Le gaz de schiste : décidément ça pue !
L’exploration du gaz de schiste* défigure le paysage, pollue le sol et détruit les espèces animales et végétales indigènes ! De grandes surfaces sont mobilisées pour des forages et une exploitation gourmande en espaces. De plus l’exploitation génère des émissions importantes de CO2, NO2 et méthane contribuant à l’effet de serre.
L’extraction pollue le sous-sol et l’air – l’eau utilisée pour la fracturation, chargée de produits chimiques dangereux, 500 dit-on et dont la liste n’est pas fournie par l’exploitant au titre de la protection des brevets, transite dans le sous-sol puis est recueillie dans des bassins à ciel ouvert et retraitée mais, pour faciliter son traitement, elle est pulvérisée ce qui accélère la diffusion dans l’atmosphère des produits chimiques – et les nappes phréatiques sont en danger car , elles s’enfoncent, du fait des forages, plus profondément dans la croute terrestre et peuvent se disperser ou être durablement polluées.
La fracturation met en danger la stabilité du sous-sol et provoque des séismes qui ne peuvent être mineurs dans une région à sismicité moyenne comme l’est la région de Cadarache (siège d’ITER) située sur la faille de la Durance. Les forages verticaux de 2000 à 4000 mètres de profondeur puis les forages horizontaux en éventail à ces fortes profondeurs font de véritables dégâts dans le sous-sol.
Dans une interview, une géologue à l’Institut Français du Pétrole** dont la stratégie est claire (voir plus bas), s’exprime ainsi, concernant le gaz de schiste :
« N’importe quelle richesse dans le sous-sol est bienvenue. On a une dette, des impôts et un régime social en baisse ! La production et l’exploitation n’est pas forcément polluante, il faut, seulement bien travailler et il y a déjà beaucoup de règles. On peut produire propre. Une grande partie de l’eau qu’on injecte peut-être traitée comme n’importe quelle eau industrielle. Ensuite, il faut planter des arbres et 4 ans après tout est oublié. »
On frémit à l’idée que des géologues puissent parler avec autant de désinvolture d’un sujet aussi grave et dont on commence à connaître, dans le grand public, grâce au recul de 10 ans d’exploitation en Amérique du nord, les catastrophes écologiques et humaines. Nous savons que les richesses du sous-sol ont déjà fait le malheur de régions entières par leur exploitation sans réserve par des compagnies sans scrupules et qu’il serait plus utile de s’intéresser aux richesses que peuvent procurer les énergies renouvelables. Nous avons la chance d’habiter et de pouvoir vivre sur la planète la plus accueillante de tout l’univers connu et nous sommes en train de gaspiller notre chance. La planète s’en tirera toujours, même abîmée mais il n’y aura plus d’Hommes pour le voir.
Pour en revenir à l’interview de cette géologue, elle est d’une indigence crasse. « On a une dette, des impôts » donc, allons-y, faisons n’importe quoi ! Dire que l’eau injectée peut-être traitée comme n’importe qu’elle eau quand on ne sait même pas ce qu’elle contient comme ions dangereux et ne rien dire sur son trajet dans la croûte terrestre à travers les nappes phréatiques est irresponsable. Se contenter, d’une pirouette, de dire qu’il suffit de planter des arbres pour que tout rentre dans l’ordre en quatre ans est du plus haut comique. Sa conviction est qu’ « on peut produire propre » alors que toutes les expériences menées depuis quinze ans prouvent le contraire – l’eau du robinet qui s’enflamme dans les forages canadiens en sont une preuve tragicomique. Sauvons les régimes sociaux en fracturant la roche est une idée à laquelle nos brillants élus n’avaient pas encore pensé. Heureusement pour nous, des géologues et des compagnies pétrolières comme Total sont là pour le leur conseiller.
Un dernier point, le Code Minier inadapté pour ce type de recherche et d’exploitation doit être revu et pas dans le sens d’une plus grande liberté de forer mais dans le cadre d’une réelle politique énergétique qui protège nos sous-sols au lieu de les pourrir.
*Le gaz de schiste est un gaz non conventionnel emprisonné dans des schistes argileux à des profondeurs variant entre 2 000 et 4 000 mètres. 10% du sous-sol français serait concerné et des permis de forer ont déjà été accordés, suspendus devant les protestations citoyennes et le Var est menacé par deux permis, celui de Brignoles et celui de Gréoux-les-Bains contre lesquels nous nous mobilisons. Le collectif que j’ai contribué à créer avec quelques amis tiendra une réunion publique d’information le 23 juin à La Verdière pour mobiliser et lutter contre cette aberration écologique.
** LIFP est un organisme public de recherche et de formation sous tutelle du ministère de l’Écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer depuis le Grenelle de l’Environnement. Sa mission est de développer les technologies et les matériaux de demain dans les domaines de l’énergie, des transports et de l’environnement.
Les 4 axes stratégiques de l’IFP sont :
- la capture et le stockage du CO2 ;
- la diversification des sources de carburants (biocarburant, hydrogène…) ;
- le raffinage propre et performant du pétrole ;
- l’accroissement des réserves de pétrole (exploration, rendement, milieux extrêmes). (source Futura-environnement)