Zapper, oui mais quoi ?
Je ne peux décidément m’y résoudre et il me reste l’écriture. Dans l’écriture je trouve une liberté et un sens à la part intellectuelle de ma vie. Les sujets ne manquent pas qui font de ce monde un kaléidoscope difficile à regarder sereinement. Tous les jours apportent leurs lots de nouvelles et c’est cette richesse de l’information qui trouble l’esprit. La rapidité avec laquelle les nouvelles nous parviennent nous oblige à faire des choix et nous faisons avec l’information ce que nous faisons avec la télécommande du téléviseur, nous zappons.
Dans l’élection du nouveau pape de l’église catholique, je zappe sur le cérémonial du conclave (même si cette fois les cardinaux n’ont pas traîné tant il est vrai que le fait qu’on leur ait interdit l’utilisation du téléphone portable et les tweets a sûrement pesé dans la rapidité du choix du nouveau pontife ou, autre possibilité, que l’élection du précédent n’ait été qu’un tour de chauffe et que l’horizon, pour François, se soit assombri au point qu’il accepte la charge qu’il avait refusée il y a huit ans) pour m’intéresser à la « rumeur » de son comportement pendant la dictature en Argentine.
Dans le tohu-bohu du possible retour en politique de Sarkozy, je zappe toutes les déclarations des « amis de Sarkozy », la possibilité de gérer un fonds qatarien de 500 millions d’euros,( ce qui n’est pas, à mes yeux, plus répréhensible que de gérer des fonds de pension ou autres machins financiers dont on ignore d’où ils viennent et s’ils ne sont pas alimentés par de l’argent pas toujours propre comme les fonds du même nom ) pour m’intéresser à la démarche, qui n’aurait rien de machiavélique venant du milieu politique et qui serait que toutes ces déclarations officielles, en « off » ou diffusées parcellairement par une presse qui doit absolument trouver du grain à moudre quitte à ce que ce soit de l’ivraie, seraient un calcul de quelques-uns qui auraient le sentiment que pour préserver ce qui reste de l’UMP, il faudrait faire croire à ces pauvres militants un peu perdus par le combat des petits chefs qui se sont jetés sur l’os à ronger après la défaite aux présidentielles, que « le chef » peut, un jour revenir, pour sauver la France. Eviter, à tout prix, l’hémorragie des militants, qui n’ont plus que des marionnettes désarticulées à qui ne pas faire confiance, et qui sont tentées d’aller surfer sur la vague bleu-Marine.
Dans la guerre en Syrie, je zappe, comme tout le monde, le nombre de victimes (pour ne pas me blanchir le cerveau en ne comptant que les morts) pour m’efforcer de ne pas oublier, c’est si facile dans ce décompte macabre, les morts-vivants que seront les milliers d’enfants qui ont vécu dans cet enfer, les milliers de femmes violées et les milliers d’handicapés à vie quand les belligérants se réuniront dans un palace à Paris ou à Londres, redoutables fournisseurs de bombes, pour discuter des conditions du cessez-le-feu et du partage des responsabilités au sein d’un pays meurtri à qui on va demander de faire les sacrifices pour remettre l’économie en marche.
Dans la lutte pour le retour de la croissance et la diminution du chômage, je zappe les recettes miracles que les uns et les autres proposent tous les jours ( les pays de l’Europe ayant des structures sociales différentes, des niveaux de vie dissemblables, une envie de s’en sortir même au détriment du pays voisin ou du plus en difficulté, et l’expérience que la croissance économique n’a de poids que si elle augmente la qualité de la vie et qu’elle renforce la stabilité politique) pour me demander quand on se rendra compte, en tirant les leçons du libéralisme, que les fortes croissances ont été accompagnées d’un chômage grandissant, de criminalité, de drogue, d’effondrements sociaux, de banlieues désenchantées, de problèmes de racisme, de terrorisme, sans pour autant, empêcher les guerres ou, pour le moins, nos interventions militaires cachées derrière la bannière humanitaire.
Dans le combat pour devenir maire de Paris, je zappe la propagande des candidates, leur programme ou leur absence de programme (Paris comme n’importe quelle ville a les problèmes d’une capitale-métropole et ce n’est pas un problème de gestion de gauche ou de droite quand il s’agit de proposer des logements, des conditions de transport, d’hygiène, de garderies d’enfants, de lieux de loisirs) pour me poser la question innocente de la féminisation excessive, au regard du corps électoral et des habitudes politiques, des candidates au fauteuil de maire ! Serait-ce que les hommes politiques en vue penseraient qu’il n’est plus de leur niveau et de leur ambition que de postuler pour une mairie et que la seule élection qui en vaudrait la peine serait la présidence de l’état ? Leur tête et leurs chevilles auraient à ce point enflé qu’ils ne pourraient plus ambitionner, pour leur petit ego, le poste suprême ? Quand je vois ces six femmes candidates aux parcours politiques si différents qui se comportent déjà comme les hommes qu’elles souhaitent remplacer, je ne peux m’empêcher de penser que je vais, décidément, zapper la campagne parisienne des municipales même si cela s’annonce rude avec une presse qui commence déjà à me mettre sous pression pour m’intéresser à autre chose tant il est vrai que même chez moi, dans mon petit village qui sent la communauté de communes, je ne sais plus trop pour quoi, pour qui et pourquoi je vais devoir voter.