Wikileaks késako?
Commençons par le plus visible, le plus concret, le plus abordable pour un citoyen non averti des arcanes du pouvoir : les réactions du microcosme.
De nombreux journalistes (« on » savait déjà tout), une psychanalyste (comment parer la sottise infantile des dictateurs de la transparence), un philosophe (qui trouve cet étalage « dégueulasse »), un ancien ambassadeur (« furieux »), des hommes politiques s’expriment depuis quelques jours sur les révélations du site Wikileaks.
J’ai entendu ces vieux professionnels de la presse, du Figaro, de la télévision pour ne citer que ces deux exemples, se répandre ad nauseam, sur la pertinence, la légitimité, la déontologie de la publication des télégrammes de la diplomatie de la plus grande puissance politique (pour combien de temps encore ?) du monde.
Ces journalistes proclament qu’ « on » savait tout ! On aura compris que « on » c’est « eux » et qu’ « ils se sont tus » gardant, dans un petit cénacle de gens bien informés mais pas pressés de faire leur métier d’informateur, des faits, des évènements, des sentiments qui intéressent la vie de millions de citoyens du monde.
Mais sans Wikileaks, qui aurait entendu parler du traité secret ACTA (acronyme de l'Anti-Counterfeiting Trade Agreement) alors que depuis des mois, dans le plus grand secret, l’Union européenne discutait avec d’autres états dont les Etats-Unis d’un accord sur les droits de propriété intellectuelle pouvant avoir des conséquences graves sur l’accès au savoir, sur la vie privée, sur la neutralité d’Internet et sur les droits fondamentaux comme le liberté de s’informer ; et aussi, qui aurait su que des soldats américains avaient tiré sur une ambulance en Irak et tués des journalistes de l’agence Reuter ?
Nous savons que la raison d’état a existé, existe et existera toujours et les affaires, en France, du massacre des moines de Tibihirine, l’attentat à Karachi des ingénieurs français, le chalutier coulé en quelques secondes probablement par un sous-marin en opération, la caravelle Marseille-Ajaccio probablement descendue par un missile et bien d’autres affaires non élucidées à cause de l’opacité de la politique de sécurité, montrent, à l’évidence, que la transparence n’est pas encore, loin de là, la norme dans les affaires des états.
Qu’on le veuille ou non, WikiLeaks est un organe essentiel dans le journalisme de réseau et sa valeur, son éthique sont valorisées par le fait qu’il soit, depuis plusieurs années, un producteur d’informations pour des grands journaux que sont le New-York-Times et le Guardian et depuis quelques jours de El PAïs, du Monde et du Spiegel. Ces journaux qui acceptent le jeu font leur travail avec des infos qui ne viennent pas que des Agences de Presse traditionnelles, c’est l’introduction de la toile dans le panorama journalistique mondial.
Qui plus est, personne ne conteste la validité de ces milliers de télégrammes, mieux on nous dit qu’on n’apprend rien qu’on ne sache déjà ! Doit-on en tirer la conclusion que cette unanimité a quelque chose de troublant ?
Se pose la question de savoir qui, où et pourquoi, quelqu’un fait parvenir à ce site ces informations de la diplomatie américaine ?
Est-on à l’abri d’une manipulation ? Ne peut-on envisager dans ce monde de dupes, de guerre économique, de corruption que cet étalage soit une façon de semer le trouble ou d’observer le retentissement d’une fausse information sur la perception des pays ou des peuples concernés avant de l’expérimenter réellement ?
On ne peut exclure, à priori, que ces secrets soient des secrets de Polichinelle ou des fausses informations.
Reste que l’honnête homme, l’état intègre, n’a pas à redouter le jugement des autres. Avoir de la sympathie pour des barbouzes voire même pour un personnel diplomatique choisis dans les élites de grandes écoles ou de l’aristocratie ne nous empêche pas d’être exigeants sur ce qu’ils nous racontent, ce qu’ils nous cachent et que l’on essaye de nous empêcher de savoir ce que pensent et font nos gouvernants et c’est tout simplement nous prendre pour des citoyens immatures.
Nous sommes des citoyens actifs agacés, c’est le moins que l’on puisse dire, par ces oligarchies politiques, financières et journalistiques (pour faire bonne mesure) et je suis en colère sur leur arrogance à tout surveiller de notre vie privée avec leurs tentatives de fichage ou de lois (type Hadopi) tous azimuts mais qui refusent que nous exercions un contrôle minimal, celui que nous reconnaît l’article IV de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ; je revendique, par exemple, le droit de savoir que des ministres, un responsable éminent du PS et d’autres sûrement, contestent la politique de la France ; je revendique donc le droit d’avoir la liberté de m’informer où je le souhaite.
Alors, c’est vrai que nous avions l’habitude, ma génération au moins, d’avoir de la bienveillance, du respect, pour le maire, l’instituteur, le curé, le banquier même et nous pensions que l’état par des moyens les plus honnêtes possibles de nous protéger, d’éviter la guerre, de créer les moyens de la fraternité mais nous constatons que nous ne pouvons plus avoir cette confiance béate et nous le devons à une plus grande transparence des actes des uns et des autres surtout de ceux qui ont une autorité morale sur nous et une influence sur nos vies.
CL