Vive les vacances !
Dans notre France estivale beaucoup d’activités se suspendent au temps d’une épaisseur de miel, sous des tonnerres d’orages et les tribulations politiques se résument à pister les lieux de vacances des ministres. La vie, cependant, continue avec ses drames humains et ses petits ou gros tracas. C’est, pour moi, la vraie césure de l’année et la rentrée de septembre remplace, dans mon esprit, le premier janvier. Seuls les rituels du potager, les rires de mon petit-fils, l’amour sans cesse réappris avec ma femme, rythment ma vie que le chant monodique des cigales, et peut-on le dire quand on est Provençal, que l’on n’écoute plus à force de l’entendre, comme les soirées rafraîchies sous le saule pleureur et les quelques minutes passées devant un écran d’ordinateur qui reste le lien ténu avec celles et ceux qui sont partis sous d’autres cieux, nous inclinent à garder un semblant de vie sociale quand votre diable de Jiminy Cricket susurre à votre oreille que la vie est belle loin de tout, sans télé, sans tour de France, sans diatribes politiciennes avec, seulement, quelques bons livres, de plus en plus difficiles à trouver sinon à se retourner vers des classiques qui ont fait leurs preuves et ont jalonné l’histoire déjà un peu longue de votre vie et que c’est le seul discours qui trouve grâce à vos sens endormis par l’épaisseur sirupeuse de l’atmosphère tout juste dérangée par le bourdonnement insistant de l’insecte qui tape comme un aveugle contre la vitre de la chambre à s’en faire gicler les facettes.
Radio Classique passe pour la mille et unième fois en deux mois, le Boléro ou le Chœur des esclaves, France Culture nous abreuve de retransmissions du siècle dernier dans ses matinales ou avant, et le seul avantage est de pouvoir ne plus entendre toutes les vedettes auto proclamées qui font les grilles de la rentrée depuis un demi siècle. Dans nos campagnes, associations, écoles, clubs de toutes sortes, après avoir émergé de leur long endormissement hivernal, s’excitent en visites, spectacles, concerts, concours de toutes sortes et programment leurs festivités sans tenir compte du clocher voisin au point que lorsque les spectateurs se retrouvent une vingtaine devant un podium, dans une église ou une salle des fêtes inadaptée à tout spectacle, ils se reconnaissent facilement et échangent un petit signe de tête avant de se bousculer devant un buffet rachitique et de rejoindre leur limousine, deux par deux, qui les attend sous les feuillages des platanes de la placette qui retrouve vite son calme, évanouis les décibels et évaporées les gaz d’échappement, jusqu’à l’année prochaine.
Le pape fédère les jeunes au Brésil, détournant l’attention du Bon Dieu qui oublie de veiller sur les pèlerins de Compostelle qui ont pris un train fou. Le marché des footballeurs et des rugbymans bat son plein à coup de millions d’euros et de dosses d’EPO, les Formules Un tournent sur un circuit hongrois et la réduction de la consommation de chaque bolide, l’an prochain, qui passerait de 100 litres à 75 pour une course, inquiète beaucoup l’écurie Ferrari ce qui ne semble pas émouvoir beaucoup mon voisin qui se demande s’il va pouvoir encore longtemps mettre les 4,5 litres qui lui permettent de faire 100 km, dans le réservoir de son auto. Le pauvre ex-président Sarkozy voit ses émoluments baisser de moitié pour un conférence par rapport à ceux de Clinton ou Blair sous le prétexte fallacieux qu’il la fait en langue française réduisant ainsi, un peu plus, les possibilités de travail des traductrices en direct et favorisant l’hégémonie, mais cela ne durera pas toujours, de l’américain que même un anglais né à Oxford a du mal à comprendre.
Les vacances se passent bien, surtout quand on n’attend rein d’elles !