Et demain, la guerre en Syrie...
En France, on adore les anniversaires et encore plus les commémorations. Car on commémore les anniversaires ! En ce moment par exemple on commémore le deuxième anniversaire du début de la guerre civile en Syrie. En Europe, quelques centaines de manifestants défilent pour dire stop aux massacres et aux crimes contre les civils, en Jordanie des experts militaires américains entraînent des combattants, «de bons combattants » choisis par le Commandement Général syrien ce qui rend leur intervention, selon eux, légitime puisque les précautions sont prises pour ne pas entraîner des djihadistes qui se retourneront bientôt contre leur maître et les états français et anglais proposent de livrer des armes avec, eux aussi, en contrôlant le profil des acheteurs d’armes.
Et voici la boucle bouclée ! Les marchands d’armes qui sont les pays développés et, au premier rang des entreprises américaines ne connaissent pas la crise. Les Etats-Unis dans la guerre Iran-Irak fournissait des armes aux deux belligérants – pas de parti pris, tous sur le même plan d’égalité pour s’entretuer. On connaît aussi l’aide apportée aux talibans pour lutter contre l’URSS, on sait comment les armes se retournent parfois, souvent contre les pays qui les vendent mais tout ceci est un problème économique, ce qui reste et importe c’est que la guerre est barbarie et que la barbarie c’est la guerre.
Jusqu’où peut-on légitimer les choix qui semblent aller tous dans le bon sens, celui de sauver des vies humaines, quand on fait tout pour les supprimer ? Un missile Scud, quelqu’ en soit l’émetteur fait des victimes civiles et ne distingue pas le combattant de l’enfant innocent. La vocation spirituelle de l’homme est de protéger la vie pas de contribuer à la supprimer. Ce qui est finalement le plus choquant c’est ce discours convenu, que personne ne croit, qu’il serait possible de contrôler à qui on vend les armes et s’assurer qu’elles vont bien tuer les méchants. C’est oublier un peu vite que la vente des armes fait appel à des intermédiaires, des mafias et des pratiques de corruption qui permettent d’alimenter les partis politiques au pouvoir pour s’assurer de leur complicité, au moins bienveillante. On n’entrera pas dans les détails de ce marché qui a été analysé, enquêté, dénoncé par des milliers d’enquêtes et qui reste encore le plus obscur, le mieux verrouillé, le plus lucratif et le mieux partagé par les nations dominantes.
Le Qatar aide les djihadistes en Syrie en les armant, il demande aux Français d’être fiers du PSG, joue au mécène dans les banlieues défavorisées, organise les jeux du cirque moderne en robe blanche.
Vendre des armes aux rebelles syriens c’est armer des rebelles qui viennent de Tunisie, de Libye et d’ailleurs même si quelques bonnes âmes du PS disent avoir assez d’informations pour que les armes ne soient pas livrées au « tout-venant » comme en Lybie ! C’est armer les combattants du prochain conflit. Et puis, sans être un spécialiste de l’armement, j’ai du mal à croire qu’en livrant des missiles sol-air – et d’ailleurs qui peut croire qu’en livrant ces armes on n’en livrera pas d’autres ?) pour « équilibrer » les forces, on fasse avancer le règlement du conflit. En effet, il faudra en livrer une très grande quantité à des manipulateurs non formés et on ne peut s’assurer qu’ils ne seront pas détournés de ce théâtre pour aller faire des dégâts ailleurs.
Plus je m’interroge sur l’idée d’armer des rebelles plus je me rends compte du ridicule que viennent confirmer les réticences de tous ceux qui pensent qu’une augmentation de la puissance de feu n’est pas l’assurance que cela règlera le conflit plus vite mais qui sont certains que cela fera plus de victimes et plus vite.