Le pouvoir par effraction ? Fichtre !
Si les mots ont un sens, si l’on admet communément qu’un lapsus peut être significatif voire un signifiant, si la responsabilité doit aller de pair avec la fonction qu’on occupe, singulièrement celle de ministre de la république, si l’exercice des questions au gouvernement du mardi - en sus d’une manœuvre politicienne qui met en valeur les égos d’élus qui n’en peuvent mais - est une émission pédagogique retransmise par la télévision et ouverte au public en particulier au jeune public des collèges et des lycées, si l’Assemblée Nationale est le lieu de l’expression du peuple par ses représentants, tout dérapage oral ne peut être balayé d’un geste de la main, on ne peut se contenter de le qualifier, comme l’a fait le Président de cette assemblée, d’un « propos inadapté » ou comme l’a comparé le ministre de l’intérieur à des « mots d’oiseaux que les députés s’adressent, chaque mardi, dans l’hémicycle ».
M.Baroin a continué à exprimer son mépris en répétant, trois fois, que les grandes décisions du PS, les trente-cinq heures, la rédaction de leur programme de gouvernement, leur arrivée au pouvoir, se sont toujours prises « sur un coin de table ». Je gage que le ministre, qui a obtenu son portefeuille à la hussarde, si l’on en croit les réactions de son propre camp lors du dernier remaniement, ne faisait pas allusion au tableau « Un coin de table » de Henri Fantin-Latour qui représente des poètes dont Verlaine et Raimbaud, à la fin d’un repas mais, plutôt, de ce coin de table graisseux et encombré d’une cuisine d’HLM qui était le seul « bureau » qu’ont connu, pour faire leurs devoirs, de nombreux de mes élèves qui n’avaient pas, comme M.Baroin, la chance d’avoir une chambre à eux et un bureau confortablement aménagé et éclairé.
Ces comportements éclairent le décalage qui existe entre les ressentis, les expériences de ces nantis qui n’imaginent même pas dans quelles conditions, dans quelles difficultés quotidiennes se débattent ceux, qu’ils jugent comme des profiteurs et des cancers de la nation, qu’ils s’imaginent représenter. Ils sont tellement persuadés d’être les seuls légitimes à gouverner qu’ils en oublient que le suffrage universel, qui a pu se tromper quelquefois en leur donnant les clés des palais de la république, peut les renvoyer en 2012, dans leurs salons dorés.
Finalement, « inadapté », pris dans le sens de caractériel, ne serait peut-être pas si mal choisi pour qualifier un ministre responsable d’un tel dérapage.