Montebourg, Vals, les trente-cinq heures...
Cent propositions pour une république ! C’est le titre qu’Arnaud Montebourg aurait pu choisir pour son livre mais il ne l’a pas fait. François Mitterrand, pour sa campagne présidentielle de mai 1981, avait fait 110 propositions qui étaient un programme de gouvernement de la France ; Ségolène Royal, que je respecte pour son combat solitaire avec une sensibilité qui manque beaucoup à une droite arrogante, incompétente et clanique, a récemment, dans le cadre d’un Pacte Présidentiel avec les Français, fait 100 propositions pour que la France retrouve une ambition partagée, la fierté et la fraternité.
Arnaud Montebourg, se démarque par son ambition de bâtir une nouvelle France et c’est cela qui fait que ses propositions innovent. Pour les deux personnalités déjà citées, le but était de changer la France ou de la retrouver comme elle croyait qu’elle avait existée ; pour Montebourg c’est de bâtir une nouvelle France et, pour cela, il a des idées mais l’essentiel se trouve finalement dans les rêves qui rapprochent, pour bâtir un monde plus humain et plus juste. En cela il se distingue des femmes et des hommes politiques que je brocarde, que j’exècre et pour lesquels il est plus important de briguer des postes avec les lubies, les toquades du Président que d’avoir des idées.
Dans son livre « Des idées et des rêves » il conjugue les idées qu’il défend depuis 15 ans,les expériences sur le terrain, les témoignages humains qu’il recueille, aussi bien les réussites que les échecs, et la vision nouvelle des problèmes contemporains qu’il souhaite proposer. Sa réflexion s’ouvre sur une citation de Gramsci « il y a crise quand l’ancien n’arrive pas à mourir et que le nouveau n’arrive pas à naître.» La voilà la vraie crise ; on nous rebat les oreilles avec la crise actuelle comme si on n’avait rien appris et pas compris que la crise est inhérente au capitalisme, qu’elle lui est nécessaire, qu’il s’en nourrit ! Il faut donc que l’ancien meure pour que le nouveau arrive et s’il le faut, pour que cela aille plus vite, car c’est une urgence, « qu’ils s’en aillent tous ! »
L’actualité va me permettre d’illustrer ce que le compte-rendu d’une lecture, qui entraîne la conviction, ne peut aborder surtout lorsqu’il s’agit de rendre compte d’une philosophie politique. Montebourg, c’est ce que je veux mettre en évidence, fais des propositions pendant que d’autres négocient l’épaisseur du papier hygiénique. Manuel Vals est de ceux-là ! Que propose t-il ? Déverrouiller les trente cinq heures (« C'est pourquoi je me permets de faire, moi, des propositions qui correspondent à ce qu'attendent les Français, les salariés et notamment les couches populaires » M.Vals) Il ne doit pas parler avec les mêmes Français que j’écoute sinon, il les aurait entendu dire que de nombreux patrons ne font faire des heures supplémentaires qu’à ceux qui travaillent, que lorsqu’ils en ont envie, qu’ils ne les paient pas et préfèrent les faire récupérer à leur guise… Et que signifie « supprimer en partie le dispositif des heures supplémentaires », sinon continuer à arroser les entreprises qui profitent de la défiscalisation des heures supplémentaires, ce qui a déjà coûté 22 milliards à l’état ?
Une réaction intéressante à droite : celle de Baroin qui félicite Vals de cette géniale idée, pour préciser, quelques minutes (ce matin à France Inter) après, « les 35 heures sont depuis la loi Fillon, mortes et enterrées ! » On frémit à la pensée que ce ministre, qui se félicite qu’un adversaire politique veuille déverrouiller quelque chose que sa majorité a tué et enterré, soit en charge du budget, des comptes public et de la réforme de l’Etat. Il se garde bien de dire que si la durée moyenne de travail en France en 2009 était de 38 heures, elle était de 36 en Allemagne et de seulement 37 en Hollande !
Mon père disait souvent « lorsque tes adversaires te félicitent, demande toi vite quelle bêtise tu as pu bien dire ou faire. »
Nous avons plus besoin de Montebourg que de Vals ou de Strauss-Kahn, c’est-à-dire que je préfère miser sur l’innovation plutôt que sur le rapiéçage ou l’iconographique, plus le défenseur de grandes idées plutôt que le petit lutin qui aspire à appliquer à la France les recettes de sa commune ou l’icône imbue, plus le rêveur à un monde meilleur plutôt que le petit rond de cuir qui rafistole ou le grand commis qui pense connaître toutes les recettes.
CL