Les Fronts, tous les Fronts ou pas de Front?
Front républicain, de gauche, national. Union, coalition, alliance, ligue.
Le Front républicain réunissait, en 1956, en vue d’élections législatives, les partis de centre-droit allant de la SFIO à la droite sociale de Chaban-Delmas. C’est Pierre Mendès-France qui en était le leader incontesté et c’est la guerre en Algérie qui le déclencha.
Coalition des pays démocratiques contre la dictature en Libye en soutien aux révoltés de Benghazi; union artificielle des forces démocratiques pour s’opposer aux candidats du FN aux cantonales.
C’est, aujourd’hui, tout le problème et le fait que de nombreux électeurs se trouvent face à une chausse-trape. Le piège est conçu comme une épreuve. En 2002, nous nous sommes trouvés dans cette situation lorsqu’au deuxième tour des élections présidentielles, après l’élimination du candidat de gauche, Jacques Chirac s’est trouvé face à Le Pen et que nous avons été confrontés à un cas de conscience : s’abstenir, voter blanc ou voter pour Chirac.
S’abstenir ou voter blanc ou nul, dans le système électoral français toutes ces expressions se valent et c’est regrettable car si s’abstenir n’est pas une attitude que je respecte, le vote blanc peut être l’expression d’un véritable engagement.
Voter Chirac en 2002 alors que le candidat de la droite était sous la menace de plusieurs condamnations judiciaires, que son premier mandat n’avait pas été brillant, pour le moins, et qu’envisager un deuxième quinquennat ne saurait être un bienfait pour la France, pouvait être ressenti comme un traquenard.
Cependant le Front républicain fonctionna à plus de 80% et le résultat fut un quinquennat de trop mais, pour autant, il était indispensable d’empêcher le FN de s’approcher trop près du pouvoir.
Car, le problème qui demeure c’est que si on doit empêcher le FN de gouverner la France, il faut, cependant, admettre que les électeurs de ce parti ont une voix qui a la même valeur démocratique que celle des autres formations, sauf, sauf…à considérer que le FN n’est pas un parti démocratique, républicain et en tirer les conséquences. Interdire le FN! Interdire les partis monarchistes comme celui de De Villiers il y a quelques années, les partis qui prônent la croisade ou qui nient l’humanisme et ne respectent pas la laïcité…
Car là est une partie de la réponse.
Est-ce que ceux qui ont bafoué le vote populaire sur le référendum de la Constitution européenne, ceux qui veulent un débat sur l’islam transformé en débat sur la laïcité pour pouvoir entériner le financement des religions qui se fait, à ce jour, en toute illégalité par des détours politiciens, ceux qui n’ont que Front républicain à la bouche mais qui, revenus dans leur chapelle s’égosillent à dégommer leur partenaire d’une élection, ceux qui prônent le communautarisme et la discrimination positive, est-ce les mêmes qui peuvent tenir autre chose qu’un discours établi sur des incantations?
Déjà, une partie de l’UMP envisage de faire alliance avec le FN. Sarkozy élu avec des voix du FN et Mme Morano, qui s’adresse « aux électeurs de droite qui ont voté pour le FN mais qui ne sont pas racistes pour qu’ils rejoignent l’UMP qu’ils n’auraient jamais dû quitter », ne sauveront pas leur tête en faisant semblant de rejeter le FN tout en draguant vulgairement ses électeurs.
Pour être au deuxième tour en 2012, la droite et, au moins ses éléments les moins républicains pas plus respectables que certains éléments du FN, devra, obligatoirement, s’allier avec l’extrême droite.
En conclusion, cette habitude de faire appel au Front républicain quand tout va mal, ne devrait-elle pas laisser la place à plus de vision politique en amont pour éviter de se mettre dans cette situation?
Parler de Front républicain quand on fait une primaire pour imposer à tous les autres le meilleur d’être ceux qui font 20% des voix, quand on présente un candidat pour faire 5% et dont le seul but et d'existeret de se montrer, quand on est incapable dans une situation dramatique où la république fout le camp de trouver les convergences républicaines pour se retrouver sur l’essentiel, c’est aller, une nouvelle fois à l’échec, augmenter le désintérêt pour la politique, déconsidérer la fonction de l’élu…
La seule façon de ne pas se trouver dans cette indigence politique c’est de ne pas s’y mettre! C’est de mener une politique dans l’intérêt général, de favoriser l’éducation au lieu de la démolir, la culture au lieu de la tenir pour portion congrue, la justice pour qu’elle soit au service des hommes et pas des puissances de l’argent. C’est faire le nécessaire pour que les candidats républicains soient au deuxième tour et cela passe par un large coup de balai, par promouvoir des personnalités respectables et, par exemple par ne pas condamner un Montebourg qui dénonce les concussions, les combines, les malhonnêtetés. C’est ne pas s’accrocher au pouvoir comme des arapèdes au rocher!
Avant de conclure je voudrais signaler la prise de position respectable de Mme Pécresse au milieu de la cacophonie de son parti qui a dit qu’elle ne donnait pas de consignes de vote car si elle n’a pas les idées de la gauche, elle, au moins, n’a pas les valeurs du FN! Nous sommes responsables de notre voix donc nous n’avons pas besoin de ce déluge de conseils, tous plus intéressés les uns que les autres. Mais l’abstention n’est pas la démocratie, le Front républicain improvisé non plus!