Le vote d'extrême droite dans un petit village !
Dans notre petit village de haute Provence, le vote d’extrême droite a, encore, fait florès. Ce n’est pas une surprise quoique l’on s’attende, lors de chaque élection, que cela change ! Mais objectivement pourquoi cela serait alors que la population immigrée est inexistante, même si pour l’autochtone, celui qui n’est pas né au village est un étranger ?
Village dortoir, désert économique et culturel, ce bourg agricole qui a manqué le tournant viticole et qui a été sinistré par l’implantation à vingt kilomètres du Centre Nucléaire de Cadarache et par la migration vers la ville, est miné par une situation ne favorisant pas le vivre ensemble. Une importante population jeune s’est invitée depuis dix ans et a construit sa maison individuelle sur les terres labourables mais pauvres libérées par l’arrachage des vignes, encouragé par des primes de l’état, dans les années soixante et dix à quatre-vingt. L’école a subi un coup de fouet et ce fut le seul côté positif de cette arrivée massive de couples issus de l’agglomération marseillaise à laquelle il faut ajouter l’installation ponctuelle ou définitive de retraités européens du nord
Cette nouvelle population ne s’est pas intégrée à la vie du village pour de multiples raisons malgré des tentatives de la municipalité ou d’associations trop timides ou trop ciblées. A cela il faut ajouter, et c’est d’une grande importance, que les couples installés récemment sont obligés d’aller travailler à 40 ou 75 kilomètres de leur lieu d’habitation puisqu’il n’y a pas d’emplois locaux. Aucun commerce, peu ou pas de PME créées qui assurent des débouchés, une activité, un gisement d’emplois. Même si l’action de la municipalité a contribué à sauver la poste, même si un médecin continue à exercer dans la commune, il faut faire, au minimum, 36 à 90 kilomètres pour se soigner, se cultiver, accéder aux loisirs. Abandon social, culturel, médical, humain.
C’est dans toutes ces raisons que je trouve l’explication du vote d’extrême droite. En effet, c’est donc une population isolée – les retraités se retrouvent dans des clubs repliés sur eux-mêmes, les primo arrivants sont rivés pendant plusieurs années à l’amélioration de leur habitat : piscines individuelles, jardins d’agréments et potager sur deux ou trois mille mètres carrés fixent les habitants dans leur clos – qui n’a que peu de contacts qui favoriseraient l’intégration. Isolés, abandonnés par les instances départementales et régionales qui cristallisent leurs actions pour la côte qui regroupe la très grande majorité de la population, les habitants sont sensibles au discours de ceux qui leur expliquent qu’ils sont les laissés pour compte du progrès et de la croissance. Ils voient qu’ils sont plus touchés par la crise par le renchérissement des déplacements obligatoires provoqué par l’augmentation des prix des carburants, le prix de revient des soins à l’extérieur, la scolarisation dans le secondaire des enfants qui oblige à un surcoût…et que, même leurs loisirs entraînent une dépense supplémentaire.
Un pourcentage non négligeable de la population entre dans la vie active sans patrimoine, sans dette, sans diplôme pour de nombreuses raisons dont elle n’est pas responsable. Comment une société évoluée doit-elle aider cette population ? En l'assistant et donc, une partie du budget national doit être consacré à ces aides. Pour qu'elles ne creusent pas la dette, ces aides doivent être contrôlées par l'état solidaire et ne pas être considérées comme un cancer de la société mais comme le signe d'une société humaniste, dynamique, inventive, productive, cultivée et qui n'a pas peur d'être solidaire. Lorsqu’elle oublie cette évidence, la société se prépare de lendemains qui déchantent et prépare le lit de l’extrême droite qui progresse dans toute l’Europe.
Aujourd’hui les voix d’extrême droite vont-elles décider du choix du Président de la République ? Il faut souhaiter que non. Nous le saurons, ce soir, si le classement du premier tour n’est pas inversé.