La république sereine ou l'aristocratie obscène...
Chaque jour amène son lot de turpitudes, de turbulences, de tumultes, de soupçons, d’obscénités… la liste serait longue de mots et d’expressions qui pourraient qualifier le quotidien de la république que, de plus en plus, on est tenté de qualifier d’aristocratie.
Je sais depuis longtemps que la république n’est pas fondée sur la vertu mais qu’elle l’est sur l’ambition de quelques uns et cela restait acceptable dans la mesure où ces ambitieux se mettaient au service du bien commun avec une certaine idée de l’honneur héritée de la monarchie et une exigence de rigueur apportée par les Lumières grâce auxquelles l’Homme, par la raison, la science, la réflexion commençait à dissiper les ténèbres et abordait son émancipation par une révolution.
Aujourd’hui, la république est soumise, résignée, accablée par des manœuvres délictueuses d’un personnel politique indélicat.
Rien que ce matin, qu’apprend on en feuilletant les quotidiens, en visitant les sites d’information, en écoutant la radio ?
- Patrick Devedjian, (ex-ministre de la relance dans le gouvernement précédent, ce qui était une sorte de compensation pour laisser le champ libre aux combines politiciennes dans le département des Hauts-de-Seine où sévissaient, en leur temps, M. Pasqua, M. Sarkozy, mme et M. Balkany et maintenant Jean Sarkozy), accuse Nicolas Sarkozy d’être intervenu dans le processus électoral pour le priver de la direction de l’UMP du département susnommé ; trait significatif d’habitudes pernicieuses, détestables, qui prennent la république pour un pré carré.
- David Sénat, ex-collaborateur de l’ex-ministre de la justice dorénavant ministre des Affaires Etrangères, accusé d’avoir été une « source » du journal Le Monde dans l’affaire Bettencourt, assigne le toujours ministre de l’Intérieur qui n’en est pas à sa première comparution devant les tribunaux en tant que ministre puisqu’il a été condamné à payer une amende pour des propos racistes ; il faut rappeler que ces deux personnages devaient travailler ensemble, ou pour le moins, en harmonie, il n’y a pas si longtemps, au service de la république ;
- Bernard Squarcini, le patron de la DCRI, chargé de veiller à la tranquillité, la sérénité, la sécurité de la république poursuit le Canard Enchaîné qui affirme que le patron de La DCRI est pour quelque chose dans le vol d’ordinateurs de journalistes très impliqués dans l’affaire Bettencourt ; pour sa défense ce haut responsable de la république ironise et répond, avec beaucoup de mépris : « Vous nous imaginez en cagoule en train de voler des ordinateurs ? » Je pense qu’ils n’ont pas besoin de cagoules et ces façons de répondre à de telles accusations ne sont pas compatibles avec les fonctions de ce responsable qui devrait être un peu plus humble et réservé en attendant le résultat de sa plainte ;
- Claude Guéant,attaque, à son tour, en justice, le site Médiapart qui l’accuse d’organiser la traque des journalistes qui ne font que leur métier d’investigation ; il faudrait, à lui aussi, un peu plus de discrétion surtout depuis la lettre envoyée par Matignon au ministre de l’Intérieur et qui précise, sous le sceau « confidentiel défense »(rien que ça, dans cette république tout est confidentiel défense, cela a, au moins l’avantage de pouvoir rester enterré pendant 25 ans !), que la loi interdit aux services de renseignements de se procurer directement les factures détaillées auprès des opérateurs de téléphone ; dont acte : Matignon se fend d'un courrier « confidentiel défense » alors même qu’il n’y a rien à dire, rien à voir, rien à se reprocher ; ils ont du temps à perdre !
- Mr Million, ex-ministre des Armées vient de confier au juge Van Ruymbeke que des rétro commissions ont bien été versées pour la vente de sous-marins au Pakistan sous le gouvernement Balladur. L’ancien chargé de mission auprès du ministère de la défense, M. Donnedieu de Vabres a assuré, pour sa part « qu’il n'existait aucun lien entre le contrat de vente de sous-marins au Pakistan en 1994 et le financement de la campagne Balladur en 1995 » et a précisé ensuite « je n’ai aucune information sur le financement de la campagne de M.Balladur » et on est en droit de se demander comment ce respectable serviteur de la république peut, à la fois dire qu’il n’y a aucun lien entre la vente des sous-marins et le financement de la campagne de Balladur et avouer, ensuite, qu’il n’a aucune information ! En fait, deux filles de victimes de l’attentat de Karachi ont dû trouver les explications un peu simplistes et ont décidé, à juste titre, pour en savoir plus, de poursuivre M.Chirac et M.deVillepin pour « homicide involontaire et mise en danger d’autrui ». En effet, les rétro commissions existaient bien puisque c’est le Président Chirac qui a décidé de mettre un terme à ces pratiques (il est vrai qu’il n’en avait plus besoin pour ses campagnes électorales et, il faut le dire, trop de monde commençait à le savoir) ! En plus d’entrave à la justice, de faux témoignages, de déclarations intempestives, une fois encore la république est bafouée. De tous les hommes politiques concernés, seuls M.Chirac et M.deVillepin qui n’ont pas de mandat électif sont susceptibles d’être entendus par le juge, ce qui fait que les autres peuvent dormir, s’ils le peuvent, sur leurs deux oreilles.
D’affaires en affaires, de scandales en scandales, de débats et de phrases qui sentent mauvais, la république, bon gré mal gré, n’en a plus que le nom, certainement pas le parfum de l’espoir.
CL