Ethique, morale et pédagogique.
Bientôt une décennie que le XX° siècle s’est achevé avec le début d’un nouveau millénaire et, comme à chaque fois dans l’histoire, le sentiment profond, sous-jacent, que quelque chose pourrait changer, que quelque chose pourrait sortir du passage à un millénaire nouveau ; ce fut vrai en l’an Mil cela fut encore perceptible à la fin de l’an deux mille.
Le XX° siècle fut un siècle contrasté comme les autres sans doute, avec une grande différence, c’est que j’ai vécu ce siècle par grand parents et parents interposés puis par moi-même et que j’ai l’impression d’être né en 1900.
Ce XX° siècle, pour ne parler que de lui, fut – le qualifier d’un mot n’est pas chose simple mais je vais, cependant, tenter de le faire, au risque de simplifier mais comment faire autrement ? En l’expliquant et argumentant, par la suite – un siècle pourrhible (contraction de pourri et d’horrible).
Ce grand corps malade, atteint d’argyrisme aigu, qu’est la société issue de cent ans d’horreurs a un passé lourd à porter et pourtant, comme si de rien n’était, il dérive encore à qui mieux mieux de bric et de broc, de tags en raps, de fric en frac, de bonnes actions en restaurants du cœur, d’actions humanitaires en désorganisation de société indigènes, de Kouchner en néo colonialisme.
Mais voyons, ensemble, l’analyse de ce XX° siècle.
1901 : les lois du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association, première étape vers la séparation des Églises et de l’État, entraîne la dissolution ou l’expulsion de centaines de congrégations religieuses et, la même année, la création du premier parti politique, le Parti Radical,
1902 : la journée de travail pour les hommes passe de 12 à 10 heures et 9 heures pour les mineurs ; mort d’Emile Zola et création par Jean Jaurès du journal l’Humanité,
1903 : Michelin, Berliet et Poulenc se développent,
1904 : la France rompt ses relations diplomatiques avec le Vatican qui refusera, plus tard de recevoir le président Emile Loubet,
1905 : les ouvriers porcelainiers de Limoges ne supportant pas leurs conditions de travail se mettent en grève. Le bilan sera de un mort, et la première mosquée est construite sur le sol »français » à St Denis de la Réunion,
1906 : 1099 mineurs périssent à la suite d’un coup de grisou. Des grèves éclatent pour protester contre les conditions de sécurité dans les mines. Le ministre de l’intérieur Georges Clemenceau envoyer la troupe, nouvelles émeutes ouvrières suivies de 32 arrestations et de l'intervention des hussards, signature de l’emprunt russe et le premier mai, grève générale pour réclamer la journée de 8 heures,
1907 : Au mois de mai des manifestations de viticulteurs dans toutes les grandes villes du Languedoc rassemblent des centaines de milliers de personnes. Le 5 mai, à Narbonne, l’armée tire sur la foule : 2 morts. Le sud-est, à son tour est touché par la vague de mécontentement et le 21 juin, 500 soldats, dont beaucoup sont les fils de viticulteurs ruinés par la crise viticole, du 17° régiment d’infanterie de ligne rejoignent les manifestants. Le Midi rouge demande des actes, le gouvernement prend des lois contre le mouillage et le sucrage du vin,
1908 : création du ministère du travail !
1909 : le plus grave tremblement de terre qu’ait vécu la France moderne frappe dans la Trévaresse et les villages de Lambesc, Vernègues, Rognes, Salon, St Cannat sont sinistrés,
1910 : Loi sur les retraites, ouvriers et paysans peuvent prendre leur retraite à 65 ans, (quand on vous dit que 2010 est une véritable avancée sociale et humaine !), grande inondation à Paris,
1911 : Le Goncourt pour Châteaubriant et JH Rosny aîné sort sa Guerre du Feu, l’huere sera celle de Greenwich au lieu de celle de Paris,
1912 : Représentation proportionnelle à la chambre des députés.
1913 : incidents franco-allemands en Lorraine.
1914 : 11 août, la France déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie.
Que ceux, chers lecteurs, qui ont eu la patience, la ténacité, la résignation même de m’accompagner pendant ces quinze premières années du siècle, se rassurent car l’énumération est terminée et je n’ai pas oublié mon idée première, celle que j’eus, ce matin, en entendant les relations radiophoniques sur les manifestations de rue d’hier.
