Une volonté politique pour le changement
C'est unique dans l'histoire de la République et donc cela peut-être considéré comme la réparation d'une iniquité surtout si l'on considère le mot "égalité" qui orne le fronton de nos édifices publics. Qu'y avait-il d'égal à ce que la République ait une assemblée sensée la représenter dans son ensemble et où une seule expression, un seul signal, un seul langage étaient l'apanage d'une seule sensibilité ? Le Sénat, puisqu'il faut l'appeler par son nom, immuable dans les ors de la nation, depuis un demi siècle était "propriété" de la Droite. Une droite d'ailleurs qui alla de la droite républicaine, bonapartiste jusqu'à l'extrême droite. Le général de Gaulle himself, sachant le Sénat contre lui, utilisa le réferendum pour le faire plier et ce fut lui qui partit.
Peu de gens sérieux pensaient qu'un basculement du Sénat puisse, un jour, se voir. Le passage de la Gauche au pouvoir, pendant les deux septennats de Mitterrand n'ont pas fait bouger les lignes, juste quelques arrangements et découpages électoraux permirent d'en changer un peu les proportions.
Et pourtant, pourtant, le dimanche 24 septembre 2011, la Droite perdait la majorité au Sénat pour la première fois sous une République et il y a encore des gens qui pensent que la présidence du Sénat a encore quelques chances de rester à droite !
Cela montre à quel point, certaines postures semblent être pérenne, immuables, perpétuelles.
A la fin de la semaine prochaine , Français, Françaises, électeurs, électrices, sceptiques, sceptiques, ce qui paraissait impossible, hier, sera la norme demain. Le Sénat, son président, sa majorité seront de gôôche !
Cela me conduit à rappeler que d'autres idées qui semblaient définitives et irréformables ont été changées par une volonté politique, morale, éthique.
Je parle de la peine de mort que la volonté politique de Mitterrand et l'engagement éthique de Badinter, ont réussi à faire disparaître de l'éventail des peines. Faut-il rappeler que les trois derniers condamnés à mort exécutés en France, sur les vingt et une condamnations à mort prononcées, le furent sous le mandat présidentiel de Valéry Giscard d'Estaing, entre 1974 et 1977 !
C'est aussi, dans un cadre moins dramatique, l'interdiction des corridas en Catalogne. La corrida qui était un symbole fort de l'identité espagnole semblait intouchable et certaines régions souhaitent faire inscrire la tauromachie au patrimoine culturel. Les aficionados de la plazza monumental de Bracelone n'en sont pas encore revenu et pourtant, pourtant la volonté politique de 180 000 signataires emporta le vote des 68 députés qui firent la décision.
C'est enfin, et contre la vox populi que les volontés politiques ont imposé les ceintures de sécurité dans les voitures, l'interdiction de fumer dans les lieux publics...
Tout cela pour dire qu'aujourd'hui, ceux qui ne peuvent pas imaginer que le néo libéralisme et la mondialisation puissent, un jour, être remis en cause, se trompent et risquent d'être fortement déçus.
Une volonté politique, un engagement courageux s'appuyant sur des idées fortes et nouvelles peuvent avoir raison d'une mondialisation prédatrice et d'un néo libéralisme destructeur.