Les poupées russes de la démocratie française.
L’affaire Bettencourt-Woerth a permis, entre autres choses, de dévoiler des pratiques qui, si elles sont légales, n’en sont pas moins amorales.
On découvre que les pratiques des politiques, si elles n’enrichissent pas directement ceux qui sont en les chevilles ouvrières, permettent de tourner la loi. IL s’agit de la création de micro partis qui prolifèrent dans la mouvance de droite, celle qui est au pouvoir. En effet, tout citoyen a la possibilité de créer son parti, son club, son association loi 1901 ; il lui suffit de déposer les statuts à la préfecture et de respecter la loi. Rien à redire à tout cela jusqu’en 2003, année où le parlement vota la loi sur le financement des partis politiques qui devait assainir l’exercice démocratique de l’élection au suffrage universel ; les excès des financements des campagnes conduisirent les élus eux-mêmes à légiférer tellement il était devenu criant que les financeurs attendaient, en retour, des avantages et des privilèges illégaux, et que l’on qualifiait d’ascenseur. Fausses factures et autres joyeusetés détournaient l’argent public vers des financements occultes et des pratiques inégales puisque avantageuses pour les tenants du pouvoir local ou national et pour ceux qui avaient les moyens d’influer sur le cours des choses. La loi devait permettre d’imposer des limites pour que les compétitions électorales fussent plus équilibrées. Il ne fallut pas longtemps au corps d’élite qui nous gouverne pour trouver la parade à ces freins à la concurrence déloyale : ce fut l’invention des micro partis et l’on passa de 28 partis recensés en 1998 à 283 en 2009 !
La loi permet, à chaque citoyen qui le souhaite et surtout qui le peut, une somme de 7500 euros aux partis de son choix. Pour nos riches contribuables qui ont tous intérêt à ce que nos gouvernants les choient, cela s’avérait insuffisant à la vue des « services » qu’ils étaient « en droit » d’attendre d’élus reconnaissants qui avaient profité de la manne. Car ce que n’avait pas prévu la loi, c’est que tout un chacun pouvait créer son micro parti, son club, son machin ce qui pouvait conduire, ce qui conduit même, certains contribuables riches et avisés à pouvoir verser 7500 euros à autant de micro partis, de clubs, de machins qu’ils le souhaitent ; à ces derniers, ensuite, pour négocier un maroquin, à reverser la somme qu’il juge digne de leur rapporter le gros lot, au parti mère. C’est ainsi que l’on a vu fleurir, à droite, une kyrielle de ces ovnis bien utiles aux campagnes électorales : et l’on apprend aujourd’hui que le secrétaire d’état au chômage Laurent Wauquiez vient de rejoindre, dans cet exercice lucratif, François Fillon, Christian Estrosi, Michèle Alliot-Marie, Nicolas Dupont-Aignant, Patrick Balkany, Jean-François Copé, sans oublier Mr Woerth et sans garantir qu’il n’en existe pas d’autres qui auraient échappé à la perspicacité de l’Express. Tous à droite ? Vous avez dit tous à droite ? Qu’y puis-je ? A si, il y eut, jusqu’en 2008 « Désirs d’avenir » de Mme Royal mais c’est fini depuis cette date.
On comprend mieux la prolifération de ces nouvelles officines et beaucoup moins le fait que cela ne semble pas émouvoir beaucoup la presse télévisuelle et les journalistes qui interviewent notre Président.
Alors et après, me direz-vous, cela empêchera t-il l’entourage des plus grandes fortunes de France d’alimenter en espèces sonnantes et trébuchantes qui ont la réputation tenace et fondée de ne pas avoir d’odeur, les partis de leur choix ? Et, non ! Vive la France.