D'essence et décence...
Pénurie d’essence, stations fermées, réservoirs vides ! Faites comme vous l’a suggéré, un jour, la ministre de l’économie : « prenez votre vélo ! »
Son autorité comme celles de tous ses collègues ministres de ce gouvernement en préretraite sert de caution à un discours convenu.
Ces discours en boucles, tenus par des candidats aux postes de ministres dans le futur gouvernement, contiennent l’essence des plus vulgaires mensonges. Lorsqu’un de ces communicateurs nous « explique » la réforme des retraites (car si vous n’avez pas encore compris que vous n’avez rien compris à cette réforme qui doit régler tous les problèmes et qui est la seule à vous protéger, comme elle est la seule à sauver le système de retraite par répartition, c’est qu’on vous l’a mal expliquée et qu’on va encore et encore vous l’expliquer jusqu’à la nausée et au vote de la loi), il emploie tous les indécences oratoires, tous les chiffres manipulés, tous les arguments contestables qui sont dans la palette de l’homme politique.
Il oublie juste l’essentiel qui est de regarder, d’écouter et d’entendre l’écho que son discours suscite dans la grande majorité de la population (71% à l’heure où j’écris ce texte !).
Le Président de la République, qui aurait dit (matinale de France Inter) qu’il avait à l’œil chacun de ses ministres sur leur attitude face à la crise et sur la défense de la réforme, n’a comme objectif que celui de faire passer sa réforme même si cela doit être au détriment de l’économie menacée par les grèves, même si cela doit avoir pour conséquence l’aggravation du chômage si j’en crois les discours des petits chefs d’entreprises qui pensent mettre des ouvriers au chômage technique et même si cela ne doit régler le problème, qu’au mieux, jusqu’en 2018 !
Nous sommes dans le « y a qu’à » jusqu’à la nausée : y a qu’à repousser l’âge de départ à la retraite, y a qu’à cotiser plus longtemps, y a qu’a faire confiance à mr Woerth dans tout ce qu’il dit (l’avenir nous dira la pertinence de cette attitude !), y a qu’à…
Le logo de la campagne gouvernementale est « Réussissons une réforme juste » ; beau slogan en vérité mais où le bât blesse t-il ? Les Français qui sont dans la rue en ce moment savent bien que l’injustice est le maître mot de notre société, le maître mot, même, de notre civilisation soumise aux libéraux de tous crins. En effet, qu’a fait le président qui devait « aller chercher le travail avec les dents » pour enrayer puis faire baisser le chômage, qu’a-t-il fait pour faciliter l’entrée dans la carrière des jeunes, que compte t-il faire pour une société plus juste, moins inégalitaire, plus consensuelle ?
Les réponses sont dans les actes :
- un bouclier fiscal qui permet aux plus riches de toucher des chèques du Trésor Public, et l’indécence a été atteinte avec l’affaire Bettencourt qui révèle que, bien que l’évasion fiscale soit patente, cette contribuable se voit reverser une partie de ses impôts,
- une Loi TEPA, « travailler plus pour gagner plus » dont les économistes Cahuc, chercheur à Polytechnique et Carcillo chercheur à l’OCDE démontrent l’inefficacité totale et très coûteuse pour l’état (4milliards d’euros),
- des salaires de patrons des entreprises publiques qui s’envolent jusqu’à l’indécence : 3,3 millions d’euros en 2009 pour mr Mestrallet, patron d’EDF Suez qui a vu ses performances baisser de 31%, 1,8 pour Mr Mariani de chez Dexia qui a dû être sauvée de la faillite grâce à nos impôts, 1,58 pour D.Lombard de France Télécom et je vous ferai grâce du reste de la liste que vous pouvez toujours trouver sur L’Expansion.com,
- la baisse de la TVA pour les restaurateurs considérée par la Cour des Comptes « peu efficace en terme d’emploi et très chère pour les finances publiques,
- les niches fiscales dédiées aux entreprises évaluées, pour 2010, à 106,3 milliards d’euros ( Le Figaro.com)
- la réforme des retraites des députés et des sénateurs renvoyées aux calendes grecques par le président de l’assemblée nationale,
- la réforme sur les micro-partis qui organisent la triche pas à l’ordre du jour,
- les petits cadeaux entre amis. Non ce n’est pas mme Bettencourt cette fois, mais mr Tapie qui touchera ou a déjà touché 285 millions d’euros du Trésor
et la liste pourrait encore s’allonger de ces manifestations injustes du pouvoir toujours à l’avantage d’une classe dirigeante, organisée en réseaux, détenant les médias d’information, les leviers de l’argent et de la justice ; oui, car on peut parler de justice à deux vitesses ce qui alourdit considérablement l’inégalité à laquelle sont confrontés les plus démunis.
Je voulais parler, aujourd’hui d’essence et de décence, et montrer que si, dans vos réservoirs, l’essence se fait rare, il ne faut pas penser que ce sont les grévistes qui sont responsables de la situation gênante dans laquelle vous vous trouvez ponctuellement et passagèrement mais que c’est la très grande faute de ceux qui ont la prétention de nous gouverner et dont l’indécence n’a point de limites.
Un président responsable, responsable, responsable doit engager le dialogue pour apaiser une situation conflictuelle ; son rôle n’est pas de faire passer ses envies et ses fantasmes avant l’intérêt des citoyens, il n’a pas été élu pour mettre la république à feu et à sang, c’est ce qu’il fait (je le dis en réponse à tous ceux qui ne cesse de faire porter la responsabilité des évènements à une population qui subit les choses et pas à ceux qui décident de tout faire pour que la contestation s’enlise ce qui aura pour conséquence une frustration encore plus grande et un rejet toujours plus grand des hommes politiques).
Si la droite divisée a encore le sens des responsabilités qu’elle organise un référendum ; cela n’entame en rien la légitimité de ceux qui ont été élus mais c’est un exercice de démocratie comme le sont les élections de mi mandat aux Etats-Unis ! Il est vrai qu’après les gifles consécutives du dernier référendum sur l’Europe et des élections régionales, la droite n’a peut être pas très envie de retourner devant les urnes !
Ci-gît la société française,
Qui fut la fille des lumières,
Qui fut révolutionnaire,
Qui fut défenseur des droits de l’homme,
Qui fut protectrice,
Qui fut solidaire face à l’adversité,
Qui n’est plus
Et qui ne demande qu’à renaître,
Libre, égale, juste et fraternelle.