Palmarès 2010 -3
Nous voici en 2011. La première décennie du troisième millénaire (voilà une périphrase qui a de « la gueule ») vient de s’achever politiquement sur les vœux du Président de la République.
Belle fut la soirée de réveillon parmi mes amis qui sablions le champagne pendant que l’écran vide du téléviseur nous épargnait la prose convenue du Président. Bien nous en prit car, lorsque j’appris, ce matin, que mr Sarkozy avait déclaré 2011, « année utile », l’accablement le disputa au découragement, nous allions de Charybde en Scylla surtout après l’affirmation d’œuvrer pour l’intérêt général, deux mots qui , dans le langage sarkoziste, sont antinomiques.
Ce qui précède n’est qu’aimable digression avant ce qui suit et qui m’attendait, au réveil, ce matin premier janvier ; sept cents bons Français ont été nommés dans les différents grades de la Légion d’Honneur et parmi eux, Grand Croix, le dénommé Marc Eugène Charles Ladreit de Lacharrière.
Quel rapport me direz-vous entre ce quidam et le palmarès 2010 ? Il y en a un de taille et d’estoc, car il est directement lié à l’Agence de Notation Fitch Ratings, l’une des trois agences mondiales avec Standard & Poor’s et Moody’s. C’est l’Agence Fitch que j’ai choisie comme troisième de mon palmarès 2010.
Je n’ai pris connaissance de l’existence des ces agences que depuis « la crise » et, malgré tout je n’avais pas pris la mesure du problème. Je m’imaginais, naïvement, que ces agences qui exerçaient un monopole dans la notation des états, et même si je me targue d’avoir un esprit suffisamment critique pour débusquer certaines manipulations, pouvaient se prévaloir d’une authentique objectivité sur l’état des finances des nations notées ; eh bien il n’en est rien et je vais essayer, brièvement, d’expliquer pourquoi il faut être circonspect, sceptique, incrédule et même indigné par leur comportement. J’utiliserai un article remarquablement informé lisible sur le blog de Paul Jorion (www.pauljorion.com).
Si les Agences de notation ont mérité, à mon avis, cette place de troisième c’est qu’il m’est apparu l’impudence avec laquelle elles blâment, tancent les états qu’elles choisissent avec « soin » alors qu’elles ont joué un rôle décisif dans l’incompétence affiché par tous les « spécialistes » à analyser les risques que représentaient les subprimes et qu’elles ont été complices des déséquilibres des comptes publics des pays qu’elles condamnent, aujourd’hui, à subir des plans de rigueurs draconiens !
« Derrière » l’agence Fitch se trouve mr de Lacharrière, milliardaire, 39° fortune de France, propriétaire de journaux. En février 2010, il déclare la France à l’abri de spéculation et lui donne, en quelque sorte un satisfecit ; la nouvelle réglementation européenne des agences se libéralise et s’ouvre à la concurrence et alors qu’advint-il ? Fitch vend 30% de son capital, d’autres milliardaires d’agences de notation font de même et cela appelle trois remarques capitales :
- les politiques peuvent influencer l’économie quoiqu’on en dise, la supériorité de la politique sur la finance n’est pas impossible,
- l’Union Européenne, quand elle prend les bonnes dispositions, peut jouer son rôle de régulateur et de gendarme,
- l’arrivée, sur le marché, d’agences appuyées sur le monde bancaire français ( par exemple le groupe BPCE - Banque Populaire, Caisse d’Epargne, n’est-il pas une façon de « remplacer » les agences anglo-saxonnes par la finance européenne et devrions-nous faire plus confiance à l’une plutôt qu’à l’autre ?
Nous ne sommes pas encore dans un système indépendant qui séparerait les acteurs des juges et, aussi longtemps que les agences de notation seront juge et partie, rien ne pourra garantir l’honnêteté des jugements portés.