LIU XIAOBO : Nobel de la paix
Ce qui est choquant, plus que cela même, ce qui est révoltant dans l’affaire du prix Nobel pour la paix n’est pas que le lauréat soit empêché de se rendre à Oslo pour y recevoir son prix, c’est le fait universellement incompatible avec les droits de l’homme d’emprisonner un être humain pour ses idées, c’est le fait de vouloir avoir la maîtrise d’un cerveau, la mainmise sur son âme.
C’est la cinquième fois depuis sa création en 1901 que le lauréat ne peut se rendre à la remise du prix ; le premier Carl von Ossietzky, journaliste allemand pacifiste actif et fervent, préconisait une politique de conciliation dans les années 30, s’opposait au réarmement en Allemagne et se déclarait favorable à une révision du Traité de Versailles par la voie de discussions franches entre les puissances concernées. En février 1933, il est arrêté à l’issue d’une conférence où il discuta des possibilités de former un front commun pour combattre le nazisme. Le 27 c’est l’incendie du Reichstag et Ossietzky fait partie des Allemands arrêtés et déportés dans un camp de concentration.
En trois occasions, le lauréat ne put se rendre à Oslo mais il fut représenté ; ce fut le cas en 1975 pour le dissident russe Andreï Sakharov qui fut remplacé par son épouse Eléna Bonner, en 1983 pour le syndicaliste Lech Walesa qui, de crainte de ne pouvoir plus rentrer en Pologne, se fit représenter par sa femme Danuta Walesa , en 1991, enfin, ce sont les fils d’Aung San Suu Kyi, la militante des droits de l’Homme, qui recevront, à la place de leur mère en résidence surveillée et cette année-là, déjà, une chaise vide trône sur la scène.
La cinquième mais peut-être pas la dernière, malheureusement, c’est la chaise vide de Liu Xiaobo qui, en prison, pour son combat pour les Droits de l’Homme depuis vingt ans ne peut se rendre à Oslo. Il reste que sa nomination au Nobel, la reconnaissance de la communauté mondiale attachée aux droits de l'Homme, cela, personne, même pas des hiérarques chinois ne pourront les lui enlever; il restera, pour des siècles et des siècles, l'homme qui défend la liberté de penser au mépris de sa liberté d'aller et venir dans son propre pays !
La remise du prix de la Paix ne se fait pas, c’est un pléonasme, dans un climat de paix ! En effet, tous les excès sont bien là, du côté chinois où l’on traite les membres du jury danois de « valets », où l’on censure Internet, où l’on fait pression sur des pays pour qu’ils boycottent la cérémonie et où l’invective remplace la discussion, du côté américain où des élus républicains ont comparé la Chine à l’Allemagne nazie et partout où la démesure l’emporte sur la raison.
Nous, les amoureux de la liberté, nous déplorons un tel état de fait et continuerons de dénoncer les dictateurs d’idées mais cela n’empêchera pas nos entrepreneurs de faire des affaires avec la Chine, pas plus que nos responsables politiques d’aller chercher un certificat d’envergure internationale ! Cependant la présence, à Oslo, d’une représentation française officielle s’imposait ; rien n’empêche de commercer avec la Chine en lui disant ce que l’on pense de son attitude. Il faut, simplement, et c’est là toute la difficulté dans un monde de plus en plus amoral, avoir une extrême vigilance sur toutes les questions des droits de l’Homme et se souvenir que, les femmes sont encore lapidées dans des pays musulmans, défigurées à l’acide pour adultère dans un pays que l’on a coutume de désigner comme la plus grande démocratie du monde ( l’Inde), qu’on mutile des petites filles (Afrique), qu’on prostitue des enfants (partout) !
CL