FEUILLETON : chapitre VI
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Candide écoutait depuis de longues minutes la logorrhée de la Conscience du ministre de l’agriculture, de la pêche et sa patience était soumise à rude épreuve!
« Pour conclure, je résume…
- Enfin!
« La pêche du thon rouge doit être impérativement limitée si nous ne voulons pas nous faire doubler, sur ce sujet, par le Prince Bébert…
- C’est vrai ça, les Japonais font pipi dans leur culotte à la seule idée d’être arraisonnés par la Marine Nationale de la Principauté de Monte-Carlos.
« Et, reprit Marino, après avoir humecté sa bouche desséchée par des minutes d’un discours insipide et plat avec un verre d’eau de Pourexéville dont la bouteille en plastique trônait, étiquette bien visible sous les flashs des photographes de presse, sur la table devant lui, je vous rappelle que les pêcheurs sont déjà très remontés sur le problème des algues vertes qui polluent les rivages de Bretagne, une région que nous avons perdue et que nous ne sommes pas prêts de regagner, à l’allure où vont les choses et si nous ne trouvons rien d’ici le mois de mars pour décrédibiliser son président du Conseil Régional. Je sais que nos amis Conscience des porte-paroles du gouvernement s’en occupent à leur façon, mais je les trouve, en ce moment, un peu à court d’idées, si toutefois ils en ont eues de bonnes ces derniers mois! »
Un brouhaha monta de la salle à l’attaque non voilée, chacun se demandant quel camp avait choisi la Conscience de la Mer, de la Terre, et des Cieux.
Au fond de la salle, une voix hurla:
« Si, c’est pour en arriver au même résultat que pour les algues, à savoir que notre plan de lutte contre elles coûtera 134 millions seulement pour les ramasser et les retraiter pendant quatre ans sans qu’aucune sanction ne soit prise contre les pollueurs, je me demande si on ne devrait pas laisser le Prince s’occuper des sushis! » Marino se pencha en avant pour scruter la salle et identifier le trublion; il ne fut pas surpris de voir qu’il s’agissait de Marmiton, un ami de Coupable et thuriféraire de D de Blessé.
« Je te rappelle la recommandation de François Liffion, le premier d’entre nous et qui dirige, jusqu’à nouvel ordre le gouv, nous devons rester unis, médite cela, les investitures pour les législatives ça commence maintenant! »
L’assistance commençait à somnoler. Il est bien gentil Georgi mais il n’est plus crédible, à force de vouloir tout réglementer, tout chapeauter et il parle comme s’il mettait à l’épreuve, chaque fois, ses qualités d’orateurs alors que chacun sait bien que ses discours sont écrits par Tristeno et que, si, par hasard, il s’écartait un tant soit peu du texte dactylographié, il était capable de dire le contraire de ce qu’il venait de lire, sans parler du fait qu’il pouvait lire, avec un aplomb parfait et des mimiques appropriées, une sentence qui démentait une décision qu’il avait prise quelques jours avant : l’exemple des diplômes et du mérite dans le discours, mis en face de la tentative de nommer le Prince Jeannot à une haute fonction, n’était qu’une des nombreuses preuves, s’il en était besoin, de l’écart entre le discours et l’acte.
De plus, ce pauvre Georgi avait le plus grand mal d’essayer de recentrer le débat, il semblait ignorer que les Conscience étaient toutes mobilisées sur les petites phrases et les dérapages des uns et des autres et l’amalgame allait bon train, le racisme bon dos, l’antisémitisme de mode et la connerie irréfutable.
Candide en avait assez entendu pour aujourd’hui, c’était tous les jours la même histoire, et il pensa sérieusement à aller cultiver son jardin. Les Conscience des humains, et particulièrement de ceux qu’il connaissait bien pour les fréquenter depuis plus d’un demi siècle, il les comprenait de moins en moins, il se demandait si, un jour, cela changerait, il avait plutôt l’impression que les instincts malveillants, intéressés, immoraux, amoraux prenaient de plus en plus le pas sur les bons sentiments au sens noble du terme, si bien que le jugement secret de l’âme passait bien après l’intérêt immédiat et la satisfaction du surmoi.
Georgi, depuis qu’il était devenu la Conscience du Président de la République, poussait celui-ci à des contorsions qui ne lui seraient même pas venues à l’idée du temps où il était la Conscience du Général Troigaol. Il disait, à l’instant, que comme BMW, la Conscience du sous secrétaire d’Etat Chris Exchampion, « il pensait que l’intervention du Président qui va tout chercher avec les dents et son intransigeance conduirait les Japonais à stopper leur pêche comme le patron de Renault avait décidé de fabriquer la Clio en France et celui de Total de ne pas fermer l’usine de raffinerie en Bretagne ».
Schizophrène! Il conseille de ne pas faire de l’appel du jugement de l’affaire Clearsteam une affaire personnelle et il pousse son collègue à souffler au procureur de lancer la contre-offensive, il fait enfoncer le clou à Davos en soufflant au Président son refrain préféré sur la mise au pas des pouvoirs de l’argent-roi mais conseille, jour après jour, au même de ne pas supprimer le bouclier fiscal, de continuer à défendre les niches fiscales, de justifier les salaires indécents avec, pour tout argument de menacer la blonde Fossy de la fessée, car qui ignore que le patron de la blonde journaliste n’est autre que l’ami du Président?
Et puis, pour finir, aujourd’hui, on apprend que le dernier argument qui tue n’est plus un secret pour personne: D de Blessé n’est pas un danger car il n’a pas d’argent donc aucune chance d’être un candidat dangereux pour l’élection présidentielle de la République ( vous avez dit République?) Française.
A suivre.