Démondialisation : une idée ringarde, une utopie ou la liberté retrouvée ?
"La démondialisation est un concept ringard et réactionnaire, un retour aux années 80" déclare Mr Valls, candidat à la primaire socialiste, en parlant du thème de campagne d'Arnaud Montebourg. Et il ajoute, parlant de la campagne "si nous nous respectons, nous pourrons ensuite nous rassembler" ! Mr Valls a une singulière notion du respect mais passons, c'était juste pour introduire la notion - Mr Valls considère t-il la démondialisation comme étant une entité abstraite ou comme l'ensemble des prédicats qui la définissent ? - de démondialisation dont Mr Imbert, dans le Point, semble regretter qu'on la diabolise en France, qu'on la présente donc comme pernicieuse. Il fustige "l'utopie de la démondialisation", la qualifiant de "dévastatrice et irréelle".
Je suis, bien évidemment, en désaccord avec eux et, comme Mr Montebourg, qui ne se contente pas de la diaboliser mais fait des propositions pour l'installer, je la juge comme un avenir nécessaire.
Pour mémoire, la mondialisation ce sont des délocalisations sauvages (pléonasme) avec la destruction de l'outil de travail, le chômage, le dumping social, des concentrations industrielles avec leurs lots de restructurations ayant les mêmes conséquences que ci-dessus, c'est une concurrence déloyale entre les travailleurs du nord qui ont un statut protecteur gagné souvent dans le combat syndical et/ou par une volonté politique et ceux du sud, exploités, réduits à accepter des travaux dangereux et pénibles, pour des salaires de misère.
Revenir là-dessus ne me semble ni ringard, ni dévastateur, ni utopique.
En 1980, après le premier choc pétrolier, le chômage passe de 4 à 10% mais l'outil industriel est encore vivace sur le territoire et Renault est encore dans l'Île Seguin et on y fabrique des Super 5 jusqu'en 1992 où, soit disant trop petite et inadaptée, le temps est venu d'aller s'installer ailleurs, là où les salaires et les conditions de travail sont plus bas et précaires. Est-ce si ringard que cela de vouloir retrouver un outil industriel performant ?
En vingt ans on a multiplié les chômeurs de longue durée qui ne peuvent pas retrouver un emploi dans les secteurs industriels qui ont disparu - confection, sidérurgie, manufacture - ou qui ont été externalisés - services après vente, plateformes téléphoniques, comptabilité - sans oublier que le système scolaire chinois et indien qui "sortent" moins d'ingénieurs que dans les pays développés relativement à leur population seront capables de fournir un nombre considérable de diplômés et que l'offre dépassera, de beaucoup, le demande. Qui prendra les places de cadres si la mondialisation s'applique à tout ?
C'est là que je voulais en venir. Si les travailleurs les moins qualifiés des pays du nord ont fait les frais de la première phase de la mondialisation, sans bénéficier aux travailleurs des pays du sud, le tour vient des travailleurs qualifiés et demain des travailleurs très qualifiés.
Donc le choix est simple, si nous voulons une mondialisation gagnante-gagnante, il faut la cantonner aux connaissances, aux découvertes, aux arts, aux rencontres et la maîtriser ponctuellement, lorsque c'est nécessaire. Il faut, par exemple, ouvrir les concours aux grandes écoles à un plus grand nombre, former plus de médecins au lieu de le restreindre, mettre l'accent sur les formations qui prennent en compte l'écologie et se protéger, aux frontières, de produits qui inondent notre marché intérieur, sans tenir compte des conditions dans lesquelles ils sont fabriqués et transportés, souvent au détriment de la planète.
Démondialiser c'est aussi prendre des dispositions législatives pour que les entreprises transnationales ne puissent déclarer leurs bénéfices dans des paradis fiscaux et leurs pertes chez nous !
Démondialiser c'est encore taxer fortement les pavillons de complaisance qui entrent dans nos ports.
Démondialiser c'est admettre que la diversité des us et coûtumes, les différences ne sont pas à gommer mais, au contraire, à préserver et que le combat de la burka c'est le combat des femmes et des hommes dans les pays où les premières le portent, que la démocratie ne s'impose pas l'arme au poing, que l'aide aux pays en voie de développement est écologiquement nécessaire, etc...
La démondialisation, pour moi, non seulemnt ce n'est pas ringard ni utopique mais c'est l'invention d'une nouvelle gouvernance, un nouvel art de vivre sur une Terre où nous ne pouvons plus ignorer ce qui se passe à 8 000 km parce que c'est juste à côté et qu'on cesse de nous faire croire qu'un mouvement d'aile de papillon dans la mer de Chine doive, obligatoirement, déclencher un ouragan sur l'île de Noirmoutier !
La démondialisation c'est libérer les peuples du libéralisme, du FMI, de l'OMC, de l'OTAN, des G20 ou 30 et rendre le pouvoir aux citoyens élus démocratiquement pour les représenter.