La GRECE est-elle en Europe ?
Dans quelle époque vivons-nous actuellement ?
Et dans quel embarras nous plonge la Grèce depuis quelques mois ?
Nous sommes dans une de ces périodes révolutionnaires qui bouleversent le monde. En Grèce, l'incurie des gouvernements successifs et de la dictature, qui l'a si longtemps tenue sous le joug, devraient-elles conduire les Grecs à voir passer le train de l'histoire comme spectateurs et non comme acteurs ? Doivent-ils, jour après jour, après s'être fait gifler, tendre, à l'infini, l'autre joue parce que leurs dirigeants les ont mis dans une situation impossible ?
Mme Merkel, aidée en cela par le FMI, semble vouloir faire des Grecs un autre peuple. Il faut qu'ils changent de civilisation. La leur, jusqu'à hier, résultait de leur religion et de leurs mœurs. Il faut donc qu'ils changent les deux ensembles. En cela, ils seront modernes et deviendront des Allemands parlant grec. L'Europe travaille à les mettre en harmonie avec ses pratiques, ce qui n'est rien moins que de les rendre plus utiles à la société à laquelle ils appartiennent sans en avoir respecté le cahier des charges. L'introduction de la Grèce dans le cercle des pays européens, aujourd'hui on dit son adhésion, s'est effectuée dans le mensonge et la tricherie avec pour résultat que non seulement cela ne lui a pas été utile mais qu'en sus, cela a été nuisible aux intérêts de l'Europe qui doit venir à son secours. Or la question est de savoir quel intérêt a l'Europe de garder la Grèce en son sein, à quoi peut bien encore lui servir la Grèce et en quoi celle-ci peut-elle encore bénéficier de cette appartenance ?
Je vais essayer de répondre à ces questions.
En quoi l'Europe est-elle utile à la Grèce ? L'aide que nous lui apportons depuis la réunion du 28 octobre 2011 et qui se réduit à une décision d'un triumvirat composé de l'Allemagne, de la France et du FMI, conduira la Grèce, en 2018, à se retrouver avec une dette de 120% de son PIB soit comme avant la crise. Entre temps, les salaires, les pensions auront baissé, le chômage aura augmenté et la croissance se sera écroulée. De plus l'église orthodoxe, retranchée derrière ses iconostases ou dans ses monastères en nids d'aigles du Mont Athos et les armateurs qui détiennent des richesses considérables ne pairont toujours pas d'impôts et continueront à contribuer à l'appauvrissement du pays sur lequel ils règnent en despotes. L'économiste distingué qui peut prouver que le fait, pour la Grèce, de bénéficier de l'euro est un avantage est sommé de nous le faire savoir car ce ne m'apparaît pas comme une évidence.
En quoi la Grèce sert-elle les intérêts d'une Europe vieillissante et à bout de souffle composée de pays qui comptaient jusqu'au milieu du siècle dernier par leur puissance due à leurs colonies et qui se retrouvent en faillite morale et économique ?
La France, le Portugal, l'Espagne, la Belgique, la Grande-Bretagne, l'Italie, l'Allemagne, les Pays-Bas tiraient leurs richesses de leurs colonies qu'ils pillèrent pendant des siècles. Au XIX°, des pays comme le Portugal et l'Espagne étaient plus dans la sphère latino-américaine que dans la sphère européenne, et des pays comme la France, l'Italie, la Belgique plutôt tributaires de l'Afrique tandis que la Grande-Bretagne avait le monopole ou presque de l'Asie. Les retombées économiques du pillage, du trafic étaient pour l'emploi, le développement des industries (sucreries, huileries, savonneries, textiles, métallurgie…) en Europe. On ramenait chez nous les matières premières et c'était notre industrie qui les transformait et en tirait tous les bénéfices et cela nous permit de vivre au-dessus de nos moyens pendant des siècles. Depuis la mondialisation et le libre marché, c'est l'inverse qui se produit : les armateurs, les pétroliers, les transformateurs délocalisent et désindustrialisent l'Europe, et l'appauvrissent. L'intérêt d'une Grèce qui n'a développé que le tourisme n'est, en rien, utile à l'Europe. Alors, une possible explication vient à l'esprit : et si l'adhésion de la Grèce à l'Europe n'était que le coupe-feu à une adhésion de la Turquie ? Et si le soutien exacerbé de la Franco Allemagne à la Grèce n'était qu'une résurgence de la guerre froide* et que nous ayons dans l'idée qu'aussi longtemps que la Grèce est dans l'Europe, la Turquie ne peut y entrer ?
Encore un mot sur l'état de la Grèce au XXI° siècle qui diffère tant de son brillant passé.
La Grèce avait deux trésors que beaucoup auraient été prêts à échanger avec quelques unes des merveilles du monde, c'était l'Acropole et le port du Pirée. Et bien aujourd'hui, le port du Pirée a été acheté par les Chinois, ces chinois communistes honnis, jour après jour, par nos gouvernants "droit de l'hommistes" et qui font appel à eux pour sauver nos banques !!! Mais l'Acropole, vestige de la grandeur, symbole de la culture grecque à laquelle nous devons tant, n'intéresse personne, même pas les Chinois !
L'admirable développement de la pensée en Grèce antique doit être analysé dans la faible influence de l'élément religieux car la mythologie s'enrichissait en permanence de l'imagination des grecs qui ne ployaient pas sous le joug d'une hiérarchie religieuse. Il suffit de connaître, un peu, le rigorisme orthodoxe, qui n'empêche pas les calculs d'intérêts, pour comprendre la différence : Poséidon était non seulement le dieu de la mer mais il était la mer, Déméter "la bonne mère" qui protégeait les moissons était la moisson, Héphaïstos qui forgeait les armes des dieux était la flamme, et donc les Grecs n'avaient pas besoin d'intermédiaires pour comprendre les mythes qui accompagnaient leur quotidien. Je pense qu'ils n'ont pas besoin d'une Europe aux abois pour vivre !
* Je fais référence à ces pays où l'occident n'hésitait pas à porter la guerre ou les prébendes pour dresser un mur entre les pays communistes et le reste du monde de peur de la contagion.