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Moody's chez Dali !

20 Octobre 2011 , Rédigé par C

P1000418 

De ma terrasse, qui s'avance face à l'église Santa Maria à Cadaqués, je regarde vivre les Espagnols.

 

Les scooters, très nombreux, vrombissants comme des bourdons gavés du suc des fleurs de bougainvilliers encore en fleurs à cette saison et qui garnissent le petit jardin intérieur enclos de murs qui le protègent des échappements, vont et viennent.

 

Les écolières et les écoliers de l'école toute proche, pliés en deux sous leurs lourds cartables comme tous les écoliers de France et de Navarre, chahutent en rentrant chez eux sauf ceux, plus petits que les mamans conduisent au jardin public où ils fêtent un anniversaire, à la bonne franquette, et sous le regard bienveillant des quelques vieilles qui ne peuvent s'empêcher de trouver que ces jeunes ont la vie bien facile et que de leur temps...

 

Les peintres dans leurs salopettes blanches - je n'ai jamais vu autant de peintres dans des salopettes blanches qu'il y en a ici ; il faut dire que toutes les façades sont blanches et presque toutes repeintes à neuf ce qui ne peut être que le résultat d'une politique communale stricte ; à vérifier ! - peignent les façades, penchés aux fenêtres et munis de longs manches à balais terminés par des rouleaux de mousse sortis dégoulinants de seaux de peinture.

 

Ici encore, de nombreuses femmes, jeunes et voilées ce qui choque peut-être moins qu'en France car les nonnettes en cornettes ou dûment voilées circulent librement dans l'espace public et ont même des émissions culinaires à la télévision.

 

Ici aussi, on peut faire la sieste assis sur une chaise sur le trottoir. Le bonhomme coiffé d'un panama d'un blanc un peu passé, qui s'appuie sur sa canne et dont la tête dodeline régulièrement de gauche à droite ne pourra me contredire tant la difficulté à garder son sérieux et ses yeux ouverts occupe toute sa volonté. Les boutiques derrière lui viennent à peine d'ouvrir, il est seize heures trente. Elle risquent fort d'interrompre ces longs moments d'extase où plus personne ne compte et où la digestion paresse.

 

Pas un seul signe d'inquiétude sur la dernière divagation, la dernière élucubration, le dernier caprice de l'agence de notation Moody's qui a décidé, dans l'indifférence générale des Cadaquéciens et Cadaquéciennes ( appellation SGDG ), de baisser la note de l'Espagne. Mais sommes-nous en Espagne dans ce coin idyllique ? Le village qui enchanta Dali ne peut-être impressionné par une note et se fout comme d'une guigne de savoir si Madrid mérite un triple A ou un A1 au prétexte que "l'Espagne continue d'être vulnérable aux tensions sur les marchés" et ceci d'autant plus que la pluie se met à tomber.

 

Les "marchés" devraient venir voir le spectacle de ces centaines d'hectares de collines noires recouvertes d'oliveraies abandonnées. Ils verraient ces "restanques" d'un mètre de large soutenues par des murs de pierres plates qui courent tout au long des pentes abruptes et où poussent des milliers d'oliviers dans le plus terrible abandon. "Heureusement" que ces terres ingrates et rendues à la vie sauvage ne le resteront pas longtemps grâce aux superbes et gigantesques villas sous surveillance vidéo qui poussent à leur place. Les murs, les haies, les clôtures électriques ont remplacé les alignements de murs montés pendant des siècles. Est-ce les "marchés" qui vont faire renaître une activité agricole qui n'arrivait pas à nourrir ceux qui la pratiquaient et qui les contraignirent à s'exiler en France pour y trouver du travail ? Les "marchés" ont la solution : la terre occupée par les maisons cossues habitées deux mois par an et les oliviers centenaires pour le décors. Propriété privée placée sous surveillance vidéo, défense d'entrer !

 

Est-ce la solution que les "marchés" préconisent pour mettre en œuvre une politique rigoureuse de réformes budgétaires et structurelles de moyen terme, accompagnée d'une solution convaincante à la crise de la zone euro, entraînant un retour à une perspective stable ? Non, ce n'est pas une phrase de Dali ! Entre l'implacable rouleau compresseur qu'est le libéralisme et son bras armé les"marchés" et une saillie de Dali, il y a un monde de poésie, un mot que le libéralisme n'a pas inscrit dans son lexique.

 

Ce matin, vers onze heures, pendant que Moody's baissait la note de l'Espagne et comme les "marchés" n'ont pas encore marchandisé la côte rocheuse de Port Lligat, je nageais dans les eaux fraîches du cap de Creus, le plus oriental de la péninsule ibérique et, cela valait bien un triple AAA.

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C
<br /> <br /> j'adore Cadaques, la ville de mon plus grand amour<br /> <br /> <br /> <br />
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