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La Grèce des "Marchés" ou la Grèce d'Hölderlin ?

25 Juillet 2011 , Rédigé par C

Pour comprendre mieux le phénomène de la dette, regardez la Grèce comme la regardent les Marchés. Comme une vache à lait qu‘ils sont prêts à continuer à traire ! Essayez de vous la représenter comme « eux ». Un littoral ( 15 000 km de côtes ) et une pléiade d’îles (9 000) propices au tourisme mais aussi une richesse halieutique potentielle considérable pour peu que l’on se préoccupe de la protection de la mer Méditerranée, ce qu’ « ils » savent faire quand le profit en est le but, un climat et une géographie qui ne subira pas de gros dommages d’un possible réchauffement planétaire, un pays affaibli par une longue dictature des colonels, la première puissance maritime du monde devant le Japon ( oui, il n’y a pas que des fonctionnaires ou alors ils sont aussi au Pirée), une biodiversité unique dans le bassin méditerranéen, un personnel politique de droite corrompu qui a truqué les comptes publics et dépensé sans réserve. Du pain bénit pour les « Marchés » !

 

 

Ou bien, regardons-là comme un beau et digne pays dont le patrimoine transpire l’Antiquité, qui est le berceau de la civilisation occidentale, avec Rome, avec ses côtes et ses îles vierges, un pays de cocagne où coule l’huile d’olive, où à chaque détour souffle encore l’esprit d’Homère, de Pindare, de Sophocle, de Platon, d’Ajax et de Pénélope.

Cette Grèce-là a autant le droit de citer que l’autre, c’est la Grèce éternelle et, ce matin, je vous propose d’aller y faire une promenade en compagnie d’Hölderlin de crainte que les « Marchés » ne l‘abîment définitivement, même si je pense au contraire, qu‘heureusement, elle leur survivra.

 

 

Le père d’Hypérion l’engage à voyager. Sa mère lui enjoins d’en profiter pour apprendre la patience (ma mère m’eût donné ce conseil, j’eus dû l’accepter avec gratitude, n’en ayant guère - de la patience - mais là n’est pas le sujet). Le jeune homme donc se rend à Salamine. Ce sont ses souvenirs, qu’homme mûr, il raconte, dans des lettres, à son ami Bellarmin.

 

 

«Je vis à Salamine, l’île d’Ajax.

J’aime cette Grèce-là par-dessus tout. Elle porte les couleurs de mon cœur. Où que se tourne le regard, il voit une joie enterrée. Mais il lui rets encore tant de grandeur et de grâce…Je passe là mes plus belles heures ; j’y reste de longs soirs à contempler les rivages de l ’Attique ...

 

 

Ah ! Les vallées mortes d’Elis, de Némée, d’Olympie où, adossés aux colonnes de quelque temple consacré à un Zeus oublié, parmi les lauriers roses et les pervenches, nous considérions le lit sauvage du fleuve, ramenés par la vigueur du printemps et l’éternelle jeunesse du soleil à penser que l’homme avait vécu là aussi pour en repartir bientôt, que sa splendeur était à peine plus présente désormais que le débris d’un temple.

 

 

Je fus aussi avec Adamas sur les hauteurs de Délos et, le jour où nous gravîmes les vieux degrés de marbre dressés contre la paroi granitique du Cynthe, je ne pus m’empêcher de frémir. Là, le dieu du soleil avait connu ces fêtes où toute la Grèce assemblée, tel un nuage doré, l’environnait de son éclat. Là, comme Achille dans le Styx, les jeunes Grecs s’étaient plongés dans les flots de la ferveur por en ressortir invincibles, à l’instar de ce demi-dieu. Leurs âmes, dans les bois, s’harmonisaient, et chacun conservait ensuite, en lui-même, fidèlement, ces merveilleux accords.

 

 

La nuit s’achevait quand nous atteignîmes le sommet. Parut alors, dans sa jeunesse éternelle, le vieux dieu Soleil ; avec la sereine aisance de toujours, le Titan immortel prit son essor couronné de toutes ses joies, souriant à son pays désolé, à ses temples, à ses colonnes abattues sous ses yeux par le Destin, tels ces pétales fanés qu’un enfant arrache au rosier et répand distraitement sur le sol."

 

 

Les « Marchés » ne pourront, malgré leur rapacité et la complicité de responsables européens, abîmer la Grèce éternelle et, je l’espère, pas plus que l’Irlande laborieuse, l’Espagne fière, le Portugal et Venise et Prague, et Paris et Rome , car qui sait où peuvent s’arrêter leurs appétits féroces !

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