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Crise de civilisation.

13 Novembre 2011 , Rédigé par C

Par quoi commencer ?

Le constat peut-être où l’histoire, plus sûrement.

Mais  le constat d’abord, l’homo politicus a laissé la place à l’homo épistémocrate.

On ne demande pas à M.Papademos ou à M.Monti, s’il est désigné, d’avoir des idées pour sortir leurs pays respectifs du marasme dans lequel ils se trouvent d’autant plus qu’ils y ont parfois contribué. Non, ils ont été désignés pour appliquer un programme décidé par les dirigeants allemands, bras armé des « marchés ». Un programme qui n’est en rien novateur puisque plusieurs de ses prédécesseurs ont montré leur incapacité à régler les problèmes. Mieux, les différents plans déjà mis en œuvre n’ont seulement pas amélioré les situations des pays qui les ont appliqués, plus ou moins bien, mais les ont aggravées.

Evidemment que ces économistes sont les mieux placés pour les faire appliquer. En tout cas, on l’imagine puisque ce sont des hommes du sérail. Chacun à leur place et depuis des années, ils œuvrent dans le même sens, celui d’un néo-libéralisme qui est la règle depuis qu’on a mis l’ambition et l’égoïsme à la place de la solidarité et de la recherche du progrès humain.

Cela met fin à une phase douloureuse, tourmentée, qui a vu des guerres meurtrières, des bouleversements techniques, politiques, économiques et moraux et dont je situe le commencement en 1789, phénomène révolutionnaire déclencheur qui entraînera les révolutions du milieu du XIX° siècle qui emporteront tous les grands empires européens. La chute des empires austro-hongrois, russe, ottoman et des principautés italiennes, les colonisations, les guerres de conquête d’une Europe du congrès de Vienne qui se « balkanise »  annoncent les premiers réveils de la liberté et du libéralisme porté par la bourgeoisie qui revendique, pour elle, en s’appuyant sur les mouvements ouvriers, les libertés économiques et politiques.  

On passe, au milieu de ce XIX° siècle industriel, des « Lumières » au libéralisme qui rencontre le nationalisme qui se généralise. Les Lumières furent des années de réflexion, d’idées nouvelles où la culture, les sciences, les philosophes renouvellent les sensibilités. Discursive, cette période riche dans tous les domaines donne la parole à tous ceux qui veulent la prendre. Eh bien on est à la fin de cette période des « Lumières » et on entre dans l’époque triomphante des « Marchés ». 

Pour situer ce changement de civilisation, il faut remonter,  peut-être, au virage éthique, quand naissent les  nouveaux grands empires coloniaux au rang desquels on peut citer la Grande-Bretagne, la France, à un degré moindre, l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie.   C’est l’Europe de l’ouest qui colonise tout le continent africain, l’Inde, l’Australie, le Canada et qui garde sous son influence, la Chine, c’est-à-dire le reste du monde puisque y échappent, seulement, l’Amérique du sud et les États-Unis. On ne peut regarder ce qui se passe aujourd’hui sans avoir la mémoire que cette Europe coloniale gère pendant des décennies, ses colonies, pour ses propres intérêts économiques et politiques. L’Europe y trouve un gigantesque gisement de matières premières, un immense marché et se sert en foulant aux pieds toute humanité. Nous sommes les « civilisateurs » des « barbares » et donc les bienfaiteurs de l’humanité.

Je ne résiste pas à l’effet que produira, je pense, sur bien des consciences, le texte attribué à Bismarck qui s’adresse aux Français auxquels les grandes puissances, l’Angleterre et l’Allemagne, ont laissé toute liberté pour établir un protectorat en Tunisie :

(Dépêche de l’Ambassadeur de France à Berlin adressée au Quai d’Orsay, le 5 janvier 1879.)

« Bismarck a abordé spontanément le sujet dès le début de notre conversation : « Eh bien ! M’a-t-il dit, je crois que la poire  tunisienne est mûre et qu’il est temps pour vous de la cueillir…Elle pourrait bien maintenant se gâter ou être volée par un autre, si vous la  laissiez trop longtemps sur l’arbre ; j’ignore si cela vous tente et ce que vous voulez faire, mais je tiens à vous répéter ce que j’ai dit en juillet à votre ministre : mon désir est de vous donner des gages de bon vouloir dans les questions qui vous touchent et où il n’y a pas d’intérêts allemands opposés aux vôtres. »

La dépêche se poursuit sur le même ton. La poire a bien essayé, par Abd el-Kader de se révolter mais un lycéen de seconde pourra vous éclairer sur la façon élégante dont la France l’a traité ; pour ma part, étant du côté des poires et, depuis quelques temps déjà, poire moi-même contre mon gré, je ne cesse de m’indigner mais je pense qu’il est plus que temps que les peuples, la jeunesse qui doit se préparer un avenir sans que des Bismarck ne le fassent à leur place, se révoltent.

La Tunisie l’a fait mais ne va pas au bout de son ambition et est entrain de se faire voler sa révolution par des économistes distingués qui n’ont comme idée que de rejoindre le troupeau libéral des victimes des marchés.

Dans un prochain article j’expliquerai comment je vois l’abandon de la raison politique au commerce économique et ses conséquences. Avec en corollaire, une démocratie se reconnaît-elle dans le seul fait qu’on permette aux citoyens de voter ?

A suivre…

 

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