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Procès Chirac, un entraînement pour Karachi; procès fictifs...

9 Mars 2011 , Rédigé par C

L’actualité prend tant de place dans notre quotidien qu’elle masque l’important et que on ne sait plus ce qui vaut la peine d’être relevé, débattu, analysé.

Les débats judicieusement choisis ne sont-ils pas un écran de fumée qui cache l’essentiel?

 

Un procès n’en cache t-il pas un autre?

 

Les élections cantonales, les révolutions des pays arabes, le procès de J.Chirac, le sondage qui met Mme Le Pen en tête des intentions de vote pour la prochaine présidentielle, la dernière saillie ou boutade du Président Sarkozy qui, dans son franc parler oublie qui il est et ce qu’il représente, la rotation des centres d’intérêts qui reviennent sur le devant de la scène quand un sujet est épuisé, sont autant de centre d’intérêts provisoires, temporaires qui occupent la sphère médiatique qui nous entraîne, avec elle, derrière elle.

 

Hier, j’ai choisi de parler des élections cantonales parce qu’elles sont peu évoquées dans l’actualité et que l’on y préfère les cancans propres à faire vendre du papier. Les directeurs de journaux sont de plus en plus présents dans les shows politiques de la télévision et la place qui est faite, dans ces émissions en prime time, ne laisse pas la place à des discours élaborés, des analyses constructives; non, l’heure est à la phrase qui percute, au bon mot et au souci d’être invité le plus souvent possible. Certaines prestations sont pitoyables et sont représentatives, à mon sens, du marasme, de l’infantilisation dans lesquels s’enfonce le débat.

 

 

Aujourd’hui est une journée printanière et l’envie est plus d’aller se promener au soleil que de polémiquer sur un de ces sujets mais ne me suis-je pas imposé de la faire le plus souvent possible? Unideeparjour mériterait-il son libellé si je n’écrivais

que lorsque cela me chante?

 

 

Prenons le procès de l’ancien maire de Paris, J.Chirac. Car c’est bien le maire qui devrait comparaître devant le tribunal et pas le Président du RPR ni celui de la France car il fut, successivement, tout cela et c’est bien là le problème. L’histoire n’est pas si ancienne qu’on ne s’en souvienne. Chirac, maire de Paris aurait embauché ou fait embaucher par la mairie de Paris des citoyens qui auraient, dans les faits, travaillé pour le RPR, parti dont il était le président.

Sa mise en examen stipule que dans le cas de la mairie de Paris, il pourrait s’agir de « détournements de biens sociaux et abus de confiance » et dans le cas de Nanterre il s’agirait de « prise légale d’intérêts ».

Des collaborateurs ont déjà été jugés et condamnés, en particulier « le meilleur d’entre eux » Juppé qui a été condamné à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité(mais on sait que ce genre de condamnation en France n’entrave en rien une carrière politique, au contraire puisque deux ministres d’état de ce gouvernement ont été condamnés par la justice).

 

 

Le cas Chirac est symptomatique. En 1998, une plainte est déposée qui abouti à une convocation du juge à laquelle Chirac ne se rend pas, protégé par son statut de Président de la République depuis 1995!

Sa réélection en 2002 prolonge l’immunité pour cinq ans de plus et l’imperturbable Chirac suit sa voie « royale ».

Le conseil municipal de la mairie de Paris accepte une médiation entre Chirac et elle se fait rembourser les sommes qui représentent la spoliation pendant plusieurs années des emplois fictifs, justifiant ainsi que des empois fictifs ont bien existés.

 

L'article 61-1 inséré dans la Constitution par la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 et ses modalités de mise en œuvre permet, aujourd’hui, de renvoyer le procès au motif que la date des faits très éloignée de la date du procès rend icelui caduque car il peut y avoir prescription! Et demain? Combien d'affaires ne vont-elles pas s-engager dans la brèche?

Le renvoi du procès, probablement en juin ou juillet, fait monter au créneau les avocats de Chirac qui estiment qu’on ne pourra pas faire ce procès pendant la campagne électorale; ben voyons!

 

Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour comprendre à quoi mènent toutes ces tractations, toutes ces manipulations.

 

Le procès n’aura jamais lieu et la république ne s’en portera pas plus mal eu égard au fait qu’elle ne peut être plus malade, plus atteinte dans sa dignité, dans son honneur.

 

Qu’un président de la république française soit si au-dessus des lois donne et continuera de donner des idées à ces successeurs. Inutile d’aller chercher La Fontaine et ses animaux malades de la peste, puisque la peste est dans nos murs.

 

Et je n’ai pas parlé de l’état de santé de l’ancien président, cela me rappelle trop Pinochet s’envolant d’Angleterre en civière, Papon qui est trop vieux pour être jugé et tout ce sentimentalisme mièvre me consterne.

 

Et ce n’est pas fini, il y a encore, dans la trousse à outils des avocats pour repousser le procès, une large palette de techniques éprouvées. L’une d’entre elles est de nous dire que Chirac est, finalement, celui qui est le plus marri de ne pas pouvoir être vite jugé! La preuve, hier il a baissé la vitre de sa voiture et a souri aux journalistes et ce soir il ne l’a pas baissée et il n’a pas souri! Ah oui, c’est vrai, il n’est pas content!

 

Un dernier mot: les avocats de Chirac nous trouvent, tous ceux qui ont des doutes sur la justice, indécents! Indécents, nous? Non, en colère, indignés, simplement! Que sont quelques emplois fictifs à côté des grandes actions de ce président? Franchement!

 

 

STOP! 47 lignes, exactement! Une affaire de plus, mais un écran de fumée d’une épaisseur d’autant plus grande qu’il est en train de cacher une vrai affaire et un vrai procès qui met en cause tous les leaders de la droite, c’est le procès Karachi.

 

Car ici ce n’est pas la petite histoire d’un vieil homme, il s’agit de mort d’hommes.

Le procès Chirac n’est rien d’autre qu’une répétition du procès Karachi mais là l’enjeu est beaucoup, beaucoup plus important puisqu’il met en cause des ministres, un premier ministre, deux présidents de la république. Avocats de tous les pays, fourbissez vos armes, la QPC va chauffer et le Conseil Constitutionnel ne va pas chômer.

 

Tiens, mais cette « innovation judiciaire » n’aurait-elle pas été inventée au bon moment par ceux-là même qui vont en être les grands bénéficiaires?

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