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Une société des bienfaits.

11 Septembre 2012 , Rédigé par c laurans

 

Devra t on attendre encore longtemps pour qu’une société du bonheur s’installe durablement ? Une société du bonheur qui devra prendre en compte trois prémisses essentielles et dans l’ordre de leur prépondérance en ce sens qu’on ne les maîtrise pas ou qu’imparfaitement : la puissance dominatrice de la nature, l’affablissement inéluctable de l’âme et du corps et l’insuffisance crasse des règles destinées à organiser les rapports des hommes entre eux. Si nous ne pouvons avoir qu’une faible influence sur la première sinon, par nos comportements irresponsables, précipiter la puissance de destruction qu’elle recèle, si nous ne pouvons pas grand-chose pour ralentir la deuxième encore que les progrès scientifiques et psychologiques devraient nous aider à rendre la dégénérescence moins douloureuse, je refuse l’idée que les institutions dont nous sommes les inventeurs ou les continuateurs ne puissent pas nous protéger tous de la même façon et redistribuer les bienfaits d’une civilisation à parts égales. Il est difficile de juger si l’homme de l’antiquité, celui du moyen-âge et celui de l’entre-deux guerres étaient plus heureux qu’aujourd’hui dans une Europe qui cherche des règles communes pour empêcher le chevrier de faire son fromage, le vigneron de planter des vignes sur ses terres, qui encourage le producteur de lait à arroser les places des préfectures avec le précieux liquide, donne des primes au semeur de maïs et gaspilleur d’eau, j’en passe et de bien meilleures mais qui est incapable d’uniformiser les règles élémentaires d’une concurrence qui ne soit pas faussé par des règles nationales qui favorisent le dumping social et donne, clés en mains, les possibilités aux plus favorisés de se servir à satiété.

A l’heure où les mauvaises nouvelles se suivent et se ressemblent pour les travailleurs : emplois supprimés chez Doux - il est plus simple et plus rentable d’importer des poulets que de moderniser la filière-, Peugeot – le rapport de l’expert Stratorius sorti aujourd’hui d’une des « têtes d’œuf » les plus prisées de France, est un enfumage de première ; en gros et en détail, la restructuration de l’entreprise est inévitable (personne ne doute de l’obligation, pour un entreprise, de suivre l’évolution du marché mais personne n’ignore plus que les entrepreneurs, depuis quarante ans, n’ont plus à l’esprit que d’engranger des  bénéfices sans se soucier de l’avenir de l’entreprise car, si quand tout va bien pour eux, ils exigent toujours moins d’Etat, quand tout va un peu moins bien, ils appellent le même Etat au secours), la suppression des 8 000 emplois va de soi (la négociation ne portera pas sur le séisme social et humain que cela entraîne mais sur les réductions d’emplois nécessaires au redressement du groupe car comme le disent certains esprits bien intentionnés  «  ce sont les entreprises qui créent les emplois » sans jamais ajouter que ce sont les travailleurs qui les valorisent.  « Les entreprises ne devraient pas être un terrain de conflit permanent entre patrons et salariés, mais plutôt un bateau où tout le monde doit ramer dans la même direction et faire des efforts pour aller à bon port » dit l’un de ces beaux esprits sauf qu’entre le pont supérieur du bateau où sont les patrons et le pont inférieur où sont les salariés qui n’ont pas été jetés par dessus bord, l’écart se creuse comme une mer de force 700 et qu’en ramant tous dans la même direction, le port où les uns et les autres amerrissent ne présente pas le même refuge, loin s’en faut), je voudrais esquisser le portrait du riche intelligent.

Il doit, d’abord, créer son entreprise dans le pays qui lui offre les meilleures conditions, ce peuvent être des pays de l’est, ou des îles, britanniques de préférence, il doit ensuite faire fabriquer des produits hauts de gamme dans des pays à bas coût de main d’œuvre, en Asie ou en Afrique de préférence, les faire vendre dans les capitales les plus prisées du monde, de préférence à Paris, avenue Montaigne ou à New-York et à Londres, il doit ensuite cacher  ses bénéfices dans les banques des paradis fiscaux, de préférence en Suisse où dans les îles anglo-normandes, il peut enfin passer son temps dans les lieux à la mode, de préférence à St Barth ou dans les émirats du Golfe où le pauvre ne l’ennuiera pas avec ses récriminations sur les salaires, le logement, les soins, toutes ces choses qui gâchent la vie, et, quand viendra l’heure de se reposer de tous ces soucis, il demandera un passeport, de préférence belge, pour régler sa succession et partager son patrimoine en payant le moins possible de droits de succession. C’est vrai que tout cela demande un investissement considérable en temps et en travail, il se déplacera donc en Falcon privé et n’hésitera pas à passer des heures et des heures à discuter, négocier, parlementer devant des tables bien garnies dans des lieux idylliques. Il pourra, seule petite contrariété, regretter de n’être pas né au Japon où on aurait pu lui élever une statue, mais il devra se contenter d’une simple Légion d’Honneur accrochée à son veston de chez Georges de Paris par un ministre dont il aura engagé la compagne dans une de ses entreprises. Quand il tirera sa révérence, on l’oubliera.

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