Le théâtre de marionnettes: un Guignol pour Karachi
Je suis, quoique mes critiques du monde politique trouvent souvent matière à juger sévèrement le personnel politique, un défenseur de l’homme politique au service de l’intérêt général, cette attitude répondant sûrement à mon expérience d’adjoint au maire d’une commune rurale et qui m’a fait côtoyer des femmes et des hommes qui, se mettent au service d’une population peu encline à reconnaître leurs efforts, très critique quand il s'agit de leur intérêt personnel. Des conseillers municipaux s’engageant pour un mandat, sans ambition particulière ni envie de rester, à tout prix, titulaires de leur fonction et s’occupant et s’intéressant à la vie culturelle de la commune, l’animation de la tranche des jeunes et l’accompagnement des personnes en difficulté, m’ont donné une belle leçon dans leur tâche quotidienne où ils, elles aiguisent leur sens des responsabilités qui a trop tendance à s’atrophier chez ceux qui ne s’occupent que de leur confort.
Je tiens le mandat électif pour un instrument de civilisation, pas le seul certes, mais comme celui de responsable syndical, d’animateur d’association qui en sont, à mon sens des ersatz. Il y faut de la compétence, un peu, de l’obstination beaucoup, de la patience et du courage en réserve ! Les plus beaux gestes, les plus plus banales interventions, les faits les plus sincères demeurent souvent sans laurier et sans gloire. C’est ce qui fait la beauté de l’engagement de ces milliers de conseillers municipaux !
Et alors, me direz-vous ? Alors, bondissant au-dessus des conseillers généraux, régionaux, députés et sénateurs qui n’ont pas le même statut puisqu’ils sont rémunérés et cotisent pour une retraite complémentaire (ce détail a, pour moi, une grande importance car il est, peut-être, l’un des éléments de la corruption du système), je n’ai plus le même sentiment et le même désir pour parler de l’élite des élus, ceux qui, tous les jours, nous donnent le spectacle d’un panier de crabes (l’expression a été employée, ces jours-ci, par l’un d’entre eux) que rien n’émeut et qui recourt à mille sornettes, billevesées, mille habiletés oratoires propres à épater ceux de leur camp et à se faire admirer par ceux qui pratiquent le même art désaffecté de sa première destination qui devrait être le service du plus grand nombre.
Les acteurs sont en place, le spectacle peut commencer. Ces derniers mois, ces dernières semaines, ces derniers jours, les actes et les gestes du microcosme politique au sommet de l’Etat donnent une bien piètre image de l'élu de la république.
La pratique de la politique par ces avocats, car l’avocat en 2010 a remplacé largement, et plutôt pour le pire, l’enseignant de 1981, permet aux lâches de recommander le courage, aux nantis de mettre en avant la rigueur, aux matamores d’insister sur l’insécurité et son corollaire la peur, aux luxurieux de prôner la chasteté, aux menteurs de recourir aux plus improbables revirements, aux honnêtes de se conduire comme des bandits, aux bandits de se montrer sous des apparences honnêtes, aux incompétents de faire une réforme, aux réformateurs de montrer leur incompétence et ainsi de suite, aussi loin que l’on veut aller en sachant que l’on n’ira jamais aussi loin qu’il n’y paraît.
Lorsqu’on fait les comptes des résultats de la politique contemporaine, on voit bien que les gains ne valent pas les pertes et que tant de servitudes, d’obligeances aux lois, de misères, d’hypocrisies rendent chères, je veux dire coûteuses, la république et la démocratie.
L’exemple que nous donne l’affaire, une de plus, de Karachi est symptomatique.
Qu’en est-il des lois que l’on applique ? La loi régissant les documents classés « secret défense » qui permet, pendant vingt-cinq ans (c’est ce qu’on appelle, de nos jours « en temps et en heure ») de ne pas prendre connaissance de faits, de paroles qui seraient en mesure de faire respecter la vérité, la justice.
Qu’en est-il des hypocrisies qui courent les plateaux de télévision qui sont les agoras du XXI°siècle ? Les anciens premiers ministres qui s’expriment, les anciens ministres des armées muets ou bavards, les anciens présidents de la république qui se taisent, les responsables politiques de tous bords, les irresponsables politiques qui sont pléiade se répandent en discours hypocrites insupportables, car quinze personnes innocentes sont mortes. Leur mémoire serait-elle moins importante que l’ignominie de quelques élus ?
Tout le monde, ces jours-ci, et pour le moins ceux qui pensent que savoir la vérité est important, a entendu que :
- Mr Juppé alors premier ministre ne sait pas qu’il existait des commissions illégalement versées à des intermédiaires, et c’est lui, en tant que ministre de la Défense qui a le pouvoir de déclassifier les documents classés secret défense qui pourraient permettre à la vérité, peut être, d’éclater.
- Mr Léotard, ministre des armées à la signature de ces fameux contrats ne s’est toujours pas exprimé,
- Mr Million, ministre dela Défense ayant succédé au précédent dit lui qu’il connaissait l’existence de rétro commissions ; il précise au juge chargé de l’enquête que « dans les quinze jours qui ont suivi sa nomination en 1995, J.Chirac lui a demandé de procéder à la révision des contrats d’armement et de vérifier s’il existait des rétro commissions, il déclare « qu’au vu des rapports des services secrets et des analyses qui ont été effectués par le ministère de la Défense, on a eu l’intime conviction qu’il y avait rétro commissions ! »
- Mr Chirac, président de la république, dès sa prise de fonctions, fait stopper le versement des commissions que Mr De Villepin qualifie d’illégitimes,
- Mr Bayrou (revoilà les crabes) a dénoncé les insinuations honteuses de l’ex-ministre de la Défense récemment débarqué, Mr Morin, qui ne suggère rien que d’interroger les soutiens d’Edouard Balladur lors de la présidentielle de 1995,
- Mr Balladur, dans un silence assourdissant, serait le bénéficiaire de ces rétro commissions !
- Allez, avant de terminer, une raffarinade : Mr Raffarin n’a jamais entendu parler de commissions et encore moins de rétro commissions, lui il pense d’abord au drame humain (oh le brave homme)comme si le drame humain n’avait aucun rapport avec des pratiques universellement répandues dans le monde de l’industrie de l’armement !
- Mr Fillon refuse au juge de perquisitionner dans les bureaux de la DGSE et entrave le travail de la justice ; d’ailleurs le juge Van Ruymbeck n’a plus longtemps à s’occuper de cette affaire, vous verrez.
Tous les gens bien informés, et heureusement il y en a, savent que le versement de commissions à des personnalités pas toujours recommandables contribuent à encaisser des rétro commissions ; l’illégalité n’est pas dans le versement des commissions et des rétro commissions comme nos grands hommes voudraient nous le faire croire pour détourner l’attention car il s’agit d’une pratique courante dans ce milieu et dans d’autres, mais si cet argent sert au financement de campagne électorales d’un quelconque quidam c’est pour détourner la loi de la république sur le financement loyal des dites campagnes.
Assainir le système est une chose, mais convaincre nos hommes politiques de respecter la loi, une autre !
L’industrie de l’armement est une industrie importante en France qui est le troisième exportateur d’armes mondial ! C’est la raison pour laquelle on ne saura jamais la vérité sur les contrats de vente d’armes et donc sur les victimes de Karachi.
CL