Petite victoire, grands espoirs...
L’élection de M.Hollande pose plus de questions qu’elle n’en résous mais elle a un mérite, en attendant plus, elle remplace la colère par l’espoir.
Hier soir donc, nous avons échappé aux exploits vocaux de Johnny, Mireille, Enrico et compagnie non pas parce que nous partagions entre amis une assiette de spaghettis bolognaise mais parce que la période Sarkozy s’achève enfin.
Cette soirée bonhomme ouvre peut-être un nouveau modèle mais ce que j’éprouvais hier c’était plus le soulagement de savoir cette droite écartée du pouvoir que la joie de cette victoire étriquée de la gauche. Une gauche au pied du mur, un mur haut ! La politique de division de M.Sarkozy a pollué tous les esprits de droite comme de gauche ; j’entends cette jeunesse qui attend une France unie mais tous les autres, ceux par exemple qui estiment que le Front de Gauche (4 millions de voix !) ne fait pas partie de la gauche, et qui souhaitent, comme en 1981, une majorité absolue du parti socialiste, n’est-elle pas déjà dans l’exclusion et la négation du partage de la victoire.
J’habite un département, le Var, où la droite arrive en tête partout. Cette victoire de gauche n’a rien d’historique seule la nouvelle politique pourra se parer de ce qualificatif flatteur si elle réussit. (1 million de voix d’avance mais 2 millions de bulletins blancs ou nuls). J’ai du mal, ce matin, à sauter de joie car, une fois la colère assagie je redoute l’échec. Ce qui était un argument de campagne du candidat – mon programme, tout mon programme, rien que mon programme – ne suffit plus pour mettre en place la politique dont la France a besoin. « Je veux qu’on me juge sur la jeunesse et la justice » ! OK, mais n’oublie pas François que tu ne gagneras sur ces deux plans qu’en créant des emplois et ça ce n’est pas gagné !
Et puis, pas de naïveté, du pragmatisme. Un gouvernement resserré avec des personnes expérimentées aux postes les plus importants pour faire face à la tourmente qui vient. J’ai écrit, dans la ferveur du combat et l’emballement de la vieillesse qui s’imagine expérimentée, qu’il fallait sauter une génération et confier le pouvoir à la petite classe qui émerge. J’avoue, aujourd’hui, mon innocence et je laisse tomber ma brassée de roses ! Si, dans la première année de pouvoir, M.Hollande veut pouvoir faire sa réforme fiscale indispensable et changer la redistribution des richesses, s’il veut donner de l’espoir à la jeunesse en lui offrant vite des chances d’emploi, je pense qu’il faut une équipe de ministres déjà aguerris. Le temps viendra où les jeunes femmes et jeunes hommes de gauche prendront la relève avec des chances de réussite.
Je n’oublie pas que, dans ma commune, la gauche est largement minoritaire et qu’il faudra des signes visibles pour convaincre ceux qui ne l’ont pas rejointe, de le faire. Je n’oublie pas, aussi, que la campagne très droitière de M.Sarkozy n’a pas été sanctionnée par un vote républicain sans concession. Je n’oublie pas que ce sont les votes urbains qui ont porté M.Hollande et la fracture avec le milieu rural est énorme. Je n’oublie pas que 60% des électeurs du premier tour du FN se sont reportés sur M.Sarkozy, ce qui peut faire craindre qu’ils se rejoignent dans un futur proche et je n’oublie pas que, dans un mois, des élus de gauche devront leur élection à des triangulaires à droite.