Capitalisme et écologie! Un fromage en partage
« Le début fut signalé par la faillite d’une banque gigantesque, suivie de l’écroulement général d’une foule innombrable de sociétés financières véreuses. Une des branches de la grande industrie particulièrement atteinte fut celle des constructeurs de navires cuirassés. Les gros bonnets de la partie avaient non seulement poussé à la production à outrance pendant la période de haute prospérité, mais ils s’étaient aussi engagés à des livraisons énormes dans l’espoir que la source du crédit ne tarirait pas de sitôt. »
L’histoire ne se passe pas aux Etat-Unis en 2008, mais le scénario est le même en beaucoup plus grave. Si les constructeurs de cuirassés furent moins touchés, c’est un euphémisme car, même s’ils sont déguisés en patron de presse ou d’audiovisuel ils n’en fabriquent pas moins des armes de destruction qu’ils vendent aux deux camps, les ouvriers de la construction les remplacèrent avantageusement avec, cela en plus, c’est que se sont les gens modestes qui en furent les victimes les plus criantes. Les banques furent renflouées au-delà de toutes leurs espérances et les entreprises du BTP en touchent encore les dividendes. Depuis, il est vrai, le système capitaliste a inventé le FMI, et en bon père Fouettard ce dernier s’y entend pour ramener les peuples à plus de rigueur. Notez cependant que le gouvernement français ne se sent pas concerné par la rigueur quand il la fait payer aux plus faibles et quand il arrose les restaurateurs, les titulaires du bouclier fiscal, les « nicheurs » de toutes sortes et même les ministres.
Donc, lorsque Marx, en novembre 1866, relatait la crise d’un capitalisme anglais touché mais non coulé, il dénonçait le fait que le capitalisme ait transformé en abomination un grand mouvement de production sociale et que le résultat du travail des « entrepreneurs » fût gâché par l’incurie du règne du capital.
Nos dirigeants actuels, après la nième crise du système capitaliste qui n’avance que de crise en crise ce qui lui permet d’engranger toujours plus de richesse, nous parlent de réguler le capitalisme. Moraliser, en le régulant, le capitalisme est antinomique. Du Président, à son ministre de l’économie en passant par tous les économistes prosélytes de ce système économique, tout le monde nous explique qu’il faut réguler, moraliser un fonctionnement qui, par essence, ne peut pas l’être. En effet, le capitalisme se nourrit de ces crises et n’hésite pas, s’il le faut, pour en accélérer les profits financiers, à faire des guerres négligeant le coût humain. Mais les guerres sont, depuis le Viêt-Nam, de moins en moins bien acceptées par les populations pour qui la mort d’un soldat est devenue insupportable. Dans le passé, lorsque les familles étaient nombreuses et que les enfants mourraient à la naissance ou dans les premiers mois de leur vie pour des raisons d’hygiène, les mères étaient résignées devant ce terrible destin. Elles pensaient que c’était inéluctable et l’église catholique était là pour leur expliquer que c’était la volonté de Dieu ; dans ces circonstances, le fait de perdre un enfant à la guerre, même si ce n’était pas la même épreuve, était considéré, comme les autres décès, faisant partie de la dureté de la vie, et ce n’était qu’un mort de plus dans une vie où la mort accompagnait en permanence les vivants. De nos jours quand on a un ou deux enfants, la mort de l’un d’entre eux devient insupportable et l’idée que cela puisse arriver inadmissible ; ce sont les mères qui sont mobilisées, le plus fortement, contre les guerres. Les Mères de la Place de Mai ont manifesté, pendant 34 ans, contre la dictature argentine contempteur d’une rhétorique national-catholique soutenue par les lobbys capitalistes et l’église catholique reprenant à leur compte le choc des civilisations et la lutte contre « le mal communiste ». Elles ont été les seules, en Argentine, à s’opposer par leur action hebdomadaire sur la place de Mai à la guerre coloniale des Malouines).
. Il faut donc, au capitalisme, à défaut de déclarer la guerre de-ci de-là, trouver d’autres moteurs et d’autres victimes. Parmi ceux-là, pour ne m’en tenir qu’aux moteurs en vous laissant trouver ceux qui en sont les victimes, les mesures qui touchent à l’écologie. Depuis des mois je m’interroge sur le fait que cette idée de préserver la planète débouche sur tant de contraintes, tant de disputes, tant d’incertitudes, tant de mauvaise foi, tant d’approximations. Je pense avoir trouvé, dans notre système économique, la cause, le mal.
En effet qui peut, sincèrement, s’opposer à un environnement pur, à des rivières claires, des mers non polluées, des cultures solidaires ? Qui ne voit pas que le soleil, le vent, les marées, les eaux thermales, la terre même sont des énergies renouvelables qui doivent remplacer, très vite, les énergies polluantes et fossiles ? Alors pourquoi mettons-nous tant de temps pour y arriver ?
Les grands lobbys capitalistes sont les responsables de cette situation et, comme le syndrome des familles nombreuses ne marche plus, ils ont trouvé la solution pacifique de nous culpabiliser en nous répétant, à l’envie, que nous sommes responsables de la Terre que nous allons laisser à nos enfants et que cette Terre, c’est nous qui la détruisons, la polluons, l’abîmons ! Non pas eux, nous !
