Bienveillance proclamée.
Souvent pour occuper ces grandes heures calmes, j'ouvre, avec délices, l'encyclopédie de M.Littré. Ce n'est pas un temps de vacuité ou d'ennui, juste un temps où je me replonge dans un face à face avec ces mots de la langue française qui font sa richesse. Il me faut privilégier ces temps de repos, d'observations, de réflexions pendant lesquels je me retrouve moi-même et où je trouve les sujets de conversation que j'ai avec celles et ceux qui me lisent. En prenant le temps, je ressource une mémoire qui me fait trop souvent défaut.
Ce matin, j'ouvre la page 1 021 du tome 1 de l'édition intégrale de 1956 chez J.Jacques Pauvert. « Bienveillance ». Le revirement des élites comme du peuple professant une éthique exigeante dans l'affaire DSK est stupéfiant. La presse américaine qui le vouait aux gémonies, la vindicte populaire qui stigmatisait l'abus de pouvoir ou celui de l'argent sont prêts, aujourd'hui, à faire du chêne abattu la victime expiatoire et de la victime, hier noire, pauvre, bonne mère, la pute menteuse, demain droguée et tout le monde respire mieux.
Pour les grands, la disgrâce n'ôte rien que la bienveillance et la faveur. En effet, le bracelet électronique ôté, la caution rendue, la liberté retrouvée, il ne reste plus qu'à se faire une bonne bouffe entre amis dans le meilleur restaurant en attendant de pouvoir partir à Marrakech où le sable est doré comme les robinets des baignoires.
Pour les autres, les petits, la disgrâce n'attire rien que sévérité et dédain. En effet, le chômage, les aides pour survivre, la liberté bafouée, il ne reste plus qu'à subir les sarcasmes, les offenses avant de ne plus oser sortir pour se dérober au regard et au jugement des autres.
Chers lecteurs, je sollicite de votre haute bienveillance un peu de générosité quand vous vous astreignez à lire, jour après jour, ces mouvements d'humeur qui font que certains m'ont retiré leur sympathie, leur affection et jusqu'à leur amitié.
La disgrâce, serait qu'après m'avoir ôté votre bienveillance, vous me traitiez par le dédain.
Je ne fais, par là, aucun mea culpa, seulement l'énoncé d'une situation que je déplore.