Le siècle qui commence puisque nous finissons la première décennie ne s’annonce guère plus brillant que le précédent. Les dates ci-dessus montrent, à l’évidence, que c’est à compter de 1914 que le XX° siècle va vraiment montrer son aspect le plus féroce et le plus inhumain. Les deux guerres mondiales, la collaboration, la guerre en Indochine, puis en Algérie vont développer chez les Français un sentiment d’immédiateté et du chacun pour soi. C’est le règne de 1958 à 2000 d’une droite protégeant les privilèges de son camp au détriment de ceux qu’elle exploite, surtout si la parenthèse socialiste amputée par deux cohabitations n’a pas apporté d’amélioration sensible au sort des plus démunis, et cela prépare le durcissement de la politique qui se vautre dans un libéralisme qui piétine toute considération humaniste. La droite n’a pas de morale, elle n’a qu’un chéquier et lorsque la gauche regarde du côté du capitalisme, elle oublie la sienne. Le seul moment où la morale reprend le pas sur le libéralisme à tout crin, c’est le passage de L.Jospin comme chef du gouvernement. Des mesures sociales vitales (CMU, APA, PACS et la loi Besson Louis, pas l’Autre !)
Alors devant ces dérives où à la morale s’est susbtituée la loi du fric, les discours qui n’ont pour but que de détruire les belles utopies humanistes – et dans celles-ci n’entre pas l’ultra libéralisme ni le capitalisme – m’insupportent et leurs propagandistes me révoltent. Partout on évoque la fin des idéologies, l’absence de morale et on critique la politique, l’incompétence de la presse ; tous pourris entend-on pendant que les médias tombent sous la coupe du tout fric. A la morale se sont substituées des éthiques particulières et on ne parle plus, en haut lieu, que de moraliser le capitalisme, que de faire confiance aux banquiers, que de demander de la retenue à la grande distribution, que de faire des cadeaux aux amis avec l’argent public.
La réforme des retraites a son éthique, la casse de la santé la sienne, le traitement de l’immigration et le débat sur la nationalité sont des problèmes éthiques, l’éthique, l’éthique lave plus blanc, l’éthique légitime, l’éthique le grand mot est lâché mais la Morale enterrée.
Ainsi de l’adjectif éthique on est passé au substantif et sous son couvert on a inventé tout un ensemble de règles de conduite qui sont immorales. Une preuve parmi d’autres, la réforme des retraites dans son éthique gouvernementale est faite pour sauver le système par répartition mais elle est injuste, brutale, contre le consensus puisque pour la financer on n’a rien trouvé de mieux que de faire travailler tout le monde plus et plus longtemps alors qu’il serait plus juste, plus moral de mieux répartir les richesses. Une éthique de la réforme consisterait à trouver les règles morales qui feraient payer ceux que le système enrichit tous les jours un peu plus.
L’éthique voudrait que l’on retrouve le sens et le goût des valeurs morales : des ministres de la république qui ne mentent pas, un président digne, une justice qui ne soit pas à plusieurs vitesses, des riches qui participent à la hauteur de leur fortune à l’effort national, des responsables qui aient le courage de reconnaître leurs erreurs et qui en assument les conséquences, un cheptel politique un peu plus modeste qui accepte enfin de ne plus vivre dans des palais de l’ancien régime et qui se goinfre aux frais du contribuable, et qu’enfin on reconnaisse que tout travail mérite salaire – ce matin, à France Inter, le secrétaire d’état au budget, Mr Baroin, a justifié les 15 000 euros mensuels de certains fonctionnaires de Bercy en expliquant qu’ils avaient un travail difficile, complexe qui justifiait ces rémunérations ! Fichtre, les pauvres ! Si vous appelez cela un discours éthique alors c’est que nous n’avons pas le même dictionnaire !
Il est temps que, à l’ENA, on propose une option « le sens des mots dans la pratique quotidienne du ministre » et je propose la liste suivante à la perspicacité de ces cadors en mathématique :
Le bien, le mal, le respect de la personne, le juste, le courage, la dignité, la vérité !
Un mot par jour pendant toute la durée des études ; puisqu’il faut faire preuve de pédagogie, comme ne cesse de nous le répéter une majorité gouvernementale qui se prend pour Aristote sans considérer que nous puissions être des Alexandre, il faudra bien leur répéter ces mots aussi souvent que ce sera souhaitable pour qu’ils en connaissent le sens, c’est le B.a Ba de la pédagogie !
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