La justice face aux affaires...
Que révèlent ces affaires qui interpellent les citoyens qui s’intéressent à l’avenir de la société française au même titre qu’à l’avenir écologique ? Que révèlent ces affaires sur l’état de la société française ? Que révèlent ces affaires sur la qualité du vivre ensemble et la préservation de l’intérêt général ?
Il est de bon ton dans certains cercles d’initiés de dire, que dis-je, de proclamer que de mettre sur la place publique ces affaires que l’on voudrait garder secrètes, c’est une façon, pour l’opposition, de disqualifier un ministre chargé de la réforme des retraites (la retraite des réformes dixit Mr Estrosi sur France Inter, lapsus révélateur sur les sentiments de ceux qui en sont, pourtant, et en tous cas devant l’opinion, les thuriféraires), et de prétendre que les Français ont d’autres préoccupations plus sérieuses (comme si nos gouvernants légitimaient leur implication sur ces soi-disant sujets plus importants que sont, sans doute, le chômage, la crise…en leur apportant un début de réponse satisfaisant), et d’être incommodé par le fait même de l’évoquer, or ces affaires montrent, s’il en est besoin, l’état de déliquescence de la justice dans notre pays.
Or, les affaires Bettencourt et cie sont, pour la république, un poulpe qui n’a pas fini de lancer ses tentacules et le spectacle des poupées russes auquel on assiste et qui met en évidence l’imbrication dangereuse de l’argent et de la politique laisse à penser qu’il ne faut pas de la rigueur que dans les comptes de la nation, là où se distinguent nos gouvernants pour peu que cela ne leur coûte pas leurs privilèges, mais qu’il en faut dans les comportements et dans tous les actes de la vie.
Les trois affaires, qui ne sont pas de petits délits et relèvent d’un tribunal pénal, ont été dévoilées par un enchaînement de faits qui prend son origine dans la plainte de Mme Bettencourt-Meyers pour dénoncer et se faire rendre justice dans l’abus de faiblesse dont est victime, d’après elle, sa mère Liliane.
Les conséquences d’une médiatisation de la plainte furent, en premier lieu, la mise en cause, par les leaders du parti socialiste relayant les journalistes de Médiapart, de Marianne et de l’Express, d’un ministre de la république soupçonné d’avoir fait bénéficier l’héritière de l’Oréal d’un bouclier fiscal très spécial¹ alors qu’il était ministre du budget.
Le pouvoir a mis tout le poids de l’Etat pour le défendre d’avoir enfreint la loi et la morale et pour le dédouaner d’un possible conflit d’intérêt dû à l’activité de son épouse qui gère, au sein d’une structure où elle aurait été engagée grâce à son intervention, une des premières fortunes de France.
Deuxième affaire pénale, qui pourrait découler directement de la première, le peu d’empressement qu’aurait mis le ministre à contrôler des agissements que l’on qualifiera, pour le moment, de pas très catholiques quoique cette expression soit devenue depuis peu dangereuse pour celui qui l’utilise, et qui pourrait s’apparenter à un blanchiment de fraude fiscale.
La troisième affaire qui relève, elle aussi, du pénal vient de surgir ces toutes dernières heures. On découvre, d’après certaines déclarations, non démenties même si on a voulu nous faire croire le contraire, et certains recoupements de documents et carnets saisis par la justice, que des femmes et des hommes au pouvoir ont créé, comme une génération spontanée, des micro partis légaux au demeurant mais qui serviraient, en fait, à détourner la loi sur le financement des campagnes électorales.
Ces trois affaires deviennent, pas la force des choses, même si on essaie de les minimiser en disant qu’il n’y a pas d’affaire Woerth, en faisant monter au front les vieilles gloires de gauche et de droite solidaires, en démissionnant le ministre de son poste de trésorier de l’UMP ( ce qui est paradoxal car si tout respire l’honnêteté et le bon droit, pourquoi ne pas continuer comme avant ?) et en demandant à l’épouse d’i celui de démissionner de son travail de gestionnaire de la fortune de Mme Bettencourt, une affaire d’état !
Pourquoi ? Parce qu’elles mettent en cause des piliers fondamentaux de la république : l’honnêteté de son personnel politique, le respect de la loi, l’indépendance de la justice, rien que cela ? Non pas ! Cela remet aussi en cause l’un des trois mots qui ornent les frontons des édifices publics et qui sont les symboles de la république : l’égalité.
Egalité devant la loi et devant la justice. (En Grande-Bretagne, dont on se moque, se gausse allègrement, un ministre démissionne de son poste pour bien moins que cela).
Mais, après tout, si le Président de la république, son premier ministre qui n’en sont pas à un déni près, pensent que le ministre du travail est légitime pour conduire la réforme des retraites, qu’ils en assument les conséquences devant les citoyens de ce pays, mais moi, je voudrais parler de la façon dont est rendue la justice dans notre pays et de la future loi qui supprimera le juge d’instruction.
La suppression du juge d’instruction est inadmissible car elle laisse au seul procureur la maîtrise de l’enquête. A ce sujet, une pétition qui a déjà recueilli plus de 22000 signatures est consultable sur le site Médiapart. Le procureur de la république pourra avoir recours à des enquêtes préliminaires qu’il sera le seul à mener et il décidera s’il doit ou pas donner suite. Il pourra donc, la loi actuelle lui en donne le pouvoir, stopper toute affaire gênante pour le pouvoir qui l’a nommé (Mme Dati ex-garde des sceaux n’a-t-elle pas affirmé, haut et fort, qu’elle était le chef du Parquet). Il faut donc, si la loi passe, que le statut du procureur change mais le plus simple c’est de laisser le juge d’instruction instruire à charge et à décharge en toute liberté. Les hommes ne sont pas tous incorruptibles, honnêtes ou désintéressés, peu importe, si la loi bien faite encadre rigoureusement leurs pratiques.
Par conséquent, si la loi sur le financement des campagnes électorales est mal faite, il faut la changer ! Je pense que des lois prises dans la précipitation, dans l’intérêt d’un groupe de pression, sans concertation, en se moquant de leur constitutionnalité, ou légèrement permettant ainsi de les détourner, fonctionnent comme un leurre : « braves gens, dormez en paix, on s’occupe de tout, tout va bien Mme la Marquise ! Les avocats feront le reste, c’est-à-dire qu’ils pourront, pour leurs clients fortunés, les faire bénéficier de paradis aux Seychelles ou de paradis fiscaux.
Les magistrats sont mobilisés contre cette loi, les citoyens doivent prendre conscience de sa dangerosité.