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De la nécessité de comprendre

4 Mars 2011 , Rédigé par C

Quatre hommes, deux femmes représentatifs du microcosme politique selon madame Chabot de France 2 qui les avait invités à débattre : Rama Yade, Marine Le Pen et par ordre alphabétique, Bayrou, Copé, Moscovici et Villepin.

 

Bien entendu, le débat s’est cristallisé sur l’autre débat, celui qui achoppe ; l’islam et la laïcité, l’islam ou la laïcité, on ne sait plus trop.

 

J’ai déjà écrit, ici, ce que j’en pensais mais, aujourd’hui, si j’y reviens c’est pour essayer de comprendre les attitudes de chacune des parties en présence. Mme Le Pen et Mr Copé s’en sont pris violemment l’un à l’autre et rien d’étonnant à cela car ils cherchent les mêmes électeurs et donc, deviennent les pires adversaires mais, si l’on y regarde de plus près, on peut se demander sans outrager la ménagère de cinquante ans qui n’y a peut être pas encore pensé, que c’est parce que l’un et l’autre savent, espèrent, souhaitent, aspirent, calculent même que le temps viendra où l’un aura besoin de l’autre pour essayer de gagner des élections.

 

A la vitesse où Mr Sarkozy annihile toutes les chances de la droite modérée à se conduire bien et même, peut-être, à passer le premier tour des élections présidentielles et à la célérité, le zèle, la diligence avec lesquels Mme Le Pen additionne les mécontents et, plus tard leurs intentions de vote et qui sait, un jour prochain, leur vote, il se pourrait bien que la droite ait besoin de toutes ses forces et qu’il y ait alliance de fait, assumée, entre elle et l’extrême droite.

Cela peut expliquer l’attitude de Mr Copé, qui se plaçant dans la course au recours, veut cependant être devant Marine Le Pen pour être, le moment venu et sauver les meubles d’une droite divisée, affaiblie, déchirée, celui qui réunirait la grande famille de la droite réconciliée.

 

Mr de Villepin, dans son rôle de statue du commandeur, se gardant à droite, clignant de l’œil à gauche, étalant sa stature au centre trouve en face une Rama Yade qui a répété, à l’envie, qu’elle se réclamait du mouvement radical s’attirant des sourires entendus, celui du centriste Bayrou étant le plus large. Le centre a beaucoup d’envies, beaucoup de candidats, beaucoup de bonnes intentions mais il est comme un super tanker qui navigue, à vide, dans une tempête dans les quarantièmes rugissants, il ballotte, roule, tangue et se débrouille toujours pour s’échouer. Il ne lui reste que des leçons à donner, c’est ce que ses leaders ont toujours fait, des places à quémander et des affronts à supporter.

 

Mr Moscovici, de son côté, qui était là parce que Mr DSK ne pouvait y être, était d’accord avec Mr Villepin parfois, avec Mr Bayrou et même, avec Mr Copé, l’essentiel, pour lui étant d’attendre. Attendre que le programme socialiste sorte enfin, attendre que Mme Aubry ou Mr DSK se décident pour pouvoir choisir sa voie.

 

Mr Bayrou, au ton très professoral, il en faut un, piégeant Copé sur le prix du gaz, assurant Villepin de son approbation, venant au secours de Mme Chabot pour donner la définition de la laïcité et rappelant la loi de 1905 et distribuant les mauvais points.

 

Je me suis amusé à faire le compte-rendu d’une soirée ordinaire à la télé, d’un débat ordinaire, avec des gens ordinaires qui ne le savent pas car ce que j’ai retenu de ces joutes risibles, c’est l’immense cécité du corps politique toutes tendances confondues, et je m’explique :

 

Ils ont parlé, bien évidemment, des révolutions dans le Maghreb. Unanimes, ils se sont félicités comme s’ils en étaient un peu responsables, garants. On sentait cette suffisance dans l’analyse qu’ils en faisaient, tous émus dans leur désir de les aider, sauf, je dois l’avouer Mme Le Pen qui pense que c’est aux riches pays arabes de le faire. L’Europe doit faire ceci, la France doit faire cela, nous devons accompagner ces peuples, y porter la démocratie, appuyer notre modèle (Mr Bayrou a même proposé que chaque fois qu’un pays musulmans finance une mosquée en France, on lui demande de laisser construire une église chez lui !).

 

Quand nos hommes politiques issus de nations colonialistes cesseront de penser que les peuples du Sud ont besoin de nous ? Quand comprendront-ils que c’est avec les pays émergeants de ce même sud qu’ils auront des liens économiques et culturels et pas avec la vieille Europe à bout de souffle ? Quand penseront-ils qu’il est urgent, pour nous, de nous préoccuper de l’emploi des jeunes et des seniors car enfin, comment croire que des pays en crise dont les économies stagnent vont pouvoir accompagner des nations jeunes et révolutionnaires qui n’ont qu’une idée, celle de se libérer de jougs et qui n’ont pas envie de se soumettre à d’autres ? La meilleure façon de les aider c’est de ne pas s’occuper de leurs affaires, de ne pas soutenir leurs dictateurs et d’arrêter de piller leurs ressources.

 

En conclusion, je crois qu’il y a une certaine propension dans les pays riches à penser que tous les autres ont besoin de nos lumières. Tous ces jeunes qui crient Allah Akbar en brandissant des fusils automatiques n’ont que faire de la laïcité, tous ces gens qui s’exilent pour manger n’ont que faire des aides qui les maintiennent dans leur pauvreté, peut être souhaitent-ils seulement gérer, à leur façon, leur pays et inventer leur avenir pour qu’enfin ce soit le leur.

 

Ce néo-colonialisme de la pensée aveugle nos penseurs politiques, une prise de conscience que le centre du monde est en train de se déplacer et que c’est une évolution à laquelle personne ne peut rien (sinon la pilule anticonceptionnelle) car les pays émergents sont des pays de populations jeunes est la meilleure chose qui peut arriver à nos élites pour qu’elles inventent une nouvelle solidarité qui passe par l’arrêt des pillages, la redistribution des richesses, le progrès social.

 

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