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Hénin-Beaumont, le FN gagne et la classe ouvrière perd.

11 Juin 2012 , Rédigé par Liberté

11ème circonscription du Pas-de-Calais. « Avec la marche du dimanche 3 juin, c’est une véritable renaissance du mouvement populaire qui s’opère sur place. Des forces considérables, hier éparpillées et combattant chacune de son côté, convergent. Elles ont commencé à se donner à voir dans un flot joyeux de chansons, de pancartes et de drapeaux rouges. Tout cela s’est immédiatement prolongé, dès le lendemain, dans une assemblée sans précédent réunissant plus de deux cent cinquante travailleurs sociaux de toutes professions dans le bassin minier. Quoiqu’il arrive cette campagne aura rallumé ce feu ! » dans le blog et sous la plume de Jean-Luc Mélenchon. Pour ma part, après avoir redouté son combat puis l’avoir trouvé exemplaire et nécessaire, après n’avoir pas cru qu’une région, celle des corons, des jardins familiaux de l’Abbé Lemire, d’un environnement très dégradé par l’exploitation minière et les destructions dues aux guerres, abîmée par les séquelles sociales et sanitaires d’une industrie lourde et de son abandon brutal qui la laissa exsangue à la fin du siècle précédent, que cette région rude habituée aux luttes, à la dure loi de l’existence puisse se laisser aller dans les bras du FN, je suis obligé de reconnaître, depuis hier soir, que le fait est là et que le peuple ouvrier a beaucoup perdu en ne reconnaissant pas les siens.

Qu’est devenue la classe ouvrière ? Peut-elle être encore considérée comme la digne héritière de celles qui se sont illustrées dans les luttes qui ont fait l’histoire et qui les a rendu, si longtemps, exemplaires et fraternelles ? En Faisant au FN un arc de triomphe sur les cendres encore chaudes d’une histoire fière de la défense du sol et du droit, la classe ouvrière s’est perdue.

La mondialisation avec son cortège de délocalisations, de robotisations, de travailleurs pauvres est à la base de cette défiance vis-à-vis du travail et de sa valeur. De plus en plus, le travail d’une majorité de la classe ouvrière, a nécessité de moins en moins de compétences. Pour preuve, nos économistes distingués expliquent à longueur d’ondes qu’un ouvrier chinois ou indien peut faire le même travail en étant payé dix à cent fois moins, qu’un chauffeur polonais ou roumain peut conduire deux à trois fois plus longtemps pour un salaire moindre et nos hommes politiques non moins distingués de rabâcher, à l’envie, qu’il faut se former, se former, accepter la flexibilité, le nomadisme. Non seulement, une grande partie de cette classe ouvrière n’a pas pu accéder à des métiers valorisants et bien rémunérés mais, en plus il ont quitté leur lieu de vie pour aller s’entasser dans des zones périurbaines où règne l’insécurité, le bruit, la pollution ou bien, s’imaginant faire partie de la classe moyenne parce qu’on leur proposait de s’endetter pour acheter une résidence principale à la campagne, ils n’ont pas vu qu’ils devraient sacrifier leurs loisirs et une grande partie de leur salaire pour aller travailler dans les métropoles d’où ils étaient partis à cause de loyers trop élevés et de conditions de vie trop stressantes.

Quand vous ajoutez à cela qu’on les pousse à détester ceux que la solidarité voudrait que l’on aide parce que, tout bien pesé, ils ont peur de faire partie, un jour ou l’autre de cette classe d’exclus mais, qu’à la fois ils ne supportent pas que ceux qu’on leur présente comme les cancéreux de l’assistanat  puissent vivre sans travailler quand eux ont tant de mal à vivre en travaillant, vous n’êtes pas loin de comprendre leur dégoût pour ceux qui gouvernent et leur envie de faire confiance à ceux qui n’ont jamais eu de responsabilités.

Et dégoût, aussi, du travail qui pour les postes subalternes est de plus en plus dévalorisé car ne faisant plus appel qu’au rendement et ignorant superbement ce qui faisait la noblesse de certaines activités où les améliorations, les astuces de fabrication, le tour de main étaient susceptibles de modifier la chaîne de fabrication. N’avez-vous pas été surpris, n’avez-vous pas éprouvé une certaine gêne par l’attitude de ces ouvriers licenciés qui préférèrent un capital de départ volontaire plutôt qu’une reconversion ? Doit-on en déduire que la reconversion est, dans de nombreux cas, une punition et que l’on doive expier le fait d’avoir eu son emploi supprimé ? La double peine en quelque sorte. Vouloir échapper aux tourments de la reconversion, aux affres du chômage, à l’accusation d’abîmer l’outil de travail, à la condamnation des biens pensants qui ne manqueront pas de vous stigmatiser comme étant les coupables, non les victimes est-ce méprisable ? Tous ces efforts déçus, tous ces combats perdus, ces syndicalistes condamnés, ces espoirs frustrés et ces familles détruites parce que le rouleau compresseur de la société de consommation n’écrase que les faibles ne conduisent-ils pas à se réfugier dans une attitude qui fait de vous, non plus une victime consentante mais un gros bras qui veut en découdre ? C’est le sens que je donne au vote d’adhésion cher à Mme Le Pen. Adhésion à une force factice qui veut régler son compte à tout le monde qui n’est pas dans le giron.

La classe ouvrière qui se détourne de la gauche ou de l’extrême gauche qui l’a si longtemps défendue pour croire aux recettes miracles d’une extrême droite qui joue avec les sentiments d’une population déboussolée, trouve sa raison d’être dans l’expression d’une colère sans limites, irréfléchie et absurde.  Le bouc émissaire a encore de beaux jours devant lui et le FN n’est pas en peine d’en  trouver.

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