La vérité ...aux Français !
Il faut dire la vérité aux Français ! Car jusqu’ici, on ne la disait pas ? Tout porte à le croire sauf que le nouveau mantra : la vérité, toute la vérité, rien que la vérité est un piège et non une libération de la raison. Des mots, réputés bénéfiques pour la confiance, portés par les mêmes qui nous ont, si longuement menti.
Une très grande majorité de vérités que l’on nous impose à longueur de discours formatés, a été méticuleusement filtrée, impitoyablement prédigérée par des politologues à la petite semaine, par des sociologues, des universitaires et le personnel politique aliénés aux médias par l’intermédiaire d’émissions où ils apparaissent et tournent en boucles, de plateaux en plateaux pour asséner leurs certitudes qui ne reposent que sur leurs convictions ou le politiquement correct qu’ils engrangent, comme les caisses enregistreuses les pièces jaunes.
Notre société se complait dans cette image qu’elle donne d’elle-même d’une élite qui lutte, becs et ongles contre « la Crise » alors qu’elle est pieds et poings liés. Des modèles et des mythologies inspirés d’économistes vivants ou morts et qui ont fait leurs preuves dans un espace-temps dépassé, nous sont présentés comme des vérités universelles et on ne sait plus si ce sont effets de mode, mécanismes bien huilés d’un système social ou fatuité cachant une ignorance crasse des événements qui nous dépassent.
Comment un homme politique, obscur avocat qui se découvre l’étincelle d’un Bonaparte peut-il savoir où est la vérité après avoir arpenté tous les chemins creux de la politique politicienne ? Comment celui qui se pense normal, sorti des grandes écoles de la république donc d’un système élitiste basé sur des concepts dont il serait plus juste de dire qu’ils développent plus la défense des intérêts que l’amour de son prochain, et qui, par une manifestation du hasard se retrouve à briguer le poste suprême, la connaîtrait-il mieux que l’autre ? Peut-on leur décerner, à l’un ou à l’autre, un blanc seing, eux qui n’ont qu’une petite expérience humaine où l’amour désintéressé, l’oubli de soi, la connaissance de pans entiers de la société qui les entoure est très parcellaire et souvent faussée par des conseillers qui agissent plus par intérêt que par altruisme ? Comment être sensible au discours de celle qui croit qu’on peut exclure chaque bouc émissaire au moment où cela « rapporte » le plus et où cela sert le mieux ?
Jamais comme en ce moment, je n’ai senti la vanité des discours de ceux qui nous disent la vérité. Comment aimer et respecter ceux qui nous disent que nous avons vécu depuis trente ans (trente, pourquoi pas cinquante ou cent ?) – je l’ai entendu, hier encore dans un débat télévisé – au-dessus de nos moyens, quand nous sommes payés au SMIC pour des travaux pénibles, quand nous venons d’être licenciés à 50 ans parce que l’entreprise dans laquelle nous nous sommes usés trouve plus lucratif d’aller faire fabriquer ses produits par des pays où l’esclavage n’est pas encore aboli, quand nous ne pouvons avoir une retraite décente après des années de labeur, quand nous sommes de jeunes diplômés, qui ne sommes pas responsables de l’incompétence de plusieurs générations d’élus et de la rapacité de financiers malhonnêtes, et qui ne trouvent pas de travail, quand des ministres viennent nous reprocher de percevoir des aides alors que tant de monde est grassement payé pour ne rien faire, quand notre origine ethnique, la couleur de notre peau, notre prénom même suffit à faire de nous des pestiférés ?
La vérité c’est qu’autour de Neuilly il y a des bidonvilles, qu’autour des entreprises du CAC40 il y a de la misère, que sous l’assistanat il y a la honte et le déshonneur, que sous les chaînes il n’y a plus d’espoir, que face à la morgue des riches il y a les indignés et que, plus que la vérité toujours bonne à dire il y a des actes qui pressent et qui honorent.
Sommes-nous préparés à supporter les vérités à venir ? Pas celles que tout le monde semble connaître tel des pythies, mais celles qui doivent prendre en compte les réalités d’aujourd’hui et les énigmes de demain ?