Les printemps des peuples...
L’Histoire est têtue ; elle aime se dupliquer, s’imiter, se plagier.
On parle, depuis quelques semaines, du printemps des peuples du Maghreb et on peut penser que cela va s’étendre à la péninsule arabique et à l’Iran.
Mais ce printemps ressemble, à s’y méprendre, au printemps des peuples de 1848 où l’Europe fut secouée par des révolutions de la liberté.
C’est en février que la France donne le signal de la révolte. Après les manifestations populaires sur les places de la Concorde et de la Madeleine, les barricades s’érigent et la Garde Républicaine prend le parti des émeutiers et après des combats de rues qui firent des victimes, Louis Philippe abdique mais les émeutiers prennent les Tuileries, envahissent la Chambre et nomment un gouvernement provisoire. Fin du premier acte par la proclamation de la république et l’institution du suffrage universel.
Le peuple qui aspire à la démocratie a pris en mains son destin.
C’est en mars que l’Italie entre en rébellion ; dans les petits Etats, à Venise, au Piémont, à Milan et dans les Etats du Pape la haine de la bureaucratie, des censures, des tyrannies politiques, de l’occupant autrichien débouchent sur la proclamation de la République romaine et la fuite du pape Pie IX ; là encore les rassemblements populaires ont eu raison des oppresseurs.
L’Allemagne, dès mars entre en effervescence et les libéraux obtiennent l’installation à Francfort d’une assemblée nationale élue au suffrage universel.
La puissance autrichienne vacille et sous la pression populaire, le 1’ mars, l’empereur accorde une constitution, un parlement et aboli le régime féodal ; tout l’empire est secoué de convulsions en Bohême, Moravie, Hongrie, Croatie…
Ces révolutions ont éclaté au cœur d’une crise économique et sociale entraînant une crise agricole. Même si ces révolutions ont été, malheureusement matées, il reste que le mouvement ouvrier s’est renforcé, que la nécessité d’une presse libre et de droits politiques plus étendus sont entrés dans les nouvelles mœurs politiques et que rien ne sera plus pareil.
Ce long rappel historique pour dire que ce qui se passe dans le Maghreb y ressemble beaucoup. D’abord parce que se sont les jeunes qui descendent dans la rue et forcent, pacifiquement, les dictateurs usés à partir ; ensuite parce que ce ne sont pas des révoltes de la faim mais bien des revendications politiques.
Les révolutions de 48 ont fait émerger des hommes nouveaux : Napoléon III, Cavour, Bismarck et certainement que celles de 2011 vont permettre à une nouvelle génération de femmes et d’hommes de se distinguer en inventant une nouvelle gouvernance. Cela dit, j’avoue ne pas voir ce que peut être l’avenir de ces pays, seulement souhaiter que ce ne soit pas pire qu’avant.
Les mouvements de foules entre la Libye et la Tunisie et entre la Tunisie et l'Europe sont, de ce point de vue, inquiétantes, préoccupantes. L'Europe peut-elle accompagner ces révolutions alors qu'elle se débat, elle même dans une crise profonde? Inch Allah!