Verdi et Berlusconi, un opéra moderne " Va t-en".
Laissez, séance tenante ce que vous êtes en train de faire, prenez le temps de vous arrêter sur ce moment passé inaperçu, j'en suis convaincu, pour beaucoup d'entre nous et vous ne le regretterez pas. Cet instant va bien au-delà du simple mouvement d'humeur, dépasse, de loin, les petites manifestations de festivaliers ou de césarisés devant un ministre de la culture habitué. C'est la preuve que la musique, la politique et les mots, quand ils sont mis au service de l'humanité, sont des vecteurs d'émotion, de vérité et de vie.
Si je suis un peu long, c'est que le sujet en vaut la peine et que, comme Jean-Pierre Millot qui me l'a raconté hier soir la gorge serrée, je me suis laissé prendre par l'émotion et souhaite vous la faire partager.
Au diable le remaniement ministériel et les jeux politiciens des chaises musicales, les mouvements d'humeur des Baroin et des Lemaire, les caprices des uns et des autres, dommage pour la libération des journalistes otages en Afghanistan et le non versement d'une rançon versée, au diable l'actualité factuelle et place aux gestes fondateurs, la candidature à la candidature de Aubry et la presque candidature de Joly. Est-ce angélique de penser que cela peut changer les choses ? Qu'importe, ceux qui veulent que les choses changent parce qu'ils estiment qu'elles ne sont pas comme ils aimeraient qu'elles soient, regarderont ces images et ne seront plus comme avant.
Venons en aux faits. L'histoire, l'Histoire se passe à l'opéra de Rome le 12 mars 2011.
Pour le 150° anniversaire de la création de l'Italie, fut donné, à Rome, une représentation de Nabucco de Verdi dirigée par Ricardo Muti. Œuvre symbolique d'une quête pour la liberté d'un peuple opprimé par l'empire des Habsbourg et qui aboutit à l'unité italienne.
Après le chant des esclaves « Va Pensiero » si poignant que vous ne pouvez l'écouter sans frissonner, le chef Muti sentit une tension et une ferveur particulières dans le public.
Après que la dernière note du chœur eût retenti, le public, contrairement à toutes les habitudes et conventions, réclama un Bis ! Les cris Vive l'Italie retentirent et Muti, visiblement ému, qui n'avait accordé un bis une seule fois depuis ses débuts à la Scala en 1986, arrêta l'opéra et se tournant vers le public, en présence de Berlusconi, dans un geste théâtral et très fort, parla.
« Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue". Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble. »
Alors, le chœur se leva, les spectateurs se levèrent et, à l'unisson, sous la conduite de Muti qui faisait face au public, tout le monde chanta le Va Pensiero. Regardez les larmes couler sur le visage de ces choristes, observez les regards du chef et des chanteuses, c'est bouleversant. Des tracts volèrent dans le théâtre et la ferveur atteignit son comble.
Regardez aussi la sortie de M.Berlusconi sous les sifflets, les lazzis et les rires. Toutes ces images que je découvre (il est vrai que le 13 mars je n'ai pas regardé le JT de TF1 ou France 2) sont réconfortantes. Elles disent, mieux que tous les mots, Va t-en Berlusconi et, j'ajoute, si tu peux emmener avec toi tes semblables, ne te gênes surtout pas, je suis prêt à créer un Comité de Soutien.
Trêve de bavardages, regardez les images, elles se suffisent à elles-même !
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