O Léo!
Au milieu de ce monde égrotant qui, vaille que vaille, prend ses vessies pour des lanternes et continue uniment à se faire des illusions grossières sur les gens ; au milieu de cet univers menaçant, tapageur et malsain qui ne s’intéresse qu’à l’écume des choses et blablate constamment sur l’utilité de l’être ; au milieu de son petit lit dans la pénombre de la chambre d’enfant qui sent le lait caillé et la poussière d’encens, mon petit-fils s’éveille. Huit mois et un sourire.
Quand je suis triste et que guette la scolopendre qui ne sort que par nuit blanche quand les déplaisirs s’imposent à un cerveau illusionné, quand l’égocentrisme et la vanité font passer l’immédiat résultat avant toute considération, je pousse la porte de la chambre et sur la pointe des pieds et au bord du silence, j’avance mon cou jusqu’au dessus du lit.
L’être qui s’éveille a les yeux dans le ciel, il compte les étoiles et son regard se perd dans les méandres de sa pensée. Il peine à reconnaître mon visage qu’il voit à l’envers depuis que son petit lit n’a plus ni queue ni tête, et alors son visage s’éclaire d’un sourire rose. Son regard abandonne les limbes et s’accroche, confiant, à mes yeux embués. Je ne risque pas d’oublier cette quête et ne puis détacher mon regard.
Et puis ses petits bras s’élèvent en cadence car il sait, l’innocent, le chaste embrassement qui l’attend. Je le prends dans mes bras et la plume légère de son souffle saccadé emporte mes soucis et assèche mes larmes. Léo est beau, il sourit et moi…Je suis nu !