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Une journée sans JO avec Léo.

4 Août 2012 , Rédigé par c laurans

J‘ai toute la journée à moi pour regarder vivre mon petit-fils Léo, l’enfant le plus beau et le plus espéré de ma vie. C’est comme une extase. Je frotte ma joue sur son petit crâne blond. J’ai regardé ses yeux, tout à l’heure, et je me suis trouvé dans un monde merveilleux, dans un grand courant d’eau verte qui coule sous les saules et qui s’enfonce si profond dans son regard avide.


Parfois son regard se pose sur mon sourire et j’imagine qu’il guette un oiseau qui va sortir et voler jusqu’à lui. Sans doute je me trompe car nul  ne sait et surtout pas un grand-père ce que ce regard fouille jusqu’au fond de mon cœur. Il semble attendre de mieux comprendre pourquoi je lui souris mais, en attendant, il s’interroge et son regard s’envole loin là-haut dans le ciel.


Pour la centième fois me voilà, moi encore, sur le chemin du mystère. Ce ne sont pas des certitudes que je cherche, ni une quelconque ivresse mais je fouille mon souvenir pour retrouver sa maman, ma fille, à son âge. J’attends de lui qu’il me rappelle un regard, une attitude. Une piste étroite relie ce bébé avec ces souvenirs que j’ai tant de mal à faire remonter à ma mémoire et à sortir de l’oubli bien involontaire où les ont plongés des années   qui ne furent pas toutes de longs chemins tranquilles.


Je guette ses vocalises, ses notes suraigües ou ces adada prolongés en témoignage de plaisir ou, qui sait de frustration de ne pas pouvoir parler encore à son grand-père, à sa grand mère (que j'ai oubliée dans un premier jet) mais avec laquelle il échange beaucoup avec le corps, à son père et à sa maman . Il ne parle pas à n’importe qui, ne dit pas n’importe quoi, il gravit lentement le chemin de la connaissance, recueille des indices précieux, moissonne des expressions, amasse des images, hérite des regards doux, des caresses suaves, cogite, spécule déjà, peut-être !


Je vis, en attendant, d’approximations mais j’aime l’immensité de cette incompréhension entre lui et moi, cet indispensable secret qui est tout à lui avant que nous ne commencions à lui inculquer notre morale, nos tics. Le dos au mur nous nous regardons avec confiance et nous comprenons qu’il est urgent d’attendre, que tout viendra en son temps, le temps de la confiance, le temps de l’échange, le temps de l’apprentissage.


Tout autour de nous deux se dressent des aiguilles, des précipices, des tas de pierres brutes, des eaux glacées, des routes rudes mais aussi, dans nos gestes se concluent des assurances, un espoir, une foi, des promesses, des espérances, des aspirations, des désirs…


Quelques unes de nos pensées sont accessibles dès maintenant quand nous frottons nos peaux, quand tu te blottis contre mon cou que tu ne me trouves pas encore trop rêche et ridé, quand nous rions ensemble sans savoir pourquoi, juste parce que c’est si bon de rire et de faire fleurir dans tes yeux ces éclairs de plaisir et ces lumières d’allégresse. A force de te regarder vivre, je me rends compte de la vanité des choses, la Terre n’est qu’une boule, les Hommes une catégorie de mammifères prédateurs, dès lors il ne me reste comme bonheur que de t’accompagner le plus longtemps possible, le plus loin possible où tu voudras aller !


Te souviendras-tu de tout ce que nous apprîmes ensemble : nos regards échangés, nos caresses conservées, nos amours perpétrées, nos friponneries complices…Cette immense vie que tu vois devant toi, voyageur de l’avenir, n’est qu’une coquille vide consacre-toi à la remplir et que tes petits pieds d’argile s’enchâssent dans le chemin que tu auras choisi de tracer !

 

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