La fin justifie t-elle les moyens ?
La question que pose cet aphorisme que l’on prête, à tort, à Machiavel (je sais que c’est très contesté, comme toutes les interprétations de la pensée d’un auteur disparu) me semble convenir, en ce moment, à de nombreuses attitudes et comportements et, même s’ils ne sont pas toujours le fait du « Prince », s’appliquer à ceux qui font l’actualité depuis quelques semaines.
J’ai souhaité soumettre à votre perspicacité ces quelques exemples tirés de la récente actualité, et quelques réactions entendues ça et là sur les ondes (France Inter et France Culture).
- L’élimination, le lynchage après un soutien sans faille, de l’entraîneur de l’équipe de France de foot ball justifie t-elle la grève des joueurs en pleine compétition alors même que l’on savait que son successeur était déjà nommé ?
- Les souhaits de supporteurs chauvins mais surtout les intérêts financiers justifiaient-ils la tricherie du footballeur Henry, et avant lui celle de Maradonna et tous les jours celles de nombreux « sportifs » alors même que le sport devrait être l’école du fair play et de la joie de participer ?
- La dénonciation des manigances d’un ministre-trésorier justifie t-elle l’acharnement qu’a mis le pouvoir pour les cacher alors même que cette double casquette qui est une pratique courante est tout simplement un déni de justice et une atteinte à l’honnêteté ?
Machiavel écrivait qu’ « un esprit sage ne condamnera jamais quelqu'un pour avoir usé d'un moyen hors des règles ordinaires pour [régler une monarchie] ou fonder une république. Ce qui est à désirer, c'est que si le fait l'accuse, le résultat l'excuse ; si le résultat est bon, il est acquitté » ! Pour le pouvoir le résultat devait être bon et il n’eut de cesse que d’excuser son serviteur mais pour beaucoup d’entre nous, il s’avère que nous ne trouvons pas le résultat bon et qu’il n’y a aucune raison que nous acquittions le serviteur de l’Etat qui doit le servir et pas s’en servir.
Machiavel, que nos élites devraient lire ou relire, dit encore « que l’opinion du petit nombre de gens qui entourent le prince n’est rien au prix de l’opinion de la foule, qui juge le prince sur les apparences et sa politique sur les résultats » et ajoute que « que les chefs politiques ne doivent songer ni au salut de leur âme ni à leurs jouissances ou à leur grandeur propre, mais au salut, à la prospérité à la grandeur de la collectivité dont ils ont la charge. »
Nous en sommes loin, nous n’en avons, peut-être, jamais été aussi loin. La fin, pour Machiavel, est toujours le « bien commun », l’intérêt du peuple, ne serait-ce que parce que l’intérêt du peuple et celui du prince sont étroitement liés, et que, pour Machiavel, la pire faute que puisse commettre le prince est de se mettre son peuple à dos.
J’ai entendu des journalistes, sur une des deux radios citées plus haut, dire, à propos de l’affaire Bettencourt-Woerth et Cie, qu’en république il n’était pas bon de dire toute la vérité et que traquer, à tout prix, la transparence était dangereux et pouvait conduire au populisme c’est-à-dire, ajoutèrent-ils, favoriser la montée du Front National et les progrès dans les sondages de Marine Le Pen !
J’observe que « populisme » a pris une connotation péjorative très loin de la définition du Larousse Illustré qui en donne quatre définitions nobles, même si la première a ses propres limites. (Pour info, il s’agit d’un néologisme).
- Les combats contre l’exclusion, la xénophobie justifient-ils que l’on brandisse, à tout bout de champ, le danger que représente le FN alors même que l’on organise nationalement un débat sur l’identité nationale qui l’exacerbe ?
- La proximité, plus en France qu’ailleurs, des journalistes avec les hommes politiques justifie t-elle que la règle soit, pour l’un ou l’autre, de mettre en suspens leur activité même si on s’est habitué, depuis quelques années, de voir les journalistes se recycler dans la politique, usant de leur carnet d’adresses ?
Ne serait-il pas plus simple d’élire des candidats que nous connaissons bien et cesser de nous moquer des Etas-Unis qui présentent leur famille lorsqu’ils sont candidats à des postes de responsabilité nationale ? Ne serait-il pas plus simple, aussi, de ne pas réélire des hommes ayant été condamnés pour des faits délictueux ayant justement trait à leur fonction ?
- Le port du voile par quelques centaines de femmes justifie t-il qu’une loi soit votée par le Parlement alors même que, de leur propre aveu, certains qui l’ont votée doutent de son application et que certains de ceux qui l’ont préparée savent qu’elle risque d’être anticonstitutionnelle ?
Ce quinquennat semble faire facilement fi de la Constitution ou bien, ce qui n’est guère plus rassurant, les lois sont-elles préparées en dépit du bon sens !
- La « libération » des femmes d’Afghanistan, et le modèle de démocratie occidentale qu’on veut y installer justifient-ils que l’on fasse une guerre aussi meurtrière alors même que ce sont les civils qui meurent sous les bavures collatérales et que nous savons que vouloir faire de ce pays tribal une démocratie à l’occidentale est illusoire ?
Des soldats français ont été tués parce que, remplaçant des soldats italiens, ils n’auraient pas été avertis qu’ « on » rétribuait des chefs de guerre et que nous n’aurions pas continué ces pratiques.
- La tranquillité d’une armée occupante justifie t-elle que l’on corrompe ceux-là même que nous devons combattre alors même que tout le monde sait que tôt ou tard nous devrons discuter et trouver un accord entre eux et nous ?
Les sujets de réflexion sont pléiade aussi je vous propose de nous réunir un de ces jours chez moi pour en discuter. Reste à trouver la date !