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Aventure américaine. Chapitre 2

4 Juillet 2011 , Rédigé par C

 

Sautant dans un taxi, Sedeskan demanda à être conduit à JFK. Par des quartiers lépreux, qui rappelèrent à SDK les bidonvilles de Mexico, la conduite intérieure jaune parcourut rapidement les vingt et un kilomètres qui séparaient Center Parc du tarmac de l'aéroport.

 

Le chauffeur, un mexicano, conduisait comme un fou et le crucifix qui pendouillait du rétroviseur avait pris, au fil des embardées, un balancement de pendule de sourcier affolé par la présence d'eau dans le sous-sol. SDK, qui venait de fouiller toutes ses poches, rebondissait d'une portière à l'autre mais il ne pouvait mettre la main sur son téléphone. Il emprunta, pour cinquante dollars, celui du chauffeur qui lui tendit, en tenant le volant d'une main sûre, un vieux modèle Panasonic qui devait bien peser trois cents grammes.

 

SDK appela la réception de Center Parc pour leur demander d'aller récupérer son téléphone et de le faire porter, de toute urgence, à JFK, Général Airport Terminal, hall3, porte 5. Puis, calé dans la banquette au tissu élimé du taxi, il fixa la nuque du chauffeur. Son regard acéré fixait les cheveux gras qui passaient par dessus le col de la chemise rouge du plus mauvais goût. Il repensa à cette altercation qu'il avait eue avec la femme de chambre et maudit son impatience en se promettant de changer de boite de call-girl. La sonnerie du téléphone, au loin, grésillait avec insistance mais sans réponse, apparemment.

  • Réponds, bon sang, réponds !

  • Allo, oui ? 

  •  Ah, c'est toi Jeanne ! Il faut que je te dise...Mais laisse moi parler le temps presse, la direction de l'hôtel doit déjà être en train de téléphoner à l'Elysée et toi tu papotes. Oui tu papotes. Je suis dans la merde ; il est arrivé une chose grave à... Allo, je ne t'entends plus, et toi, m'entends-tu ?

Le taxi arrivant dans la zone de l'aéroport, la communication fut coupée et SDK jeta, de rage, l'appareil téléphonique, devenu inutile, sur le siège passager. Le chauffeur lui lança un regard noir mais ne fit aucun commentaire en voyant le billet de cinquante dollars dans la pince, près du compteur.

 

Puis les choses se corsèrent. A peine installé dans l'avion d'Air France, il se vit entouré de policiers en civil qui lui intimèrent l'ordre de les suivre. Le cross over noir de Buick qui le ramena au commissariat de Harlem, fit le trajet retour en moins de douze minutes et cependant le commissariat était déjà pris d'assaut, ses abords du moins, par des cars de régie télé, des dizaines de journalistes et des centaines de curieux qui ne savaient pas encore pourquoi ils étaient là !

 

Quand SDK sortit du Buick menotté et le visage fermé, à Paris, une cellule de crise réunissait, autour du Président, les conseillers particuliers, deux des communicants rattachés à la présidence et le premier ministre ; tous arboraient un sourire qu'ils avaient bien de la peine à contenir aussi longtemps qu'il y eut un huissier dans la salle et qu'ils laissèrent éclater dès la porte du salon jaune refermée.

 

La machine judiciaire se mit, immédiatement, en marche et le procureur, négligeant toute prudence et tout heureux de « se faire » un Français, sur une simple présomption et un témoignage non étayé et encore moins vérifié, fit arrêter SDK et l'accabla. Une caution qui avait des allures de rançon fut fixée à cinq millions de dollars et la garde à vue se transforma en prison dorée dans un appartement cossu de Tribéca dans Manhattan .

 

Et l 'enquête commença . Le combat semblait s'annoncer sous les meilleurs auspices. On allait pouvoir assister au grand déballage. Mais l'enquête du procureur allait tourner court quand on apprit que la jeune femme de chambre était au centre d'un nid de mensonges et mariée à un détenu arrêté pour trafic de drogue.

 

Passant de l'abattement au soulagement, les socialistes français échafaudent des versions toutes plus extraordinaires les unes que les autres et la doctrine du complot refit son apparition. Les anciennes groupies de SDK qui avaient passé, la veille, avec armes et bagages dans le camp de Holland, se trouvèrent fort marris quand Vance déclara qu'il jetait l'éponge et que, par conséquent, SDK serait libre dans quelques heures et qu'il irait déjeuner dans un restaurant italien à la mode.

 

On supputa ; mangerait-il des spaghettis bolognaise ou des tortellini à lé vongolé ?

Et Jeanne, un sourire extatique éclairant son visage se contenterait-elle de bocconchini à la truffe blanche ? Le tout arrosé d'une bonne fiasque de chianti Montespertoli ?

Convierait-on aux agapes LBH et sa tendre épouse qui veut sauver la planète en faisant raser les zones commerciales qui introduisent toutes nos villes modernes ?

L'histoire ne fait que commencer et elle risque de ne pas être triste. Si nous prenions, dès aujourd'hui, le pari que dans les jours à venir nous passerons du drame au mélodrame, du mélodrame à la comédie et de la comédie à la pantalonnade ?

 

Chiche !

 

À suivre.

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