Le candidat assumé et le candidat déguisé.
La campagne électorale est ouverte ! Même s’il n’y a, pour l’instant, qu’un candidat certain qui ne se soit pas encore déclaré mais dont plus personne ne doute qu’il sera là dès qu’il l’aura décidé. Personne n’est dupe sur l’argument qui consiste à se prétendre le président pour encore trois mois et dont l’objet est de se cacher derrière cette facilité pour avoir, à sa guise, toutes les ressources de la fonction pour faire sa campagne électorale.
C’est la télévision qui a mis en scène le candidat assumé et le candidat déguisé, l’officiel et l’implicite, le convenu et le tacite. Le grand show télévisuel n’a pas fait beaucoup avancer le débat même si M.Juppé était commandité pour faire chuter M.Hollande et si les journalistes étaient mandatés pour faire briller M.Sarkozy.
Ce qui frappait dans le débat à distance était le comportement, les attitudes de l’un et de l’autre.
Chez M.Hollande on sentait bien la tranquille assurance de celui qui revient de loin et qui l’a déjà oublié. Qui aurait parié, après qu’il eut quitté son poste de secrétaire du PS, qu’il avait encore un rôle politique majeur à jouer ? Se voulant le candidat normal, il devait, à tout prix, effacer cette image de candidat mou, peu attiré par les conflits, le roi de la synthèse. Pour se faire il nous a asséné des généralités, toujours les mêmes, sur l’école, la recherche, l’excellence et sans vision précise du monde en crise au point de baser toute sa stratégie sur une croissance dont la seule certitude est qu’elle serait moitié moins que celle invoquée par son concurrent. Eloigné des responsabilités, n’ayant pas de bilan à défendre, puisque n’ayant participé à aucun gouvernement sous la présidence Mitterrand, il surfait sur la vague de la confiance retrouvée après son voyage en Allemagne où on allait voir ce qu’on allait voir et la renégociation du dernier accord européen !
Chez M.Sarkozy on a senti, en revanche, le poids du bilan sur des épaules étroites qui avaient encore rétrécies après les fausses vraies confidences « off » et on a bien compris que les erreurs qu’il reconnaissait étaient des regrets de pure forme et pas les discours de Grenoble, le débat sur la nationalité, le creusement exponentiel de la dette…Souhaitant nous montrer l’image d’un président aux affaires, qui n’a pas le temps ni l’envie de perdre du temps dans une campagne électorale quand la France, le Monde espère en lui comme le sauveur, qu’il méprisait cette politique du « caniveau » que certains de ses comportements ont contribué à créer, il en a oublié l’essentiel, c’est de comprendre le désarroi des Français qui le quittent pour aller chez Mme Le Pen et d’avoir le courage, lui qui en fait son étendard, de ne pas sortir, en prime à son lamentable septennat, des mesures qui ne sont que des effets d’annonce sans colonne vertébrale et qui n’ont que très peu de chance d’être appliquées.
Voilà une campagne qui débute mal. Nous ne voulons pas entendre la vérité de chacun –dont ils se prévalent tant ils s’imaginent que ce sont eux seuls qui la détiennent – nous préférons l’authenticité, le franc-parler d’un Mélenchon, d’une Joly ! Il est assez déprimant, tout au long des débats, de voir les uns et les autres, être obligés de revenir, sans cesse, sur leurs déclarations. L’exemple le plus frappant est l’utilisation partisane de tous les chiffres : évaluations fantaisistes des projets, de mesures, de croissance, débat sur les pourcentages, le coût du travail, l’origine de la dette, la part de la crise, l’utilisation des moyennes qui embrouillent tout le monde, les définitions subjectives sur les couches moyennes dont personne ne sait ce qu’elles recouvrent pas plus d’ailleurs que les « pauvres » les « riches » les « travailleurs pauvres » sans définir ce qu'est "faire des économies"…
On n’arrivera pas à un débat utile si on continue à ne pas parler des mêmes choses en faisant croire qu’on sait de quoi on parle. Certains ministres sont passés maître dans l’art du maquillage et ce n’est pas pour nous rassurer.