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Nagoya: YA!YA!

25 Octobre 2010 , Rédigé par C

Pourquoi une idée qui met l’homme et les idées au-dessus de tout peut-elle être, si vite, c’est-à-dire dès qu’elle est énoncée, la proie des charognards dont la seule idée est de tendre à la capter dans leur propre intérêt ?

 

L’histoire regorge d’exemples et, avec la Conférence de Nagoya on en a un nouveau.

 

L’ONU, ce machin, comme le qualifiait De Gaule (pour les plus jeunes de mes lecteurs), qualifié pour élaborer des milliers de résolutions dont les plus importantes pour la paix ne sont pas suivies d’effet (voir les résolutions depuis 1946 sur la Palestine et celles sur l’Iran, Israël, le Liban…), l’ONU donc a choisi son représentant, pour organiser la défense de la biodiversité, à travers le monde et d’abord à Nagoya, son fer de lance, son expert ; il s’agit de Pavan Sukhdev, qui, dans le civil dirige le département des Marchés de la Deutsche Bank, un banquier quoi (avouez qu’en ces temps troublés, quand un banquier défend la biodiversité mondiale. il y a de quoi s’inquiéter, surtout si on est un pays en développement ou si on est pauvre).

 

Il se dit, dans les sphères bien informées, que notre ministre Borloo et sa secrétaire Jouanno se sont félicités de ce choix car ils savent, eux, que les travaux de Sukhdev :

 « constituent une contribution essentielle aux connaissances plus approfondies et à la meilleure compréhension dont nous avons besoin pour pouvoir prendre les bonnes décisions politiques en matière de conservation et d'utilisation de la biodiversité et des services des écosystèmes »,

(ouf ! Le langage clair n’est pas l’apanage des ministres).

 

Sukhev est le Sauveur! Si avec des ministres comme ceux-là et un expert comme celui-là on n’arrive pas à un accord, c’est à désespérer de l’intelligence humaine.

Que fait cet expert à Nagoya ? Il est le représentant des 193 nations qui doivent signer un protocole pour partager, plus justement qu’avant, les richesses naturelles du monde ! Rien que ça ! Tout le monde sait comment les pays développés du Nord ont pillé et continuent de piller les richesses naturelles des pays du Sud et bien, monsieur Biodiversité de l’ONU doit être assez persuasif pour faire admettre à ces pays du Sud que cela va changer  et que, dorénavant, dans un monde de bisounours, le capitalisme va faire amende honorable, battre sa coulpe et partager les richesses du monde ; le problème c’est que ces richesses sont dans les pays en voie de développement et que ce qu’on leur propose, c’est de continuer à se serrer la ceinture pour que les pays riches puissent continuer à s’enrichir.

Les nations en développement veulent une augmentation substantielle (on parle de 100%) de leurs financements pour réaliser les objectifs qu’on veut leur assigner.

 

 Voila donc les responsables du pillage au chevet de la Terre malade mais la repentance est encore loin des préoccupations majeures de nos responsables puisque l’année de la Biodiversité propose, comme premier acte fondateur, de comptabiliser les valeurs inestimables des richesses terrestres pour les coter en bourse ; les marchands du Temple sont en marche, gare à ceux qui se trouveront en travers de leur route !

 

D’ailleurs pour bien montrer que l’argent est bien le nerf de la guerre, il suffit d’écouter l’ Allemand Achim Steiner, directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), qui a averti que la question des financements pourrait compliquer les discussions.

D’après lui, les nations riches bénéficient des richesses de la nature dans les océans et les forêts du monde entier et devraient partager le coût de la protection et de la restauration des écosystèmes.

Prise à l’envers, cette idée lumineuse qui tend à faire partager le coût de la protection par les pays en voie de développement alors qu’ils n’ont pas assez pour vivre est déjà une drôle d’idée mais leur demander en sus de partager, avec les pays riches, le coût de la restauration qui est indispensable après le pillage et la destruction qu’ont opéré chez eux les pays riches, a de quoi révolter !

 

Il ne faut pas s’étonner qu’aujourd’hui, on apprenne que les nations en développement ont refusé de signer les objectifs 2020 de conservation à Nagoya sans la signature préalable d’un nouveau protocole des Nations Unies qui leur donnerait une part « plus juste » des profits réalisés par les compagnies –telles que les compagnies pharmaceutiques- grâce aux ressources génétiques des richesses naturelles. »

 

Les compagnies pharmaceutiques des nations riches qui, nous le savons, ne se disputent pas pour vendre aux pays en voie de développement des médicaments nécessaires aux plus élémentaires de leurs besoins, s’inquiètent de la façon dont fonctionnera ce protocole et craignent pour l’obtention de nouveaux brevets ; elles préféraient la situation actuelle qui les rend propriétaires de tous les brevets même s’ils ont pour origine une molécule provenant des forêts amazoniennes ou indonésiennes !

 

Même, si en théorie, les pays du Sud ont tout à gagner d’un accord car, aujourd’hui, une multinationale n’est tenue à aucun retour financier quand elle exploite une molécule ou utilise un savoir traditionnel d’un pays tiers, leur inquiétude ne vient-elle pas du fait qu’ils en ont assez d’être spoliés et qu’ils soupçonnent les multinationales de vouloir, encore une fois, profiter d’eux ?

 

 Les capitalistes, après avoir moralisé le système bancaire avec le succès que l’on sait, vont moraliser la biodiversité ; alléluia, alléluia ! Ce système responsable de la destruction de la planète prétend désormais lui rendre son ingénuité ! C’est le pompier pyromane, mais pardon, nous sommes nombreux à ne pas y croire ! C’est comme pour Haïti, après avoir tenu cette île sous le joug pendant des siècles, on attend un an avant de se préoccuper de la possibilité d’une épidémie de choléra après un séisme aussi dévastateur que le dernier !

 

Hervé Kempf, journaliste au Monde, ne se trompe pas d’adversaire lorsqu’il dit que ce sont les riches qui détruisent la planète (son livre éponyme se vend 5,5euros sur Amazon), avec ce rendez-vous de Nagoya, n’allons pas penser qu’ils sont en train de la sauver, on irait vers de graves désillusions !

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