Pourquoi voter ?
Et si la campagne électorale officielle allait ne servir à rien ? Si elle n’avait, pour conséquence ultime que de décourager les citoyens d’aller voter ?
Nous sommes – je parle des citoyens qui écoutent la radio, regardent la télévision, lisent un ou plusieurs journaux, surfent sur internet, enfin tous ceux qui suivent l’actualité d’une manière ou d’une autre où de toutes les manières à la fois – surinformés et, par conséquent, continuellement désinformés. Cependant nous ne pouvons nous plaindre d’avoir toutes ces sources qui, une fois le tri fait – chacun ayant sa conception et sa façon de trier l’information – nous permettent de nous faire notre idée, emporter notre conviction. Ce qui devrait conduire les citoyens à aller voter massivement car celui ou celle qui reste indifférent à ces informations peut et doit encore voter ne serait ce que parce que c’est un droit essentiel et que son absence est la négation des libertés.
Il reste cependant que le fait de voter n’est pas une fin en soi. On sait que les luttes importantes se font dans la rue et que les acquis sociaux qui ont fait le plus progresser la société ont été arrachés par des manifestations populaires qui sont les lobbys les plus puissants. On sait aussi que certains votes et le référendum, à mes yeux, en est un exemple, peuvent n’avoir d’autres buts que de pervertir un mouvement ou une idée car, répondre par oui ou par non à une question complexe est parfois la transformer en traquenard car rien n’est plus anti démocratique que le plébiscite. Ou le vote de rejet.
S’imaginer que s’abstenir fera réfléchir nos gouvernants et que notre silence des urnes les fera s’interroger sur leur légitimité à prendre des décisions graves qui engagent l’avenir, est naïf voire dangereux. Ne pas aller voter comme acte volontaire, sous prétexte que les candidats sont tous pareils, qu’ils se valent tous, c’est-à-dire qu’ils sont incompétents ou qu’ils sont là pour se servir, est encouragé par des attitudes et des comportements des hommes politiques eux-mêmes. Quand le candidat sortant traite son challenger de « nul », quand tel autre distribue les postes et passe des accords électoraux en bradant ses idées contre des voix, quand celle-ci brandit le spectre de l’envahisseur étranger, que celui-là va dans des shows télévisés pour se livrer à des exhibitions ridicules, que ceux qui commandent, scrutent, suivent les sondages avant de donner une direction à leur campagne et une incohérence à leurs idées, ils interrogent tous, le citoyen sur leurs capacités à gérer sérieusement les finances du pays, à défendre la nation à l’étranger et dans les conflits, à s’opposer aux marchés …etc. On peut légitimement, devant les comportements de certains candidats, se demander si l’acte de voter est encore la meilleur façon de faire son devoir de citoyen. Cependant, c’en est un et des moins négligeables.
Il est vrai que les exemples abondent où le vote a été bafoué ou détourné. Le référendum sur le dernier traité européen en est un récent exemple. Et les élections dans les pays du Maghreb qui s’étaient libérés du joug de la dictature ont-elles fait la preuve qu’elles étaient la panacée – qu’ont apporté les élections en Tunisie qui change fondamentalement la vie quotidienne des Tunisiens, sinon un frisson au roi du Maroc qui a pris rapidement quelques mesurettes pour étouffer toute velléité de rébellion - ? Qui peut affirmer que les majorités qui sortent des urnes ont toujours raison mais… connaissez-vous une solution plus pacifique, pour renvoyer l’actuel président dans ses foyers, que de se précipiter dans l’isoloir et déposer dans l’urne le bulletin d’un autre candidat ? Moi, non !