du journalisme et qui est dans la représentation.
Je ris, souvent, de voir ces pauvres journalistes bégayants de froid sur la terrasse d’un immeuble en pleine nuit, ou assaillis par une meute de supporters beuglants sur un trottoir anonyme, ou attendant avec un air ahuri, dû au décalage horaire et au direct, la question de leurs confrères installés dans leur studio parisien, ou encore, plantés devant des images datant de la veille ou du conflit précédent et nous donnant les derniers scoops que nous avons déjà vus ou entendus sur d’autres médias!
Cependant, malgré tout, cela vaut certainement mieux que ces vidéos personnelles prises avec un téléphone portable et qui ne peuvent pas donner une vision de la réalité mais, plus sûrement, la vision d’une certaine réalité sur laquelle, la puissance de l’image aidant et la facilité de l’immédiateté faisant, des certitudes vont se construire en toute partialité.
Nous avons tous entendu ces dernières semaines, ces Français du Japon, qui répondaient au téléphone interviewés par des rédactions parisiennes à qui on demandait de raconter ce qui se passait alors même, que de leur propre aveu, ils étaient cloîtrés chez eux et ne le savaient pas eux-mêmes.
Nous avons entendu ce matin, pour ceux qui écoutaient la matinale de France Inter, un « correspondant » décrire la bataille d’Abidjan du couloir de son hôtel où il était enfermé et dont l’info principale tenait à l’intensité et à l’éloignement des coups tirés par des armes qualifiées de lourdes.
Le journalisme est un metier bien difficile.
Les journalistes une race en voie de "mondialisation"!