L'extravagante Mme Pécresse.
«Nous travaillons aujourd'hui sur cette question des rémunérations que l'on dit parfois extravagantes», a redit, mercredi sur Europe 1, la ministre du Budget, Valérie Pécresse.
Sans refaire l'historique des bonnes intentions d'un président qui veut réduire la dette sans augmenter les impôts des plus riches – il faut rappeler que la France impose à 41% les revenus au-dessus de 70 000 euros et que l'idée d'une tranche à 46% à partir de 100 000 euros annuels, proposée par la majorité, a été systématiquement repoussée par le gouvernement. L'Allemagne, que l'on prend souvent en exemple pour sa gestion rigoureuse et qui n'est pas un modèle socialiste, a depuis 2007, créé une tranche à 46%, les Anglais en sont à 50% et l'Italie, dont on se gausse ici en France, a proposé une taxe de solidarité à partir de 90 000 euros – il était bon de se souvenir de ces quelques chiffres que la ministre, dans un excès de pudeur qualifie de rémunérations extravagantes.
Mais revenons à la phrase de Mme Pécresse que j'aurai pu, si elle l'eût prononcée quelques jours avant, faire figurer dans "les petites phrases de l'été".
Aujourd'hui donc, la ministre du budget travaille à un sujet qui est sur le tapis depuis bien trop longtemps et que les gouvernements successifs ne sont pas pressés de régler. Mme la ministre, elle aussi, s'empare du sujet et situe son examen, en employant "aujourd'hui", à une date indéterminée proche d'une autre pas très éloignée mais qui n'est ni hier, ni demain et qui permet de n'en point préciser le terme réel, ce qui, en l'occurrence et pour un sujet aussi sensible, est bien pratique.
Ce qui l'oblige, "aujourd'hui", de faire comme si elle s'en occupait sérieusement, c'est que le gouvernement est doublé sur sa droite ou sur sa gauche, c'est selon, par les "mégariches" qui s'inquiètent pour leur statut et leur image et qui préfèrent prendre les devants, tant il est vrai que les Buffet, Lévy, Gates préfèrent garder la main et choisir eux-mêmes les conditions dans lesquelles ils acceptent de participer. Ils s'érigent en superman et fixent les règles du jeu.
Pour bien marquer l'éloignement, la distance et, je dirais, si j'osais, l'inconvenance, d'un tel travail que lui impose l'actualité, la ministre l'assortit de "parfois". Occasionnellement, on dit ces rémunérations extravagantes ! Mais il se trouve que les occasions de les trouver extravagantes sont de plus en plus fréquentes et qu'il serait utile qu'elle précise si elle considère qu'elles sont inhabituelles, anormales, extraordinaires ou bien, plutôt, ahurissantes, scandaleuses, indécentes.
Il serait question de fixer une taxation de 1 ou 2% sur les revenus supérieurs à un million d'euros par an. Oui, madame le ministre, il y a du travail à faire sur des propositions que je trouve d'une extravagance dont vous n'avez, semble t-il, pas idée. 30 000 foyers seraient concernés, ce serait un symbole fort pour Mr Chartier UMP, pas pour renflouer les caisses de l'état, pas de démagogie ni de chasse aux riches précise Mr Marini, UMP ! Souhaitons, madame la ministre, que vous ne soyez pas obligé de travailler avec ces messieurs qui ont, parfois, des idées bien extravagantes.
Et puis, un dernier conseil, si vous espérez vous dédouaner à nos yeux, et régler le problème de l'inégalité en France par ces biais, retournez aux Universités.
Un rappel pour Michel, Alain, Pierre et les autres : les ordinateurs du Palais Brongniart sont programmés pour que les échanges boursiers millimétrés et quasi instantanés s'opèrent quel que soit le flux et, au mois d'août, les échanges de valeurs sont moindres mais, un petit volume d'échanges sur des petites sommes provoque les mêmes réactions des robots de la finance que sur des échanges importants portant sur des milliards de dollars ; c'est ce qui fausse tous les indices et donc le CAC 40, qui, faut-il le rappeler, n'est que la cotation des quarante plus grosses entreprises françaises. Cela a des conséquences sur la valeur, au point P, de l'entreprise cotée mais cela n'a aucune influence sur le PIB, sur la dette ou sur la note des agences de notation. C'est ce qui se passe en ce moment, une présence des vendeurs et des acheteurs très irrégulière qui entraîne une "liquidité du marché" et une "profondeur du marché" peu fiable.