Cumul des mandats, un mal français !
Je fais de la problématique du cumul des mandats électifs mon devoir de vacances comme les journaux féminins font les leurs avec les régimes amincissants et les hebdomadaires avec la sexualité des mollusques colonisant nos plages de sable fin.
Certes le sujet, à priori, semble moins opportun que le budget rectificatif qui doit permettre de trouver les quelques huit milliards que le précédent gouvernement avait su laisser comme facture impayée pour ne pas qu’on le taxe de faire de la rigueur. C’est au tour du PS d’appliquer un programme rigoureux même si les solutions envisagées sont totalement différentes. Fillon ne voulait pas appliquer des hausses d’impôts aux plus aisés et ne pouvaient pas, avant les élections, risquer de mécontenter ceux qui avaient déjà payé la crise et donc, supputant leur peu de chances d’être reconduits au pouvoir, ils ont préféré laisser la note aux autres.
Le débat à l’assemblée n’ayant lieu qu’aujourd’hui, nous avons tout le temps de parler du problème du cumul, espèce de monstre du Loch Ness, qui fait partie de la logorrhée politique depuis des lustres pour la bonne raison c’est que ceux qui en parlent ne sont pas en mesure de changer les choses au moment où ils ont choisi d’en parler ou bien oublient d’en reparler quand ils pourraient le faire.
Ce n’est pas le cas des socialistes qui vont, maintenant qu’ils disposent de tous les pouvoirs au sommet de l’état et dans les régions, s’atteler à rendre la vie politique de la France plus juste. En effet, le cumul est une question de justice dans le sens où son interdiction servirait à rendre les choses plus conformes à la réalité de la société, plus équitable, plus légitime.
Le Parlement le plus vieux d’Europe - moyenne d’âge de 55 ans à l’assemblée avec une sur représentation des 50 à 70 ans – est un signe révélateur d’une conséquence du cumul. En effet, lorsqu’on pense cumul, on pense à ces élus qui cumulent plusieurs mandats nationaux auxquels il faut ajouter, ce qui est non négligeable, des présidences de syndicats intercommunaux, de communauté d’agglomération et autres feuilles de ce qu’il est convenu d’appeler le « millefeuilles » mais on oublie que le cumul, s’il s’exerce dans le même temps, il sévit aussi dans le temps et que les mêmes passent d’un mandat à l’autre tout au long d’une carrière bien remplie. C’est le cas de nombreux sénateurs et c’est ce qui explique que cette assemblée a une moyenne d’âge plus proche de 65 ans avec des sénateurs de plus de 70 ans justifiant ainsi l’expression bien connue depuis Jean de La Fontaine dans Le lièvre et la tortue : « aller à un train de sénateur » ! Le renouvellement d’un personnel politique en est d’autant plus compliqué ainsi que l’équilibre entre hommes et femmes.
Ici ne s’arrête pas les méfaits du cumul. On peut ajouter que la diversité sociale n’est pas assurée parce que pour être élu sous le régime des partis et les élections non proportionnelles, il faut être connu pour être élu et donc un candidat est mieux placé quand il est déjà élu pour prétendre à un autre mandat.
Le cumul favorise le clientélisme et les affaires du nord au sud et de l’est à l’ouest en France en sont autant d’exemples connus mais le gros du clientélisme passe inaperçu de même que les conflits d’intérêts et les phénomènes de corruption. Ma petite expérience d’élu et ma grande expérience de citoyen m’ont donné de nombreuses occasions de les rencontrer cachées derrière de bonnes intentions ou ouvertement distribuées comme prébendes.
Je dirais, pour conclure, que je ne suis pas du tout convaincu de l’inclination de l’élu à voter une réforme dont il profite depuis la création de la V° république puisqu’il paraît que le cumul des mandats a doublé depuis la IV° ! Une dernière chose, c’est en France que l’on compte le plus d’élus cumulards !