Il ne vient pas à l’idée de ces donneurs de leçons que certains d’entre nous pensent que ce n’est pas demain que les enfants sont en danger mais que c’est aujourd’hui et pas à cause de la Terre que nous leur laisserons mais à cause de leurs conditions de vie actuelles. Les enfants d’Inde, d’Afrique, de Chine même se foutent pas mal de l’avenir d’une Terre qui ne les nourrit pas aujourd’hui comme les lobbys se foutent pas mal de l’avenir d’une Terre dont ils organisent le pillage et la destruction pour toujours plus de profits, ce qui est l’essence même du capitalisme.
Cette digression m’a éloigné de l’écologie et de sa barbare utilisation (barbare en ce sens que l’utilisation qu’on veut en faire est étrangère à sa philosophie) qui consiste à augmenter les profits au détriment d’une population que l’on pressure comme le faisait le roi lorsqu’il levait les impôts pour perpétuer son héritage et sa lignée.
Je place, dans ce cadre, la taxe carbone, la prime pour la casse, les primes aux installations photovoltaïques des particuliers, les mesures d’isolations des bâtiments, les agro carburants, etcetera, toutes mesures prises pour favoriser les grandes entreprises capitalistes.
- La taxe carbone à laquelle nous avons, provisoirement, échappée et qui n’aurait pénalisé que les plus modestes, les plus démunis (ils sont d’accord pour avoir eux aussi des véhicules hybrides, ils ne peuvent pas choisir le chauffage de l’appartement qu’ils louent, ils paient déjà les taxes sur les produits polluants…) reviendra un jour habillée différemment et comme elle sera répercutée sur les prix elle continuera d’enrichir les riches et d’appauvrir les autres. Ce n’est que devant la pression populaire que le gouvernement lobotomisé par les lobbys avait décidé de cette taxe qui ne devait pas toucher les entreprises les plus polluantes ou que bien plus tard alors qu’il était urgent d’en faire « bénéficier » les plus pauvres.
- La prime à la casse où l’argent public qui fait tant besoin à la recherche, à l’éducation, à la santé et qui a servi à relancer les entreprises automobiles qui fabriquent toujours des 4x4 urbains, et qui a jeté des millions de véhicules à la casse, la compression de ceux-ci étant aussi utile à la société que les constructions de César dont l’héritage, au passage, a peut être donné lieu à un détournement fiscal. Des millions de véhicules qui pouvaient encore rouler si, au lieu de les jeter, on pouvait encore les réparer. J’entends, sur ma droite, des gens me dire que cela crée des emplois !!! Foutaises, allez demander aux ouvriers de l’automobile le nombre de postes pérennes créés en France, et en Hongrie à 50 euros par mois, dans l’industrie automobile et demandez aussi à tous les petits garagistes qui ferment leur garage dans nos campagnes parce que la grande industrie automobile verrouille la technique aussi honteusement (Changer un filtre à particules sur une Peugeot de milieu de gamme coûte 900 euros ! A qui profite cette technique réputée rendre plus respirable notre atmosphère ?) que les semenciers verrouillent la vente des graines!
- Les primes que donne l’Etat, et le prix d’achat de l’électricité produite que consent le même par l’intermédiaire d’EDF à quelques particuliers nantis qui installent des panneaux photovoltaïques sur leur toiture.
N’eût-il pas mieux valu commencer par financer les Offices Publics d’HLM, à qui le gouvernement coupe l’herbe sous les pieds en diminuant fortement leurs possibilités de financement en abaissant le taux du Livret A (ce n’est pas, il est vrai, Mme B. qui a un livret A), pour qu’ils équipent les immeubles qu’ils construisent et gèrent, de panneaux photovoltaïques ?
Pas une construction d’école, de mairie, d’établissement public en somme, sans une couverture de panneaux photovoltaïques, pas une tribune de stade, et que sais-je encore si la technique est éprouvée et le rendement assuré ! En attendant, les lobbys vendent, installent des panneaux avec des démarches commerciales douteuses, sans assurer la maintenance, le remplacement, le recyclage et avec, parfois incompétence. Ce n’est pas la technique qui est en cause, j’y crois pour l’avenir, c’est l’utilisation qu’en fait l’entreprise capitaliste pour laquelle seul compte le profit immédiat.
On peut appliquer le même raisonnement à l’isolation des constructions nouvelles et arrêter de construire des habitations traditionnelles archaïques et dévoreuses d’énergie. Dans les PLU ( Plan Local d’Urbanisme) de la majorité de communes, combien intègrent les nouvelles techniques pour un habitat économe en énergie ? J’ai eu, pendant sept ans, de 2001 à 2008, à m’occuper en temps qu’adjoint à l’urbanisme, des permis de construire ; aucun article du PLU ne faisait allusion à une construction écologique et depuis, rien n’a changé. Les grandes entreprises du BTP continuent de construire des habitations dont la seule logique est la rentabilité immédiate.
Qui a fait échouer les discussions de Copenhague ? Poser la question c’est y répondre.
Un capitalisme dont le credo, la justification est d’engranger de l’argent pour engranger de l’argent ne peut se préoccuper du devenir de la planète, il ne faut donc pas lui en laisser la maîtrise, il faut que les états reprennent le contrôle, que la démocratie s’impose comme seule force de proposition. J’entends déjà, à ma droite, (serai-je devenu sourd de l’oreille droite) que l’on ricane et que l’on trépigne à vouloir me faire, une fois encore, prendre « le train de Moscou », c’est se tromper d’adversaire qui n’est plus le cadavre enterré sous le Mur de Berlin mais le corps en décomposition d’un libéralisme forcené et avide qui n’est que la continuation et la finitude d’un capitalisme qui ressuscite à chaque crise.