Le "bon" débat.
Pourquoi tant de citoyens ont-ils le sentiment que le débat sur l’islam ou la laïcité va, inévitablement, déboucher sur une stigmatisation de la population française musulmane ?
La réponse doit être simple si on en croit les réactions qui vont presque toutes dans le même sens et il convient que je les prenne en compte car, même si la laïcité est, pour moi, un combat de tous les jours ce n’est pas le problème essentiel qui se pose à notre société.
Passons en revue les débats que nous avons à mener pour essayer d’améliorer la vie quotidienne du plus grand nombre. Le débat sur la forme de société que nous voulons construire, après la faillite constatée par tous, du libéralisme, celui-là est lancé. Le débat sur la sauvegarde de la planète et l’arrêt, ou, pour le moins, le ralentissement du gaspillage des ressources naturelles, celui-là est le présent et l’avenir, on ne peut y échapper. Le débat sur la surpopulation mondiale et les mesures à prendre pour nourrir décemment tous les peuples, c’est un combat quotidien comme la préservation des réserves d’eau et la qualité de l’air !
Reste que, dans nos sociétés en pleine évolution, le partage des richesses, la marchandisation du vivant, les progrès de la biologie qui posent des questions éthiques, la désindustrialisation des pays riches, l’émergence des pays du sud, le dumping social, la gouvernance mondiale, tous ces sujets d’actualité font débat et ceci, en permanence car les solutions, quand il y en a, ne sont que des solutions provisoires sans cesse remises en cause par l’évolution des sociétés.
Mais alors, peut-on dégager un classement, une hiérarchie, une sélection des débats utiles ? Le fait que les citoyens, tous les jours, soient confrontés à des problèmes vitaux qui engagent leur présent et obèrent même leur avenir, peut expliquer ce sentiment de stigmatisation. Que pèse le problème de la laïcité ou des prières dans la rue pour ceux-là même qui sont confrontés, tous les jours, à des brimades, des injustices et qui se heurtent à des difficultés vitales ?
Quelle importance donner à des débats qui touchent une petite partie de la société quand le débat sur la place des femmes, l’égalité des sexes qui implique, engage, plus de la moitié de la population mondiale est encore à faire et que la seule solution trouvée est d’y consacrer, une fois par an, une journée sur le calendrier au même titre que la journée des mollusques ou des animaux de compagnie ?
Les femmes ont montré qu’elles prenaient une place importante dans tous les combats. Je me limite, volontairement, au XX°siècle et au XXI commençant car je ne fais pas œuvre d’historien, ne souhaitant pas, parce que je n’en suis pas capable, faire l’historique des mouvements féministes, ni le récit des influences des femmes sur les hommes de pouvoir, ni le panégyrique de femmes exceptionnelles. Je veux évoquer les femmes de tous les jours qui se sont illustrées, ensemble, dans des luttes pour la vie. On est loin des combats féministes, des suffragettes qui, par leur combat, ont fait avancer la cause des femmes ; on est, en revanche, près des gens, dans la vie de tous les jours.
C’est plus les citoyennes, les mères, qui m’intéressent que celles qui ont été les premières à occuper un poste, une charge, une fonction, un emploi, des responsabilités « réservés » aux hommes, même si, chacune d’elles à leur époque et par leur fonction ont fait évoluer la condition féminine. C’est plus ces femmes inconnues, invisibles, non voilées, de plus en plus présentes dans le combat citoyen qui me semblent les meilleurs exemples et les plus belles ambassadrices du combat pour l’égalité.
En Tunisie, en Egypte dans une moindre mesure, en Iran, après le Chili et l’Argentine, elles ont montré leur capacité à se mobiliser et ont donné une preuve manifeste que, pour réussir à ébranler les dictatures, il faut et il faudra compter avec elles. Ne représentent-elles pas plus de la moitié de la population mondiale ? Aurait-on, encore, de nos jours, l’outrecuidance de penser que l’on peut « faire » sans elles ?
Peut-on oublier leur rôle pendant la guerre ? J’ai la correspondance de guerre entre mon arrière grand-père et mon arrière grand-mère et je me rends compte à quel point cette Marie là a eu d’importance, d’influence pour l’avenir de sa descendance et quel rôle primordial elle a tenu pour l’avenir de ses trois enfants. J’ai eu connaissance des gestes héroïques ou d’amour dont ont été capables les femmes d’hommes que l’on a considéré comme des héros alors qu’ils n’étaient que des pions ballotés par l’histoire et dont les récits audacieux n’ont de réalité, de vie que par le comportement exemplaire de leurs femmes.
Que dire de ces mères de la place de mai en Argentine qui se sont révoltées sous la junte de Vidéla et qui continuent malgré l’assassinat de 14 d’entre elles, à se battre pour « une complète refonte de la culture politique dans leur pays » ? (Au passage, notons que les putschistes ont été soutenus par l’église catholique car la junte mêlait habilement le rétablissement de l’ordre moral chrétien et la défense de la civilisation occidentale chrétienne et, bien sûr, ce qui fait encore recette aujourd’hui, l’anticommunisme. Rien à voir, me direz-vous, avec « les racines chrétiennes de l’Europe », ni avec « les racines de la France sont essentiellement chrétiennes », ni avec la laïcité positive. Le croyez-vous vraiment ?)
Que penser des crimes en Serbie, en Côte d’Ivoire et ailleurs, où toutes les factions armées perpètrent des actes de violences en toute impunité sur les femmes considérées comme des butins de guerre, le viol étant l’instrument de la terreur, le vecteur des humiliations ? Qu’espérer d’une société qui condamne du bout des lèvres et qui n’exige pas la démission immédiate du président du conseil d’une nation européenne qui siège à l’ONU et qui ne cesse de bafouer la femme ?
Que faire contre cette atteinte à l’intégrité au corps des petites filles qu’est l’excision(si le coran ne prescrit aucune obligation d’excision, certains hadiths sont utilisés pour la justifier) sous le couvert de « coutumes » ancestrales, traditions barbares, mœurs douteuses ?
Qu’invoquer, enfin, comme excuse pour ne pas respecter les lois déjà votées sur l’égalité des sexes ?
Ne nous trompons pas de débat, certains s’imposent par leur urgence, défions-nous des autres qui ne sont qu’artifices.