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Théoricien du complot et apprenti sorcier.

18 Novembre 2011 , Rédigé par C

 

Une phrase, ce matin, à la radio a éveillé mon esprit encore embrumé et mes sens repus. Le quidam, dont je n'ai pas entendu le patronyme, répondait à une question sur la possibilité d'appliquer une taxe aux opérations financières dans les paradis fiscaux par l'argument suivant : (de mémoire) c'est un argument politique, pas une solution économique ! En fait, si j'en crois ma perception des grandes idées comme des petites phrases entendues pendant la digestion d'un petit-déjeuner au lit alors que dehors les premiers froids ont recouvert le pré de leur givre scintillant, cela voudrait-il dire que ce ne sont que discours de campagne électorale ou idées immatures d'opposants mais nullement une solution au problème. Comme les journalistes présents qui se targuent de représenter la radio la plus écoutée de France et qui comprennent tout à demi-mot ne lui demandèrent pas de préciser un peu sa pensée que je juge iconoclaste et volontiers catégorique mais peu étayée, je décidais de m'y intéresser plus qu'à toute autre qui aurait, peut-être mérité plus d'attention mais c'est le choix que je fis ce matin !

 

L'idée qu'une taxe sur les transactions financières, dans ces îles paradisiaques où l'argent n'a pas d'odeur, n'est pas une solution économique à la crise du même nom, pourrait être choquante en ces temps où l'on cherche toutes les possibilités, même les plus bêtes, pour faire rentrer des recettes dans les caisses des états mais, à tout bien y penser, elle n'est pas seulement cela, elle pourrait vouloir dire qu'elle révèle un complot, une conspiration,   une trame économique qui tricote nos sociétés modernes.

 

Pour fixer les idées, la théorie du complot a quatre cents ans et la vie dure, mais une interprétation, la mienne, est-elle susceptible d'intéresser encore mes lecteurs fidèles ? Elle a au moins le mérite de dépoussiérer le sujet sans être plus vraie que toutes les autres définitions et l'avantage de me fournir un sujet à partager avec vous.

 

Dans les quatre principes  de base des menées conspirationnistes que Pierre-André Taguieff : "Tout ce qui arrive est le résultat d'intention ou de volontés cachées ; tout est lié de façon occulte ; rien n'est tel qu'il y paraît et  rien n'arrive par accident" , je choisis de m'attarder sur le dernier, ce qui ne suffit pas, je vous l'accorde, à démontrer le complot et encore moins qu'il existerait une théorie, mais juste pour la renverser et montrer, qu'à mon sens, cela revient au même.

 

"Rien n'arrive par accident" s'énoncera donc "Tout arrive par accident".

Et, pourquoi ne peut-on mettre un terme à l'emballement de la finance mondiale, ne peut-on juguler la crise financière – ce qui règlerait assez vite la crise économique, un peu moins vite la crise sociale et encore moins vite la crise morale – et pourquoi le fait de poser la question de la régulation s'attire la réponse du constat que c'est une proposition politicienne, économiquement irréalisable ou, au pire qui ne résoudrait pas le problème ? Sinon à penser qu'on est en présence d'un complot sans groupe malveillant, sans orchestre, sans chef d'orchestre et se soustrayant à la réfutation. Raisonnement par l'absurde mais intellectuellement intéressant.  

 

 Tous les historiens s'accordent à dire que la théorie du complot trouve son acte de naissance, en France, dans 'un texte de l'abbé Barruel  qui, dans Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, a écrit que "la Révolution française ne serait pas un mouvement populaire spontané, mais le fruit d'une conspiration antichrétienne".

Au XIX°,  les responsables récurrents sont les sociétés secrètes, les Francs-maçons,  les Jésuite, le lobby juif…Mais c'est Karl Popper qui,  au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans La société ouverte et ses ennemis, formule une définition de la théorie du complot :

« C'est l'opinion selon laquelle l'explication d'un phénomène social consiste en la découverte des hommes ou des groupes qui ont intérêt à ce qu'un phénomène se produise (parfois il s'agit d'un intérêt caché qui doit être révélé au préalable) et qui ont planifié et conspiré pour qu'il se produise. »

 

 

Et si ces hommes, ces groupes qui ont intérêt à ce que les bénéfices de la  finance reste l'apanage d'un petit nombre n'avaient rien planifié, ni n'avaient conspiré pour que cela arrive, c'est-à-dire s'ils ne s'étaient pas simplement conduits comme des apprentis sorciers, chacun dans son petit laboratoire sous les combles, et que la suite leur échappe parce qu'ils ne sont  qu'un Homme aux compétences limitées et trahi par son invention ?

 

C'est l'histoire de la boule de neige.

Une immense étendue blanche, une neige immaculée, un territoire vierge qui ne peut se prêter, si l'Homme le découvre, qu'a  empreintes humaines, traces et  boue…

Un Homme prend un peu de cette neige et en fait une boule de la grosseur de ses paumes et la jette sur sa cible. Son intention est d'atteindre cette cible qui justifiera son adresse, légitimera son geste, simplement Son objectif atteint lui donnera l'illusion qu'il est fort et l'envie de recommencer. Peut-être aura-t il le vice –comme je l'ai vu faire dans mon enfance – d'y mettre une pierre en son sein pour la rendre plus précise ou plus dure peut-être qu'inconsciemment ou non, il éliminera ainsi un adversaire qui lui faisait concurrence dans le lancer de boules de neige. Il sera moins regardant sur la qualité de la neige, sur sa pureté ; il n'aura aucun scrupule à prendre aussi la boue qu'il a contribuée à créer en piétinant le sol vierge et les boules en seront polluées, sales…

 

La boule atteint sa cible, l'auteur tient sa récompense, les dégâts collatéraux sont minimes : la cible y perd un peu de son assurance, voire de son intégrité mais bon, on ne va pas en faire un plat et on continuera à lancer des boules de neige, de plus en plus dures, de plus en plus sales, qu'importe, l'essentiel n'est-il pas d'atteindre la cible sans se préoccuper des moyens employés ? 

On aurait pu agir,  pour arrêter avant le drame,  mais on ne l'a pas fait et certaines boules, plus dures, plus grosses, lancées avec plus d'application, avec plus de chance d'atteindre leur cible,  font déjà plus de victimes. Et puis il y a celles qu'on ne maîtrise pas, qui, manquent leur cible. Elles roulent, roulent, se chargent de neige dans la pente et grossissent. Il suffit d'une seule, dans le scénario le plus improbable, qui prenne la mauvaise pente pour qu'elle se transforme, sans que son expéditeur l'ait envisagé, sans qu'il en ait planifié le trajet, en masse incontrôlable que personne ne pourra plus arrêter.

 

Qu'entraînera la boule de neige qui aura tant grossi quand elle explosera ?

Pas celui qui l'a lancée, il est resté en haut, pas ceux qui l'auront évitée, alors ce sera ceux qui se trouvaient sur son chemin et que la chance n'a pas voulu qu'ils puissent s'en écarter.

 

 

 

 

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