Primaires : le peuple de gauche a manqué le coche.
Le peuple de gauche, pour de mauvaises raisons ne s'est pas déplacé pour aller voter - le nombre de votants semble satisfaire tout le monde, et bien pas moi - et n'a pas propulsé Mr Montebourg au deuxième tour. Je me suis trompé, je le regrette pour l'avenir.
Les vrais leçons de ce tour de chauffe sont, à mon sens, les suivantes. Après les pronostics de samedi qui n'étaient que des fantasmes, mes chimères voire mes extravagances, il faut bien passer sous les Fourches Caudines de mes lectrices et lecteurs. Mais ambition et amour-propre doux à mon cœur, ce qui prime c'est l'exercice auquel je vais me livrer et qui n'est humiliant en rien puisqu'il s'agit de réfléchir sur mon ressenti avant de regarder ce qui nous attend.
Le parti socialiste est dans une spirale gagnante. Le sénat, les régions, les premières primaires citoyennes et démocratiques, l'effacement de la droite décimée par les affaires, prête à faire ses valises et, pour une fois, vides de billets, pleines de rancœur et au bord des larmes, montrent bien que les socialistes sont sur courbe ascendante. Mais le plus difficile reste à faire.
Avec 400 000 voix, Mr Montebourg fait la preuve que ses idées, son discours ont généreusement dépassé le simple assentiment à une certaine idée de la politique mais ont secoué les idées toutes faites et montré que la gauche innovante et courageuse pouvait grandir jusqu'à devenir, bientôt, majoritaire. Mr Montebourg ne sera donc pas au deuxième tour des primaires mais sa performance balise l'avenir, le préfigure comme Cézanne préfigura le cubisme qui mit plusieurs années pour donner son premier chef d’œuvre.
En attendant, peut-il être une force d'appoint ? C'est ici que la politique prend et perd tout son sens !
Comment accepter, sinon à se comporter comme ceux qu'on réprouve, que Mr Montebourg puisse négocier son soutien et demander à ces 400 000 voix de se reporter sur l'un ou l'autre des deux candidats qui restent en course, sans se renier ? Le peut-il avec Mr Hollande envers lequel il n'a jamais montré grand respect et qui est aussi éloigné de ses idées que peut l'être Mr Valls ? Le peut-il avec Mme Aubry qui a tout fait pour le discréditer lorsqu'il enquêta sur la fédération PS des Bouches du Rhône et qui vient d'avoir le soutien médiatisé de DSK ? Le peut-il sans décevoir ceux qui pensaient qu'une autre façon de faire de la politique est possible ?
"Laisser les clés du camion", expression favorite des commentateurs rubystiques en ces temps de coupe du monde, à Mr Hollande ou à Mme Aubry ne me fait pas rêver. Rien dans leurs attitudes ni dans leur programme ne provoque l'enthousiasme, n'enflamme, n'électrise...Battre la droite et son représentant, quel qu'il soit, ne suffit pas ! Mettre les banques sous tutelle, supprimer le cumul des mandats, promouvoir les jeunes générations d'élus qui ont au moins autant de compétence, l'expérience n'étant qu'un écran de fumée pour se dispenser de travailler. Que vaut l'expérience de tous ceux qui ont failli, se sont trompés, n'ont rien trouvé de mieux que de répéter à l'envie les vieilles recettes ou se sont retranchés derrière l'image d’Épinal de l'éléphant meneur de courants, dirigeant de grosses fédérations, membre du bureau national indécrottable champion du parachutage ?
Dans ces primaires, j'ai entendu des sondeurs, ce matin, dire que les jeunes ne s'étaient pas déplacés pour voter. Mais que pouvaient-ils trouver d'enthousiasmant dans les débats figés télévisés ? Le score de Mr Montebourg ne tient-il pas au fait qu'apparaissant pour le monsieur propre du parti, il est le seul à aller parler aux gens sans fard, avec franchise, sans arrière-pensée ?
Me relisant, je m'aperçois que j'ai évité les fourches caudines et que mieux, j'en rajoute !
Ne pas pleurer sur la défaite de Mme Royal, ne pas s'attarder au petit score de Mr Valls qui n'était qu'un ersatz de Mr Hollande, faire confiance à l'intelligence de Mr Montebourg et ne pas trop espérer d'un mandat de l'une ou l'autre, au risque d'être fort déçu mais, tout faire pour chasser la droite des commandes de la république.