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La place Tahrir, agora ou nécropole ?

23 Novembre 2011 , Rédigé par C

Qu'observe t-on, après quatre jours et trente morts, au Caire ? Le retour des  révoltés de la place Tahrir. Ils scandaient, ce soir, "allez-vous en " à des militaires qui n'ont rien compris au mouvement de janvier dernier. Empêtrés dans leurs certitudes depuis leur victoire derrière Nasser en 1954, ils se sont imaginé que la révolte s'adressait à Moubarak et à son premier cercle et qu'ils pourraient, comme la fois précédente, cueillir le fruit mûr. Ils ont cru que les révoltés l'étaient par le scandale de la corruption à tous les échelons mais la colère était plus profonde et le sentiment de révolte plus noble puisqu'il s'adressait à l'une des exigences les plus hautes de la vie, c'est-à-dire la liberté. Liberté de travailler, de se nourrir, de se vêtir, de s'exprimer…

Contrairement à la Tunisie, l'armée n'a pas envisagé que le régime pouvait être remis en cause et que la priorité était la transition. L'ancien régime n'a jamais  été sur la sellette, mieux, l'armée a laissé brûler des églises coptes, a réprimé les manifestations de colère rentrée et sporadique pour bien montrer qu'elle était le garant des libertés et de la stabilité, elle a mis aux commandes provisoires de l'état, un cacique de Moubarak.

Les élus provisoires, reconnaissants, ont montré leur allégeance aux militaires  en sortant à la veille des élections le document Selmi proposé par le vice-Premier ministre imposant la primauté de la décision des militaires sur le pouvoir du futur parlement et la prépondérance  des intérêts de l'armée sur les libertés publiques.

C'est une façon assez singulière de préparer des élections qui devaient conduire les civils à reprendre le pouvoir aux militaires qui, selon leurs dires, le leur cédait. Autrement dit cela signifiait, que les élections une fois passées, l'armée aurait la primauté sur la volonté du peuple et, entérinait la négation de l'article 4 de la nouvelle constitution.

Les élections, qui devaient se dérouler bientôt, n'auraient pas dû faire peur à une armée qui détient les leviers de commande, au regard de l'exemple du puissant voisin iranien qui montre bien que les élections successives n'ont jamais remis en cause la république islamique qui s'appuie sur le Coran, bien plus prégnant, pour la majorité des musulmans que toute autre considération. L'article 2 de la nouvelle Constitution de la République arabe d'Égypte publiée le 23 mars 2011 ne précise t-il pas que " l'Islam est la religion de l'état" et que " les principes de la charia islamique représentent la source principale de la législation" ? N'est-il pas en opposition directe avec l'affirmation de l'article 4 " Seul le peuple possède la souveraineté. Il est la source des autorités et exerce cette souveraineté, la protège et préserve l'unité nationale" ?

Le peuple a envahi, une nouvelle fois la place Tahrir, symbole de la révolte, et 26 morts après, le gouvernement a démissionné. Les Frères Musulmans, en embuscade, se sont désolidarisés des révoltés de la place Tahrir "pour ne pas qu'il y ait un bain de sang" ! Ils s'étaient tenus à l'écart des premières manifestations en janvier, ils se cachent, aujourd'hui, en attendant que la situation pourrisse, pour tirer les marrons du feu.  L'armée qui ne vit que par les subsides américains doit impérativement empêcher les extrémistes musulmans d'arriver au pouvoir par les urnes or le parti des Frères musulmans est le seul qui est structuré, qui fait campagne et qui attend son heure qui ne saurait tarder.

L'armée et les extrémistes islamistes sont face à face et qui peut dire que les révoltés de la place Tahrir ne sont pas manipulés par ceux qui ont tout intérêt que les élections n'aient pas lieu dans la mesure où la menace est que les extrémistes, qui en sortiront vainqueurs,  remettent en cause les accords de paix avec Israël ?

 

 

Les Cairotes et les Égyptiens en général  sont, encore une fois, les victimes de règlements de comptes qui ne règlent pas les problèmes que sont la pauvreté, le chômage, la famine (cf les émeutes de la faim en 2008) sacrifiés au bénéfice de l'idéologie religieuse et géopolitique avec le conflit israélo-palestinien en filigrane.  

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